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ECONOMIE: FINANCE

 
La crise financière se propage à l'économie américaine
LE MONDE | 08.09.07 | 14h27  •  Mis à jour le 08.09.07 | 14h27

C'est le premier signe tangible de la contamination à l'économie américaine de la crise financière. En août, pour la première fois depuis août 2003, le solde mensuel des créations d'emplois aux Etats-Unis a été négatif. Quelque 4000 emplois ont été détruits par rapport à juillet, selon les chiffres publiés, vendredi 7 septembre, par le département du travail américain, alors que les analystes attendaient la création de 110 000 emplois.

 

Le secteur de l'industrie a été le plus touché avec 46 000 emplois supprimés, suivi par celui du bâtiment avec 22 000 postes détruits et une contraction de 28 000 postes dans la fonction publique, partiellement compensées par les créations d'emplois dans le secteur tertiaire et celui de l'éducation et de la santé.

Le secteur des services marque un net essoufflement avec à peine 60 000 emplois créés. Et encore, ce chiffre, issu d'enquêtes d'opinions effectuées entre le 12 et le 18 août, au début de l'orage qui a secoué les places financières, n'intègre que très partiellement les réductions d'effectifs importantes qui ont commencé dans le secteur financier. Au total, 35 000 emplois y auraient été supprimés en août.

Le département du travail américain a, par ailleurs, révisé à la baisse de 81 000 postes les créations d'emplois des mois de juin et juillet qui se sont respectivement élevées à 69 000 et 68 000. Les économistes estiment qu'entre 110 000 et 140 000 nouveaux postes par mois sont nécessaires pour absorber l'augmentation de la population active.

La faiblesse du marché du travail devrait se poursuivre ces prochains mois. "Cette mauvaise surprise, due notamment à la contraction de l'emploi dans les secteurs manufacturier et public, ne témoigne pas encore pleinement des conséquences sur l'emploi de la crise de l'immobilier, sans compter les mauvaises surprises à attendre aussi du côté du secteur des services financiers", a précisé Jean-Marc Lucas, de BNP Paribas.

Dans le secteur financier, le pire est à venir. Countrywide Financial, leader américain des prêts hypothécaires, a ainsi annoncé, vendredi, son intention de supprimer 12 000 emplois dans les prochains mois. La veille, la banque Lehman Brothers annonçait 850 licenciements. Et, sur le marché de la construction, qui ne donne pas de signe d'amélioration, les effectifs n'ont pas encore été réduits de façon significative.

 

CRAINTE D'UNE RÉCESSION

 

Le taux de chômage est pourtant resté stable en août à 4,6 %, en raison d'une baisse quasiment équivalente de la population active et de l'emploi. De son côté, le taux de salaire horaire a progressé de 0,3% an août, à 17,50 dollars, soit une hausse de 3,9 % sur un an.

Le secrétaire américain au Trésor Henry Paulson se veut optimiste. "Ce que nous vivons sur le marché du crédit a la capacité de pénaliser la croissance, mais l'économie va continuer à croître dans la seconde moitié de l'année. (...) nous avons une économie où l'inflation est maîtrisée, où les salaires progressent en termes réels, où la demande extérieure est forte", a-t-il déclaré, vendredi, à la télévision financière Bloomberg TV.

Les économistes ne partagent pas tous cet avis. "Ces chiffres changent la donne. Le déclin de l'emploi manufacturier est bien plus important que ce que l'on imaginait. La probabilité d'une récession a nettement augmenté", estime John Silvia, économiste en chef à la banque Wachovia. Un marché de l'emploi et des salaires dynamiques sont indispensables au soutien de la consommation des ménages américains, premier moteur de la croissance américaine qui a atteint 4 % au deuxième trimestre, après un anémique 0,6 % au premier trimestre."Les perspectives économiques sont aussi incertaines que possibles", souligne Paul Sheard, de la banque lehman Brothers, évaluant à 30 % les risques de récession.

Seul motif de réconfort, les investisseurs jugent désormais acquise une baisse des taux de la Réserve Fédérale (Fed) lors de sa prochaine réunion du 18 septembre. Elle pourrait réduire son principal taux directeur, aujourd'hui fixé à 5,25%, de 0,25 point. "Des taux d'intérêt plus bas seraient d'un bon secours", a déclaré, vendredi 31 août, Martin Feldstein, président du prestigieux National Bureau of Economic Research, estimant qu'une baisse des taux de 100 points de base serait justifiée.

Wall Street a, pour sa part, été fortement ébranlé par la publication des mauvais chiffres de l'emploi américain vendredi : le Dow Jones a cédé 1,87 %. Les Bourses européennes ont suivi : le CAC 40 a chuté de 2,63 %, le Footsie de Londres 1,93 % et le DAX de Francfort 2,43 %.

Les courtiers surveilleront donc avec attention le discours du président de la Fed, Ben Bernanke , mardi, et les statistiques des demandes hebdomadaires d'allocations chômage, jeudi, "l'indicateur hebdomadaire le plus important pour l'économie américaine", pour les analystes de Lehman Brothers.

Maguy Day
Article paru dans l'édition du 09.09.07.
 
Les suppressions d'emplois aux Etats-Unis font chuter les Bourses
LEMONDE.FR avec AFP | 07.09.07 |
Un charpentier à Denver. En août 2007, pour la première fois depuis quatre ans, l'économie américaine a supprimé des emplois. | AP/David Zalubowski
AP/David Zalubowski
Un charpentier à Denver. En août 2007, pour la première fois depuis quatre ans, l'économie américaine a supprimé des emplois.

La Bourse de New York a ouvert en forte baisse vendredi 7 septembre, plombée par l'annonce d'une première contraction du marché du travail aux Etats-Unis en quatre ans : le Dow Jones perdait 1,18 %, tandis que le Nasdaq lâchait 1,45 % vers 15 h 40. Jeudi, Wall Street avait terminé sur un léger rebond : le Dow Jones avait gagné 0,44 %, le Nasdaq 0,32 % et le SP avait monté de 0,43 %.

 

Côté européen, le CAC 40 a clôturé en baisse de 2,63 %, alors qu'il ne perdait que 0,55 % avant la statistique américaine qui a surpris tout le monde.

L'économie américaine a supprimé 4 000 emplois en août, contre 68 000 emplois créés en juillet, et alors que les analystes tablaient sur 110 000 créations d'emplois. La dernière baisse du marché du travail américain remonte à août 2003, mois au cours duquel 42 000 postes avaient été supprimés.

"SECTEUR DE L'IMMOBILIER EN RÉCESSION"

Les investisseurs attendaient fortement ces chiffres, afin d'évaluer l'impact sur l'économie américaine des turbulences boursières du mois dernier, déclenchées par la crise du secteur des prêts immobiliers à risque ("subprime"). Or le taux de chômage, et encore plus les créations d'emplois, sont jugés représentatifs de la vigueur de l'économie. Les économistes estiment qu'il faut entre 110 000 et 140 000 créations par mois pour absorber l'augmentation de la population active.

"Le secteur de l'immobilier est en récession, la question est : est-ce que le reste de l'économie l'est aussi ?", a indiqué Peter Cardillo, analyste d'Avalon Partners. Une question, qui selon lui, va être de plus en plus dans l'esprit des opérateurs.


 

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