
Bonjour,
Ayant réalisé brutalement et dans la désillusion la plus amère que nous arrivions à la fin des vacances, j'ai décidé de me häter de mettre en ligne le cours sur l'art , je vous file donc l'intro et la première partie maintenant, je ne suis pas encore contente du reste mais ça va venir. Entre-temps, j'ai tenté vainement d'extraire le commentaire de Freud d'uen vielle disquette, mais j'ai juste réussi à planter l'ordi. Si quelqu'un à une suggestion ...
bon courage et que la force soit avec vous
Durand
Tout le monde écoute de la musique, va au cinéma et donc a rapport à ces formes d’art, rapport privilégié au sens où l’on peut dire que notre personnalité s’exprime ou se définit aussi par ce que l’on aime. Si bien que l’on a souvent tendance à tenir en même temps des propos qui se révèlent contradictoires :
n on définit l’art par rapport à nos goûts, si bien qu’une œuvre peut être haussée au rang de chef d’œuvre comme reléguée hors du champ artistique, en fonction des personnes voire en fonction de l’âge ;
n on n’a pas de rapport avec l’Art, le grand, parce qu’on ne va pas dans les musées, ou moins que l’on ne loue des DVD ou que l’on ne va au cinéma. En effet, si l’on se réfère à la classification classique, il y a six arts : architecture, sculpture, peinture, danse, poésie (littérature), et musique : on a aujourd’hui surtout rapport aux deux derniers, sous des formes extrêmement accessibles (on trouve livres et C.D. dans les supermarchés) : peut-on dire que l’on sait ce qu’est l’art quand on en ignore la majeure partie ?
La question est donc de savoir ce qu’est l’art : est-ce le Grand Art, qui exclut l’industrie culturelle, ou est-ce que le règne du grand art est un mythe ? L’art se définit-il par notre pratique, c’est-à-dire comme l’ensemble des objets que l’on trouve beaux - ou qui nous procurent du plaisir? Mais la beauté et le plaisir est-ce la même chose ? Comment définir le beau ?
I/ L’art comme jeu
A- ARGUMENTAIRE
1- L’art vise à faire du beau.
L’art a une origine commune avec l’artisanat : il s’agit à chaque fois de fabriquer un objet artificiel, non-naturel de ses propres mains. L’artiste est donc aussi un artisan : il doit être doué de ses mains pour réussir son travail. L’objet peut être construit parce qu’il est utile (il est alors technique, c’est un ustensile) ou parce qu’il donne du plaisir non par sa fonction mais par son aspect : il est construit alors parce qu’il est beau. On distingue ainsi l’artisanat des beaux-arts et on peut dés lors affirmer qu’un ustensile est réussi lorsqu’il est utile, efficace, alors qu’une œuvre d’art est réussie lorsqu’elle est belle . Cela ne signifie pas nécessairement que l’œuvre ne devra présenter que des beaux sujets, mais que la présentation qui en est faite devra être belle, ce qui est moins difficile à accomplir lorsque le sujet est beau . Le but de l’art n’est pas de copier des choses belles, mais de rendre les choses belles. Ce qui compte dés lors n’est pas tant le sujet de l’œuvre mais le style de l’artiste, sa façon de voir et de présenter son sujet, la façon dont il le traite. On peut expliquer ainsi le fait que certains thèmes soient devenus des classiques, au sens ils sont maintes fois repris, sans que cela nuise aux statuts de l’œuvre et, parfois, à sa qualité. Voyez trois ex de crucifixion :
Vélasquez Dali Munch

On a exactement le même thème, mais et justement parce que c’est le même thème, trois œuvres radicalement différentes : au classicisme de Vélasquez (qui joue sur le clair/obscur, et où seul le Christ apparaît) s’oppose le style expressionniste de Munch (où apparaissent les couleurs, et où, surtout, le christ est relégué à l’arrière-plan pour laisser apparaître au premier plan les visages épouvantés des hommes- rappelant son célèbre Cri :

tandis que chez Dali, le tableau laisse apparaître d’abord le traitement de l’espace, très stylisé, avec un Christ qui semble déjà monter au ciel, rejoindre donc son père, en laissant sa mère (en bas à gauche). Ce qui compte n’est donc pas le sujet de l’œuvre mais le style de l’artiste. Pour un autre ex peut-être plus proche, on peut prendre les chansons d’amour : si plus personne ne faisait de chansons d’amour sous prétexte que ce thème a déjà été traité, on n’aurait plus grand-chose à écouter !
2- L’artiste
On peut distinguer deux types d’artistes : les génies, qui inventent radicalement un style et les artistes qui, certes, produisent des œuvres, mais se contentent de prolonger ou de copier un style inventé par un autre, et qui seront dits académiques, car ils s’inscrivent dans une école (pour mémoire, académie est le nom de l’école de philo de Platon). Voilà pourquoi Bob Marley ou les Beatles sont admirables : ils ont inventé un genre de musique (le reggae, la pop), un style, alors que M.Pokora n’est pas vraiment un novateur, quelque soit son succès par ailleurs.
L’histoire de l’art (quelqu’il soit) retient alors les figures des artistes les plus novateurs : voilà pourquoi tout le monde admire quelques grands noms, comme Mozart (pour changer de M.Pokora) ou Kafka .Cependant, l’histoire de l’art est une erreur d’un point de vue esthétique : ce n’est pas parce qu’on sait que le Requiem est la dernière œuvre de Mozart, qu’il a composé sur son lit de mort que l’on est à même d’apprécier cette œuvre : soit on a un rapport esthétique avec elle (on l’écoute, on aime) soit on est dans un autre rapport avec elle (par ex celui de l’historien), et alors, on est plus dans l’esthétique.
3- Le plaisir
Ce jeu des formes n’a qu’un seul but : le plaisir. Il n’a pas d’autres buts ni d’autres significations. Pour savoir quel est le type de plaisir donné par l’art, on distingue le beau de l’agréable et du vrai : l’agréable est donné un plaisir des sens : suivant le célèbre ex de Kant on peut trouver le vin des canaries ( !?) plus agréable que la bière, mais cela dépend des sens, et donc de la configuration du corps de chacun, c’est entièrement sensible et subjectif. Alors que le beau est certes un plaisir ressenti par le sujet, mais il ne relève pas des sens, du sensuel, mais c’est un plaisir spirituel : ce que je trouve plaisant dans un tableau n’est pas la couleur, ou dans une musique un son, mais leur enchaînement, leur accord ou encore leur organisation, et c’est justement cette manière particulière d’organiser le sensible ou la matière que l’on appelle un style. Le plaisir esthétique est donc lié non à la matière mais à la saisie d’une structure ou d’une organisation, et seulement à elle. De même que c’est le style (une mise en forme particulière) qui fait l’oeuvre, la capacité à inventer un nouveau style qui fait le grand artiste, c’est sa saisie qui provoque le plaisir chez le spectateur ou l’amateur d’art. Le plaisir est donc le moteur de l’art : c’est pour son plaisir que l’artiste crée une œuvre, et il cherche à le faire partager par le spectateur, ce qui suppose que ce plaisir est partageable, qu’il peut être commun, de même que l’amateur d’art cherche toujours à partager son plaisir (voyez la déception que l’on ressent quand les autres ne partagent pas notre enthousiasme pour ce qui nous plait).
Dernier élément : le goût (la faculté à apprécier le beau) peut être cultivé ou non par le sujet : il y a là une liberté totale du sujet, car, encore une fois, le beau est un plaisir gratuit, qui n’a d’autre but que lui-même : cultiver son goût c’est chercher à apprécier de plus en plus de formes , et donc des formes de plus en plus complexes (puisque le plaisir est donné par l’unification, on commence par ce qui est simple et on va vers le plus complexe, ou, pour le dire autrement, on commence par écouter de la soupe et après on s’intéresse à la musique).
B- ILLUSTRATION : KANT
Le beau se distingue donc du vrai en cela qu’il n’est pas un jugement de connaissance : je ne dis pas « ceci est beau » comme je dis « ceci est une pomme » : il relève du jugement réfléchissant, qui fait que le sujet transcendantal identifie la structure (d’un morceau de musique par ex) mais sans pouvoir lui donner un nom, de sorte que l’objet particulier est subsumé sous un universel et disparaît sous cet universel pour n’en être plus q’un exemple (c’est ce qui se passe dans le jugement de connaissance qui est dit jugement déterminant, parce qu’il détermine –ou définit-ce qu’est un objet en le rangeant sou un universel)
Dans l’art, le particulier vaut pour lui-même et nous amène à l’universalité du beau, compris comme sentiment de plaisir ressenti par le sujet transcendantal, sentiment de plaisir à l’occasion d’une unification de la matière, du sensible : le sujet transcendantal a du plaisir parce qu’il unifie, c’est pourquoi tout sentiment esthétique st posé d’emblée comme étant à la fois silencieux (il n’ y a rien à dire de l’oeuvre, je ne peux par prouver ou démontrer sa beauté) et universalisable : je cherche toujours à faire partager mon plaisir, car je ressens son objectivité : ce n’est parce que c’est moi (sujet psychologique) que j’aime cette œuvre, mais parce l’oeuvre est belle. Voilà pourquoi on est toujours déçu quand l’autre n’apprécie pas les mêmes ouvres que nous (comment peut-on ne pas aimer Shakespeare ?); parce que à ce moment-là on parle comme sujet transcendantal et non comme sujet psychologique, même si, bien entendu, là comme ailleurs, le pur plaisir esthétique peut être perturbé par le sujet psychologique et, ici, par mon histoire personnelle.
Tout cela est résumé par Kant (et son style inimitable) dans le fameux : « Est beau ce qui plait universellement sans concept. » Critique de la faculté de juger
C- OBJECTION