Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Publicité

ECONOMIE POLITIQUE ECONOMQUE

 
Réussir la rupture
LE MONDE | 29.05.07 | 16h04  •  Mis à jour le 29.05.07 | 16h04
Nicolas Sarkozy prononce sa première allocution présidentielle, mercredi 16 mai 2007 à Paris. | AFP/THOMAS COEX
AFP/THOMAS COEX
Nicolas Sarkozy prononce sa première allocution présidentielle, mercredi 16 mai 2007 à Paris.
 
Nicolas Sarkozy arrive à l'Elysée avec une ferme volonté de changement, avec un mandat clair des Français, avec du temps pour agir - cinq ans -, avec une équipe soudée qu'il va mener lui-même, avec, enfin, un contexte économique favorable, c'est-à-dire ce qu'il faut de chance. Tout est réuni, ou presque, pour réussir à remettre la France sur les rails du dynamisme, pour chasser la déprime et pour redonner aux Français le goût de l'avenir.

 

 

La rupture. Le mot a été édulcoré puis abandonné durant la campagne électorale pour cacher ce qu'il implique de brutalité, pour rassurer. Mais il s'agit pourtant bien de cela : la France s'apprête à rompre avec vingt ans d'immobilisme et d'erreurs qui l'ont conduite dans la spirale d'un déclin relatif.

Sa croissance économique est médiocre, son taux de chômage est le plus fort de la zone euro, son taux d'emploi est des plus faibles, son commerce extérieur est fortement déficitaire et la dette n'a cessé de croître sous l'afflux de dépenses courantes sans que les investissements aient été faits pour préparer le futur ni pour anticiper les conséquences du vieillissement prévu de la population.

Les mauvais résultats économiques entraînant la dégradation des équilibres sociaux et alimentant le sentiment de précarité sociale, la France a perdu pied, la France a pris peur. L'Europe, la mondialisation, l'immigration, la science, le progrès : tout fait danger.

Depuis deux ans environ, des centaines de rapports et de livres ont listé les erreurs et dénoncé l'immobilisme. A la suite de Michel Camdessus, l'ancien directeur général du FMI, les démonstrations se sont succédé pour expliquer que la défense du modèle social français passait par son adaptation au monde moderne et non par la "résistance". Si d'autres pays ont vaincu le chômage, la cause du sous-emploi français est à rechercher en France même et non dans des causes extérieures. Il était temps d'inverser la logique : non plus s'arc-bouter mais changer.

Ces livres et rapports ont convaincu les Français plus fortement qu'on l'imaginait. Au soir du 6 mai, le mandat de M. Sarkozy était clair : rompre avec les vingt dernières années.

"Je dis ce que je ferai, je ferai ce que j'ai dit." On veut croire à l'esprit de cette déclaration qui vise à réhabiliter la politique, trop souvent faite de promesses non tenues. La direction stratégique du programme du nouveau président "va dans le bon sens", comme l'a résumé Olivier Blanchard, professeur d'économie au MIT. Redynamiser l'économie par le travail et favoriser l'investissement par l'enrichissement - les premières heures nautiques du président élu affichaient la couleur à cet égard - et, enfin, réhabiliter l'Etat dans deux de ses fonctions : être protecteur et stratège. Protecteur pour "défendre les accidentés de la vie", en clair conserver un Etat social recadré mais puissant. Stratège pour remuscler les forces de l'avenir : l'université, la recherche et l'industrie. Voilà pour le fond.

Pour la forme, le vibrionnisme de M. Sarkozy vient à l'heure pour que les changements aillent vite. Il aura fallu dix-huit ans pour engager une réforme des retraites : les "ajustements structurels" doivent être accélérés.

Un mandat, une direction... mais beaucoup de scories. " Faire ce que j'ai dit" : On doit craindre que le président ne veuille appliquer son programme à la lettre. Il est plein d'incohérences et d'inutilités.

 

POUVOIR D'ACHAT

 

Une erreur d'analyse sur la croissance conduit à une grave incohérence : le moteur qui manque à l'économie française n'est pas la consommation mais l'investissement. Quand Nicolas Sarkozy promet d'être "le candidat du pouvoir d'achat", il oublie que ledit pouvoir d'achat des ménages n'est pas en panne (il devrait gagner 3 % cette année) et que l'augmenter va creuser encore le déficit extérieur puisque 56 % de la consommation des biens manufacturés sont importés, faute de production correspondante en France.

On comprend que le candidat a été sensible aux bas salaires et aux faiblesses des augmentations indiciaires mais attention aux nouvelles fausses promesses ! Une politique des revenus qui ne pénalise pas les entreprises ne passe certainement pas par un retour à "l'indexation des salaires sur les prix" comme l'a évoqué M. Sarkozy pendant la campagne. Ce serait le plus sûr moyen de rallumer les feux de l'inflation et de laminer le pouvoir d'achat réel des ménages.

Dans la mondialisation qui comprime les salaires moyens des pays développés, l'invention d'une nouvelle politique de revenus est indispensable pour conforter la classe moyenne et limiter l'accroissement des inégalités. Mais force est de constater qu'aucun pays n'a trouvé le sésame. Généraliser les stock-options ? Augmenter la participation aux bénéfices des entreprises ? Certes, mais ce n'est pas suffisant pour bloquer la menace qui pèse sur les "travailleurs pauvres".

Pour l'heure, il n'est qu'une bonne politique de revenus : s'y prendre tout autrement et encourager la baisse des prix par la concurrence. Aux Etats-Unis, l'effet sur les étiquettes du magasin Wal-Mart est de près de 2 points, soit une hausse du pouvoir d'achat d'une année moyenne. En France, la loi Galland qui protège, en fait, les grandes surfaces, aurait provoqué une hausse de 7 % de leurs prix !

Or, cette politique en faveur de la concurrence sur les marchés de biens (entre les grandes surfaces, par exemple, mais aussi pour ouvrir les professions réglementées comme les taxis) se trouve totalement absente du programme de M. Sarkozy. C'est un trou béant qu'il lui faudra combler, s'il veut que sa promesse sur le pouvoir d'achat ne reste pas vaine.

Les autres interrogations sur le programme tournent autour de son coût et de la politique du nouveau président vis-à-vis de la dette. Nicolas Sarkozy n'est pas François Bayrou, il n'a pas mis la réduction de la dette au premier rang de ses priorités. Il a demandé à être jugé sur ce sujet en 2012, à la fin de son mandat, car il ne veut pas se priver de pouvoir relancer des dépenses qui seraient bénéfiques à terme à la croissance.

1 | 2 | 3 | suivant
Eric Le Boucher
Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article