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Une étude sur le médicament

Les excès des Francais
LE MONDE

Selon la Caisse nationale d'assurance-maladie, en 2005, les dépenses de remboursement de médicaments ont atteint 20,2 milliards d'euros. | AFP/JOEL SAGET

Selon la Caisse nationale d'assurance-maladie, en 2005, les dépenses de remboursement de médicaments ont atteint 20,2 milliards d'euros.

L a Commission des comptes de la Sécurité sociale (CCSS) vient, une nouvelle fois, jeudi 8 juin, de pointer la boulimie pharmaceutique des Français. Si le déficit de la branche maladie (6,3 milliards d'euros en 2005) ne remplit pas l'objectif inscrit dans la loi de financement, c'est en raison, notamment, des trop faibles économies réalisées sur les médicaments. En 2005, les dépenses de remboursement des médicaments ont atteint 20,2 milliards d'euros, soit un tiers des dépenses de soins de ville, confirme l'étude annuelle de la Caisse nationale d'assurance-maladie (CNAM), présentée mardi 6 juin.

 

 
Ainsi, malgré le déremboursement de certains produits jugés insuffisamment efficaces, malgré le développement des génériques, les campagnes de sensibilisation du grand public et les accords avec les professionnels de santé, la France demeure le plus gros consommateur de médicaments en Europe. Sous la pression des habitudes de prescription et des 24 000 visiteurs médicaux - force de frappe des laboratoires pharmaceutiques, qui viennent promouvoir les produits de leurs firmes dans les cabinets de ville -, un médecin français prescrit en moyenne 4,5 médicaments contre 0,8 dans les pays du nord de l'Europe. En France, 90 % des consultations chez un médecin de ville se concluent par la délivrance d'une ordonnance contre 43,2 % aux Pays-Bas.

Au total, quelque 2,7 milliards de boîtes, flacons ou autres présentations, ont été délivrés en 2005 dans l'Hexagone. Sur les 3 300 produits commercialisés, les cent premiers médicaments remboursés représentent à eux seuls 48,3 % des dépenses de remboursement. Parmi eux, les anticholestérols (statines) demeurent la classe thérapeutique la plus coûteuse pour l'assurance-maladie, avec plus de 1 milliard d'euros remboursés en 2005. Or, comme pour les antibiotiques et les psychotropes, "on observe une surutilisation des statines en France, la consommation moyenne de ces anticholestérols étant de 50 % supérieure à celle de l'Allemagne, sans que cet écart puisse s'expliquer par des différences d'état de santé de la population", souligne la CNAM.

 

COMPORTEMENTS D'EXCEPTION

 

C'est un fait établi depuis plusieurs années : la France enregistre des comportements d'exception en matière de consommation médicamenteuse. Ainsi, cette année encore, les somnifères, les antidépresseurs et autres tranquillisants arrivent en deuxième position (derrière les antalgiques), en terme de quantités vendues, avec 122 millions de boîtes. Quant aux antibiotiques - bien que tous les Français aient pu entendre à multiples reprises sur les ondes que leur utilisation ne devait pas être "automatique" - ils se retrouvent en troisième position avec 90 millions de boîtes. Statines, psychotropes, antibiotiques : ces trois classes de médicaments font partie des engagements de maîtrise médicalisée des dépenses de santé conclus entre les médecins libéraux et l'assurance-maladie, lors de la convention médicale signée en janvier 2005. Ces mesures commencent à porter leurs fruits puisque la croissance des dépenses de médicaments s'est ralentie, avec un taux d'augmentation de 4,8 % contre 6,4 % en 2004.

Au-delà du problème du coût financier qu'elle induit, la surconsommation médicamenteuse pose aussi des problèmes de santé publique. Ainsi, en prescrivant à tort des antibiotiques pour des maladies virales, les médecins français et leurs patients contribuent à augmenter la résistance bactérienne (50 % des souches de pneumocoques sont résistantes à la pénicilline), et donc la difficulté de traitement de certaines infections.

Quant à l'explosion de la délivrance de statines pour soigner l'excès de cholestérol, elle va à l'encontre des stratégies thérapeutiques recommandées par les agences sanitaires, à savoir le suivi de règles alimentaires de base. Alors que les statines ne devraient être délivrées qu'"en cas d'échec des traitements diététiques et pour des personnes à risque cardio-vasculaire", une étude de l'assurance-maladie, publiée en décembre 2003, montre que 53,4 % des patients nouvellement traités n'ont pas modifié leur alimentation. Plus de 60 % ont un risque cardio-vasculaire faible et, dans deux tiers des cas, la prescription d'un traitement ne tient pas compte des seuils de "mauvais cholestérol" tolérés par l'organisme au prix d'un régime alimentaire.

L'importance de la consommation d'anxiolytiques et d'antidépresseurs renvoie, quant à elle, à une "médicalisation de l'existence", selon les termes du professeur Edouard Zarifian, expert dans ce domaine, et à une gestion pharmacologique du "mal-être". L'assurance-maladie a, d'ailleurs, incité les médecins à éviter, si possible, ces traitements chez de nouveaux patients.

 

PATHOLOGIES LOURDES

Mais la hausse des dépenses pharmaceutiques est aussi liée, selon la CNAM, "au coût particulièrement élevé des nouveaux produits mis sur le marché". Ces médicaments, souvent vendus à plus de 15 euros, ne représentent que 16 % des boîtes vendues mais 65 % des coûts en 2005 (contre 49 % en 2000) et la plupart concernent des affections chroniques (hypertension artérielle, diabète, asthme), donc des prescriptions sur la durée. Or, s'inquiète l'assurance-maladie, "ces médicaments les plus chers et les plus récents sont souvent privilégiés au détriment de produits moins coûteux à efficacité comparable". Autre facteur d'augmentation du prix moyen des médicaments : la présence, de plus en plus importante, sur le marché officinal, de produits traitant des pathologies lourdes, autrefois délivrés uniquement à l'hôpital, engageant le pronostic vital. Ainsi, l'anticancéreux Glivec, indispensable au traitement d'environ 3 000 malades, coûte plus de 100 millions d'euros par an. Enfin, la hausse du nombre de patients en affection de longue durée (ALD), soit 7 millions de personnes qui bénéficient d'une prise en charge à 100 %, entraîne mécaniquement une augmentation des remboursements.

 

Sandrine Blanchard
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