/http%3A%2F%2Fmedias.lemonde.fr%2Fmmpub%2Fimg%2Flet%2Fa.gif)
moins d'un an de l'élection présidentielle, Dominique de Villepin a choisi d'afficher son volontarisme budgétaire : le projet de loi de finances pour 2007, dont le volet dépenses vient d'être arrêté par le premier ministre, est placé sous le signe de la maîtrise des finances publiques.
Pour tenir son engagement de ramener la dette publique sous la barre des 60 % du produit intérieur brut (PIB) en 2010, M. de Villepin a décidé d'une progression des dépenses inférieure d'un point à l'inflation (+ 0,8 % contre + 1,8 %) et de s'attaquer à la baisse des effectifs de fonctionnaires. Il se fixe pour 2007 des objectifs plus ambitieux que ceux de cette année : 15 000 suppressions nettes d'emplois dans la fonction publique de l'Etat (19 000 suppressions et 4 000 créations) contre 5 300 prévues en 2006. Un solde net à rapprocher des départs à la retraite attendus en 2007 (entre 70 000 et 80 000).
C'est ce qui ressort des lettres plafonds que Matignon a adressées, lundi 12 juin, aux principaux ministres du gouvernement et qui leur fixent l'évolution globale de leurs crédits et de leurs effectifs. Alors que la majorité dénonce le coût du projet socialiste - "en dessous de 100 milliards d'euros, on aura du mal à le faire", ironisait, lundi, le ministre de l'économie, Thierry Breton - et relève l'absence de toute mention de la dette dans le programme du PS, le message gouvernemental est clair : pour le dernier budget du quinquennat de Jacques Chirac, il ne sera pas dit que la droite est laxiste. "C'est précisément parce que nous sommes en année électorale que nous avons bâti ainsi le projet de loi de finances. Le budget 2007 nous permet de prendre date avec le parti socialiste", a indiqué le ministre délégué au budget, Jean-François Copé.
Après la sonnette d'alarme tirée le 2 juin par le commissaire aux affaires économiques et monétaires, Joaquin Almunia, inquiet de l'effort insuffisant des grands pays européens, le gouvernement cherche à donner des gages à Bruxelles. Ainsi se propose-t-il de ramener le taux d'endettement à 64,7 % du PIB dès 2007 et de faire passer le déficit public à 2, 5 % du PIB contre 2,88 % en 2006.
Pour parvenir à son objectif de diminution des effectifs, tout en appliquant les lois de programmation votées en 2002 et en préservant les missions régaliennes de l'Etat et les priorités de M. de Villepin, tous les ministères ont été mis à contribution. Aucun n'a été sanctuarisé, pas même pas la défense, qui perdra 4 400 postes budgétaires.
Le premier ministère touché est celui de l'éducation nationale, dont les effectifs représentent 53 % de la fonction publique de l'Etat : 8 700 emplois en équivalent temps plein y seront supprimés. D'après Bercy, 1 800 postes budgétaires seront économisés grâce à la baisse du nombre d'élèves dans le secondaire et 3 600 seront supprimés en raison de la diminution du nombre des enseignants stagiaires et d'une meilleure gestion des effectifs des enseignants déchargés de cours. Bien qu'en application de la loi organique relative aux lois de finances (LOLF), la moitié des économies constatées en euro retournent dans les services concernés, la potion risque de sembler amère aux enseignants.
D'autres ministères sont sur la sellette : Bercy (2 988 suppressions d'emplois), les transports et l'équipement (1 300 postes) et les affaires étrangères (140 postes). "Il ne s'agit pas de passer les ministères au rabot mais de s'assurer que chaque euro dépensé l'est légitimement", précisait, lundi, Matignon.
Les 74 audits de modernisation menés à ce jour - une centaine doivent être réalisés d'ici l'été et générer 100 millions d'économies - ont permis, selon M. Copé, de "traquer la dépense inefficace". D'après ces audits, une meilleure organisation des examens à l'éducation nationale permet d'économiser 300 à 500 postes, le développement de la déclaration des revenus sur Internet générera 750 suppressions d'emplois à Bercy et 1,3 milliard d'euros pourront être économisés sur les achats.
Grâce aux gains de productivité et aux économies obtenus, assure Matignon, en maintenant la qualité de service, 4 000 postes seront créés dans les secteurs prioritaires. C'est le cas de la mission sécurité (gendarmerie et police), de la justice, et de l'enseignement supérieur et de la recherche (1 568 emplois de plus), après les violences urbaines de l'automne 2005, le fiasco judiciaire d'Outreau et la crise du contrat première embauche.
En moyenne, près d'un départ de fonctionnaire à la retraite sur cinq ne sera pas remplacé en 2007. Matignon est loin de l'objectif affiché par la droite en 2002 - remplacer un départ sur deux -, mais son geste permet d'apaiser les critiques de sa majorité sur la timidité du budget 2006. MM. Breton et Copé devaient insister, mardi, sur leur gestion rigoureuse des deniers de l'Etat, lors de leur audition par la commission des finances de l'Assemblée nationale, à quelques jours du débat d'orientation budgétaire prévu jeudi 22 juin.