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uez essaie-t-il d'enterrer ses projets de fusion avec Gaz de France (GDF) sans le dire ? Ou joue-t-il son va-tout dans un dossier qui empoisonne la vie des deux entreprises depuis le 25 février 2006, date à laquelle Dominique de Villepin alors premier ministre avait annoncé leur mariage pour contrer les appétits de l'italien Enel sur le groupe de Gérard Mestrallet ?
Sans doute un peu des deux, comme peuvent le laisser penser les informations publiées par Le Figaro du mercredi 30 mai. Le quotidien affirme que le groupe de M. Mestrallet a proposé au gouvernement un nouveau schéma pour débloquer le dossier : une offre publique d'achat (OPA) de Suez sur le groupe public.
"On a demandé à Suez de réexaminer toutes les possibilités, ce qui a été fait. Ce n'a pas été une proposition spontanée de Suez", affirme un proche du dossier. Les choses pressent. François Fillon, le nouveau premier ministre, a fait savoir qu'il se donnait jusqu'à "fin juin, début juillet" pour "examiner les différentes options possibles".
AU FORCEPS
"A de multiples égards - politiques, sociaux et managériaux - le montage d'un rachat de GDF par Suez est impensable", juge-t-on dans l'entourage de Jean-François Cirelli, PDG de GDF. "Une fois que GDF sera privatisé, c'est tout à fait envisageable", commente en revanche Suez, où l'on affirme que "la fusion avec GDF reste le meilleur schéma industriel".
Sauf que la fusion, les deux groupes ne sont par parvenus à la faire. A chaque étape des négociations entre les deux équipes dirigeantes, des problèmes épineux ont surgi, qu'il s'agisse de l'organigramme du management du futur groupe, des parités d'échange ou encore de sujets plus sociaux. Sans parler de l'opposition des élus de l'UMP comme de la gauche. Et la décision du Conseil constitutionnel, le 30 novembre 2006, de reporter à l'après 1er juillet - date de la libéralisation du marché de l'énergie - leur mariage n'est pas seule coupable du blocage actuel.
Aujourd'hui, l'évolution des cours de Bourse de Suez et de GDF, l'action du premier s'étant plus valorisée que celle du second, rend de toutes façons l'opération impossible telle qu'elle avait été conçue au forceps et adoptée par le Conseil d'administration de Suez. Il s'agissait alors de donner aux actionnaires du groupe de Gérard Mestrallet une action GDF contre une action Suez, et de leur verser 1 euro pour compenser l'écart en Bourse des deux titres. Cet écart était à la clôture mardi de plus de 4,5 euros. Il est, certains jours, monté jusqu'à 8 euros.
Suez affirme qu'il était prêt, peu de temps avant la décision du Conseil constitutionnel, à verser à ses actionnaires une prime de 3,5 à 4 euros pour compenser la relative faiblesse de l'action GDF. Le groupe public dément. "On était incapable de se mettre d'accord", raconte un proche du dossier, qui estime que la même incapacité perdure aujourd'hui. Un euro versé par action représente pour Suez une dépense de 1,2 milliard d'euros.
De son côté, GDF travaille aussi à des scénarios alternatifs. L'un d'entre eux, qui avait séduit Nicolas Sarkozy lorsqu'il était ministre de l'intérieur, consiste à ce que GDF lance une OPA sur Suez. "Une nationalisation de Suez", s'insurge-t-on dans l'entourage de M. Mestrallet. Un montage qui permettrait à l'Etat de rester au-dessus des 50 % dans le capital de GDF et donc au nouveau président de la République de ne pas se dédire totalement. Il avait en effet promis, en 2004 alors qu'il était ministre de l'économie et des finances, que la part de l'Etat dans EDF et GDF ne descendrait jamais sous les 70 % prévus par la loi.