La politique économique du gouvernement en faveur du pouvoir d'achat des Français serait-elle vaine ? En publiant ce matin ses prévisions de croissance à l'horizon de juin 2008 (lire ci-dessous), l'Insee brouille tout à la fois les repères des Français et les messages du gouvernement. Cette année, d'abord, le pouvoir d'achat des ménages devrait avoir progressé de 3,3 %, en nette accélération par rapport à 2006. Une prévision révisée en légère hausse et qui contredit le sentiment généralisé d'une dégradation du niveau de vie des Français.
L'an prochain, surtout, leur pouvoir d'achat devrait très nettement décélérer, anticipe l'Insee. Au premier semestre, la croissance du revenu disponible brut des ménages se limiterait à 0,6 %, soit un acquis limité à 1,5 % à fin juin. Un comble, après les deux lois et la batterie de mesures annoncées depuis l'été dernier. Le ministère des Finances est plus tempéré que l'Insee, mais il confirme cette tendance : en septembre, il anticipait une croissance du pouvoir d'achat de 2,8 % cette année et de 2,5 % en 2008.
Plusieurs facteurs expliquent la décélération attendue l'an prochain. L'inflation, d'abord, devrait rester autour de 2,4 % tout au long du premier semestre, avec un pic à 2,8 % sur un an en février, prévoit l'Insee. « Entre juillet 2007 et juin 2008, l'envolée des cours des matières premières alimentaires serait responsable d'une élévation de 0,4 point de l'inflation totale », calcule l'Insee. Le pétrole resterait coté, quant à lui, autour de 90 dollars le baril.
Compte tenu d'un rythme de créations d'emplois stable (122.000 créations de postes prévues au premier semestre 2008, qui devraient permettre au taux de chômage de baisser jusqu'à 7,7 % de la population active en juin 2008, contre 7,9 % au troisième trimestre cette année), les revenus des ménages connaîtraient, eux, la même progression que l'an dernier, en dépit d'une baisse probable des primes et bonus dans les banques, qui avaient dopé la masse salariale l'an dernier. L'Insee n'a pas intégré l'impact du rachat des RTT, jugeant impossible, à ce stade et contrairement au gouvernement, d'en prévoir le volume.
Après la baisse du barème de l'impôt sur le revenu (IR) enregistrée cette année, les impôts seraient, eux, plus dynamiques au premier semestre 2008. La prise en compte des baisses d'impôt liées à la loi Tepa (notamment la défiscalisation des heures supplémentaires et la déduction des intérêts d'emprunt immobilier) n'interviendra en outre qu'au deuxième semestre, à l'occasion de la régularisation des acomptes d'IR.
Face à cette décélération du pouvoir d'achat, l'Insee fait le pari d'une baisse du taux d'épargne des ménages, qui permettrait à la consommation de progresser autour de 2,4 % en rythme annualisé, après une hausse de 2 % prévue cette année. La contribution du déblocage anticipé de la participation, actuellement en discussion à l'Assemblée, devrait rester modeste. Se basant sur l'expérience de 2004, l'Insee n'évalue qu'autour de 1 milliard d'euros les dépenses supplémentaires de consommation (sur un total de 900 milliards d'euros annuel), bien en deçà de l'estimation du rapporteur du projet de loi à l'Assemblée (entre 3 et 4 milliards d'euros recyclés en consommation).