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a vague de hausse des taux d'intérêt dans le monde a une nouvelle fois fait trébucher les marchés boursiers, jeudi 8 juin. Le spectre de l'inflation conduit les banques centrales à relever leurs taux directeurs et hante les investisseurs, qui prennent leurs profits sur leurs placements en actions. A Paris, l'indice CAC 40 a, jeudi, effacé tous ses gains depuis le début de l'année, passant sous le seuil des 4 700 points (à 4 684,34 points).
Tour à tour, jeudi, les banques centrales turque, sud-africaine, coréenne, indienne et européenne ont augmenté le niveau de leurs taux d'intérêt. Ces derniers jours, s'inquiétant d'une accélération de l'inflation, la Réserve fédérale américaine (Fed) a laissé entendre qu'elle risquait de relever une nouvelle fois les siens à la fin du mois. La Banque centrale européenne (BCE) a annoncé un relèvement de ses taux d'intérêt directeurs d'un quart de point, à 2,75 %. "Cette décision reflète les risques en hausse sur la stabilité des prix à moyen terme", ont estimé les gouverneurs de la banque.
La BCE s'attend à une hausse des prix de 2,3 % dans la zone euro en 2006 (contre 2,2 % prévus en mars), principalement en raison de la hausse des prix du pétrole, puis de 2,2 % en 2007 (inchangé). Compte tenu de la flambée des prix de l'or noir, la BCE a abaissé sa prévision de croissance pour la zone euro en 2007 à 1,8 %, au lieu de 2 %, tout en maintenant son estimation à 2,1 % pour 2006.
L'augmentation annoncée par la BCE est conforme aux attentes de la plupart des économistes, qui n'avaient pas exclu l'hypothèse d'une hausse d'un demi-point. L'euro s'est replié, jeudi, de 1,04 %, à 1,2646 dollar en fin de journée, au plus bas depuis un mois.
La BCE devrait continuer à resserrer les vannes du crédit, même si elle a rappelé qu'elle n'est pas engagée "de façon inconditionnelle" dans une série de hausses de taux. Son président, Jean-Claude Trichet, a indiqué qu'il serait "nécessaire de réduire de nouveau le caractère accommodant de la politique monétaire" si le scénario de la BCE - une reprise économique progressive - se confirmait.
"Le discours de M. Trichet suggère d'autres hausses de taux d'intérêt à un rythme inchangé d'un quart de point par trimestre", analyse Sylvain Broyer, économiste d'Ixis CIB à Francfort.
Les resserrements monétaires dans le monde sont en grande partie responsables du décrochage des marchés d'actions. C'est en Europe que la chute a été la plus brutale jeudi : - 2,91 % à Paris ; - 2,90 % en Allemagne ; - 2,51 % à Londres. Aux Etats-Unis, le Dow Jones, qui perdait 1,4 % à la clôture des places européennes, a fini sur un gain de 0,07 %.
Le tournant sur les marchés d'actions a eu lieu le 10 mai. Ce jour-là, la Fed a contredit les attentes des marchés en laissant la porte ouverte à toutes les hypothèses, y compris celle d'une poursuite de la hausse des taux d'intérêt. La progression plus rapide que prévu des indices de prix aux Etats-Unis, ainsi que des déclarations des membres de la Fed ont ensuite renforcé ce scénario, faisant plonger, par à-coups, les Bourses mondiales.
"VENTES PANIQUES"
"Avant le 10 mai, nous estimions que tant que le prix du pétrole brut ne dépassait pas 75 dollars le baril, que le dollar ne perdait pas plus de 10 % par an et que le taux des emprunts d'Etat américains à 10 ans restait inférieur à 5,20 %, nous n'avions pas à nous préoccuper des hausses de taux", rappelle Romain Boscher, directeur de la gestion actions chez Groupama Asset Management. "Or ces trois cotes d'alerte ont été frôlées mi-mai, et nous avons opté pour une stratégie plus prudente, anticipant un ralentissement brutal de l'économie américaine et surtout un net retour de l'aversion au risque."
Les Bourses des pays émergents (Inde, Turquie...), qui avaient profité de l'abondance des liquidités ces dernières années, induite par le laxisme des banques centrales, ont aussi été victimes de rapatriements de capitaux : "Des ventes paniques, notamment de la part de fonds spéculatifs qui avaient pris des positions très risquées sur ces marchés", selon un investisseur.
Malgré de fortes tensions sur les marchés, les analystes réfutent le terme de krach boursier. "Les intervenants n'ont pas cédé au pessimisme. Nous pourrions assister à un rebond des indices, porté par des investissements sur des secteurs défensifs comme la santé", estime Pierre Sabatier, stratège FactSet JCF.
"La situation financière des entreprises reste bonne, aucun fonds alternatif n'a encore fait faillite", ajoute Alain Bokobza, responsable de la stratégie des marchés de la Société générale. M. Boscher anticipe néanmoins une poursuite de la correction sur le CAC 40, qui pourrait, selon lui, revenir à 4 200 points.