royez-vous toujours à un accord sur le cycle de Doha au sein de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), tandis que les négociateurs semblent incapables de trouver un compromis d'ici l'été ?
Nous avons besoin d'une percée d'ici à la fin juin pour espérer boucler un accord définitif cette année. Plus nous tardons, plus il sera difficile de trouver un compromis ambitieux et équilibré. A l'automne, différentes échéances électorales ont lieu, au Brésil et aux Etats-Unis, qui peuvent mettre en danger le cycle si nous n'avons pas avancé en juin. Et nous nous rapprochons de la fin de la procédure, à la mi-2007, qui permet au gouvernement américain de négocier avec l'aval du Congrès. Mais ne pas avoir d'accord en juin ne signifierait pourtant pas un échec définitif du cycle. Cela ne ferait que compliquer encore le processus.
Vous avez affirmé que l'Union européenne pourrait faire preuve de flexibilité pour améliorer son offre dans le domaine agricole, si les autres membres de l'OMC bougent. Mais le gouvernement français et plusieurs pays membres contestent cette approche. Quelles sont vos marges de manoeuvre ?
Je considère que l'Union devra montrer de la flexibilité afin de faire en sorte que le cycle avance. Je n'ai pas fait de nouvelle offre, et il ne s'agira pas d'en faire une. Les Etats membres se sont mis d'accord pour me donner un mandat de négociation. C'est un mandat raisonnable. Tout le monde connaît nos limites, et c'est dans ce cadre que je dispose du droit d'initiative pour agir. Je dispose de marges de flexibilité.
Craignez-vous la perspective de l'élection présidentielle en France, alors que la majorité est très mobilisée pour défendre la politique agricole commune ?
Cette échéance pourrait compliquer les choses, si la campagne électorale s'engage dans cette direction. Je travaille avec la France, pas contre elle, comme je le fais avec tous les Etats membres. Bien sûr, elle a des intérêts particuliers dans l'agriculture, mais elle ne constitue pas un obstacle dans cette négociation.
Vous rentrez d'une visite de plusieurs jours en Chine, quel rôle joue-t-elle dans les négociations ?
L'émergence de la Chine rend les choses plus délicates. Ce pays dispose d'un avantage compétitif, du fait des coûts de sa main-d'oeuvre. Il est doté d'une capacité d'exportation phénoménale. Certains pays émergents et les pays en développement craignent que l'ouverture des marchés ne profite avant tout à la Chine.
Comment jugez-vous le comportement des Etats-Unis, que certains soupçonnent de ne pas vouloir d'accord ?
Je crois que le président Bush s'est engagé en faveur d'un accord. Il souhaite respecter les engagements pris par son pays pour tenter de trouver un compromis. Son administration a conscience des bénéfices attendus du cycle de Doha pour stimuler le développement des échanges de services et de produits industriels. Mais le congrès est moins convaincu, et fait davantage attention aux questions agricoles. Dans cette affaire, nous devons donner la priorité aux enjeux économiques d'un accord plutôt qu'aux considérations politiques plus étroites.
Les débats sur le protectionnisme en Europe vous gênent-ils dans les négociations au sein de l'OMC ?
Le protectionnisme est une menace. Mais, dans le cadre de l'OMC, je pense que cette pression est davantage perceptible aux Etats-Unis qu'en Europe. En revanche, les tendances protectionnistes sont un problème pour le marché intérieur. Elles ralentissent la restructuration de secteurs sensibles, comme la banque ou l'énergie.
Les accords bilatéraux vous semblent-ils être un bon moyen pour accompagner la mondialisation ?
Le plus important, c'est de conclure les négociations multilatérales. Mais il est vrai que les partenariats bilatéraux ont du sens. Ils peuvent permettre d'aborder des sujets que l'OMC n'est pas en mesure de traiter. Ils ne doivent cependant pas constituer un substitut au multilatéralisme.
L'idéal serait de signer des accords (bilatéraux) sur la base du cycle de Doha, dans la poursuite d'un accord, pour le compléter.