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ECONOMIE:SOCIOLOGIE

 
La Confédération européenne des syndicats se saisit du thème de la "flexicurité"
LE MONDE | 23.05.07 | 15h37  •  Mis à jour le 23.05.07 | 15h37
 

La "FLEXICURITÉ" - flexibilité pour l'entreprise, sécurité pour le salarié - ne se discute pas qu'en France, où Nicolas Sarkozy en a fait un sujet de future négociation. Il s'agit du thème central discuté par les quelque 800 délégués du 11e congrès de la Confédération européenne des syndicats (CES), qui se déroule à Séville en Espagne jusqu'au 24 mai. Elle est aussi au centre des discussions de la Commission européenne avec les partenaires sociaux.

 

A la tribune de Séville, deux approches de ce concept se sont manifestées. D'un côté, le représentant du patronat européen, BusinessEurope, le Français Ernest-Antoine Seillière réclamait l'adaptation du modèle européen avec plus de flexibilité, instaurant "un lien positif entre compétitivité et protection sociale". Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, avait, lundi 21 mai, inscrit le concept dans "la philosophie du mouvement ouvrier" et le commissaire européen à l'emploi, Vladimir Spidla, en faisait une "réponse cohérente aux défis de l'emploi".

Face à cette vision consensuelle, le secrétaire général de la CES, le Britannique John Monks, réélu à ce poste par le congrès, mettait en garde ses partenaires européens. "Cela devient un menu à la carte dont les choix les plus prisés par les hommes politiques sont la fin des contrats sécurisés, la réduction de la protection de l'emploi et des droits aux allocations de chômage", dénonçait-il. Certains, comme la CGT portugaise, proposaient de ne pas reconnaître la "flexicurité" comme un "concept syndical". De son côté, Jean-Christophe Le Duigou, de la CGT française, regrettait "de ne pas avoir eu plus de précisions quant aux bases sur lesquelles la CES va négocier sur la "flexicurité" à Bruxelles".

M. Monks a précisé au Monde, que "le modèle scandinave est un bon modèle parce qu'il offre une meilleure protection sociale". Et l'élection de la Suédoise Wanja Lunbdy-Wedin à la présidence de la CES reflète cette reconnaissance du modèle scandinave. Il s'agit aussi de la première élection d'une femme à la tête de l'organisation européenne, qui représente 60 millions de syndicalistes provenant de 81 confédérations nationales établies dans 36 pays.

Les congressistes ont par ailleurs rejeté toute proposition de mini traité ou de "traité simplifié" défendu par M. Sarkozy. "Il n'est pas question, a expliqué M. Monks, que la Charte des droits fondamentaux que contenait le projet de Traité constitutionnel européen passe à la trappe." Considérant le retour de la croissance en Europe, il a aussi estimé que "le temps était venu d'augmenter les salaires et de passer à l'offensive".

Rémi Barroux
Confédération européenne des syndicats
Site officiel de la confédération européenne des syndicats.   http://www.etuc.org/fr/
 
Jean-Claude Trichet s'oppose aux syndicats européens en défendant la modération salariale
LEMONDE.FR avec AFP et Reuters | 22.05.07 |

Le président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet. | Reuters/FRANCK PREVEL

Reuters/FRANCK PREVEL
Le président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet.

Invité du 11e congrès de la Confédération européenne des syndicats (CES), mardi 22 mai à Séville, le gouverneur de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, a croisé le fer avec ses hôtes, défendant devant un parterre de syndicalistes dubitatifs les bienfaits de la modération salariale.

 

 

"Les accords salariaux devraient éviter des évolutions salariales qui pourraient entraîner des pressions inflationnistes et affecter le pouvoir d'achat de tous les citoyens de la zone euro", a estimé M. Trichet, prévenant que la BCE ferait son possible pour empêcher une telle pression inflationniste. Et de justifier : "Les pays de la zone euro qui ont été capables de préserver à un bas niveau la hausse des coûts du travail ont connu d'importants gains en matière d'emploi", tandis que "nombre d'économies qui ont perdu en compétitivité ont aussi perdu des parts de marché et ont moins créé d'emploi". Jürgen Peters, président du puissant syndicat allemand IG-Metall, a fustigé cet éloge des bas salaires. Ils "ne créent pas d'emplois (...), les gens n'ont pas d'argent", et "malgré des augmentations de salaire modestes, nous avons perdu 600 000 emplois". Guglielmo Epifani, secrétaire général du syndicat italien CGIL, a pour sa part dit refuser la "culture de diminution des salaires", qu'il a jugée "inacceptable".

 

ENRAYER L'EFFRITEMENT DES FORCES SYNDICALES

Quatre ans après le dernier congrès de Prague et deux ans après le double "non" français et néerlandais au traité constitutionnel européen qu'elle soutenait, la CES entend faire de ce congrès de Séville celui de "l'offensive" pour "faire de l'Europe sociale une réalité".

Dès l'ouverture, lundi, les syndicalistes européens ont exposé leurs exigences, destinées à contrer "l'orthodoxie" de la Commission européenne : création d'un marché du travail européen, augmentation des salaires, régulation des fonds d'investissement, égalité hommes-femmes.

La journée de mardi a été marquée par l'élection d'une nouvelle direction. Le Britannique John Monks a conservé son poste de secrétaire général de l'organisation, et la Suédoise Wanja Lundby-Wedin est la première femme à être élue présidente.

 

Le premier défi des nouveaux dirigeants sera d'enrayer l'effritement des forces syndicales. Le taux de syndicalisation européen a chuté, de 50 % en 1970 à 30 % aujourd'hui, notamment du fait des suppressions d'emploi dans les industries traditionnelles – sidérurgie, mines, textile –, places fortes du syndicalisme. Les membres de la CES veulent tendre la main aux jeunes, aux femmes, aux employés des services, des populations que les syndicats peinent à organiser.

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