Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Publicité

ECONOMIE:MONDIALISATION/CHINE

 
Le baiser du dragon
LE MONDE | 22.05.07 | 13h32


Faut-il regretter le temps où la Chine était endormie ? Quand elle est éveillée, elle fait preuve d'un appétit qui a de quoi inquiéter. La société étatique chinoise SIE, chargée de gérer une partie des immenses réserves de change du pays (1 200 milliards de dollars), vient d'annoncer qu'elle allait investir pas moins de 3 milliards de dollars dans le plus gros fonds d'investissement américain, Blackstone. Une façon inattendue de diversifier ses avoirs de change et surtout un tournant majeur dans l'équilibre géo-politico-financier de ce début de millénaire.

 

 

Jusqu'à présent, l'image de la Chine était souvent cantonnée à celle d'atelier de fabrication du monde, attirant comme un aimant, grâce à son gisement quasi infini de main-d'oeuvre à très bon marché, la production de biens de consommation à faible valeur ajoutée. Une voracité commerciale régulièrement dénoncée en Occident - sauf par les consommateurs ! -, mais finalement tolérée dans la mesure où Pékin acceptait de financer en contrepartie, avec ses propres excédents, le gigantesque déficit américain. La banque centrale de Chine achetait les tombereaux d'emprunts émis par le Trésor des Etats-Unis pour combler ses trous. Vos T-shirts contre mes T-Bonds.

C'est cet équilibre implicite de la terreur économique et monétaire que la décision de Pékin vient de briser. En entrant dans le capital de Blackstone - dont le métier consiste à prendre des participations dans des entreprises considérées comme sous-valorisées et mal gérées, telles Deutsche Telekom ou Cadbury Schweppes -, la Chine est en train de passer du statut de banquier des Etats-Unis à celui de propriétaire. Le travail s'est métamorphosé en capital.

De quoi effrayer les Américains. Car, comme l'avait observé dans nos colonnes l'ancien patron de PSA Peugeot Citroën, Jacques Calvet, le montant des réserves de la banque centrale chinoise équivaut à la capitalisation boursière des trois premières sociétés américaines : Exxon, General Electric et Microsoft. A lui seul, le surplus de réserves attendu, en 2007 et 2008, pourrait permettre à la Chine de s'offrir les deux géants bancaires américains que sont Citigroup et Bank of America.

Dans le sillage de son arrivée chez Blackstone, la Chine est-elle décidée à lancer une OPA sur Wall Street ? Et comment réagirait Washington dans le cas où Pékin déciderait de partir, par exemple, à l'assaut de Microsoft ? Pourrait-on éviter outre-Atlantique une hystérie nationaliste et protectionniste, catastrophique pour l'économie mondiale, sans compter le risque de crise monétaire gravissime, avec un effondrement du dollar ?

La Chine fait aussi peur aujourd'hui aux Américains que le Japon il y a vingt ans, quand Sony s'offrait Columbia. Après l'étreinte du samouraï, c'est maintenant le baiser du dragon qu'il faut craindre.

Pékin, qui vient d'annoncer le rachat de 10 % de Blackstone, ne veut pas effrayer les Américains
LE MONDE | 22.05.07 | 

Pour s'assurer de la pérennité des débouchés aux Etats-Unis des produits "made in China", Pékin peut désormais brandir une nouvelle arme : sa force de frappe financière. L'annonce, dimanche 20 mai, du rachat de près de 10 % du florissant fonds d'investissement Blackstone n'est pas passée inaperçue.

 

 

CHIFFRES

En entrant en Bourse, Blackstone rompt avec le choix de la plupart des fonds d'investissement de ne pas être cotés pour garder la confidentialité de leurs données. Avant lui toutefois, Fortress et KKR, qui a coté certaines de ses activités, ont déjà sauté le pas.

 

4,75 MILLIARDS DE DOLLARS

(3,53 milliards d'euros). C'est la somme que le fonds pourrait lever sur les marchés lors de son introduction en Bourse - l'une des dix plus plus importantes opérations de l'histoire boursière - prévue cet été sur la place de New York.

 

 

33,6 MILLIARDS DE DOLLARS.

La valorisation estimée de Blackstone qui, au total, placera 20 % de son capital. L'Etat chinois en détiendra 9,7 % et les autres nouveaux actionnaires 12,3 %.

 


Alors que s'ouvre officiellement, mercredi 23 mai, à Washington la deuxième session du "dialogue économique stratégique", engagé en décembre 2006, la délégation de 14 ministres chinois tente d'apaiser le différend commercial qui oppose les deux puissances. Le déficit commercial des Etats-Unis avec la Chine - 232,5 milliards de dollars (173 milliards d'euros) en 2006, soit plus du quart du déficit commercial américain - ne cesse de s'alourdir.

Henry Paulson, secrétaire au trésor américain, devrait profiter de l'arrivée de la délégation conduite par la vice-première ministre chinoise, Wu Yi, pour demander à la Chine une accélération du calendrier des réformes économiques. De son côté, Pékin voudra rassurer les Etats-Unis qui, après avoir déposé en avril deux plaintes contre la Chine devant l'Organisation mondiale du Commerce (OMC), menacent désormais de taxer les importations chinoises s'il n'est pas mis fin à la sous-évaluation du yuan.

Une quarantaine de parlementaires américains viennent ainsi d'adresser une pétition au président George W. Bush lui demandant d'agir contre "des manipulations inéquitables de la devise" chinoise. "Il faut résister aux tentatives de politiser les questions commerciales", a souligné M. Wu Yi, dans une tribune publiée dans le Wall Street Journal.

L'entrée de la Chine au capital de Blackstone est-elle l'amorce d'un processus plus large qui verrait Pékin s'installer dans les plus grandes entreprises américaines ? Dans les années 1980, c'étaient la puissance des Japonais - qui n'avaient pas hésité à s'emparer de symboles américains comme le Rockefeller Center à New York - qui inquiétait.

 

UN CHOIX COMMERCIAL, PAS POLITIQUE

 

Pour l'heure, Pékin se fait discret. Elle se souvient du tollé qu'avait provoqué, en juin 2005, la tentative de rachat d'Unocal, septième compagnie pétrolière américaine, par l'entreprise publique chinoise Cnooc. Elle avait été contrainte de faire machine arrière. Chez Blackstone, la Chine a abandonné ses droits de vote et promet de ne pas passer au-dessus des 10 % du capital du plus gros fonds d'investissement américain, seuil au-delà duquel il lui faut l'approbation du gouvernement américain. Qui plus est, un fonds est un investissement moins stratégique qu'un pétrolier.

"Dans ce type de contrats, nous devons déterminer si notre sécurité est en danger. Je ne pense pas que ce soit le cas avec une compagnie chinoise prenant une participation dans une société financière américaine", indique Myron Brilliant, responsable de la division Asie à la chambre de commerce américaine. "Le choix de Blackstone n'est pas politique mais commercial", veut rassurer Jesse Wang, directeur de Jianyin Investment qui a négocié l'entrée chez Blackstone.

"Les investissements systématiques (dans des entreprises) débuteront en janvier 2008 avec la création de la Société d'investissement d'Etat (SIE)", qui aura pour mission de gérer 20 % des 1 200 milliards de dollars de réserves de change du pays, déclare M. Wang. "A ce moment-là, nous aurons une vision globale du marché et nous nous intéresserons à d'autres marchés que celui américain."

"N'importe quel pays assis sur un tel coussin financier ne peut qu'adopter ce type de gestion. Que cela plaise ou pas aux Etats-Unis, la Chine fera ce qu'elle voudra", souligne Lan Xue, directrice de la recherche Chine pour Citigroup.

Jusqu'ici, les énormes réserves de change de Pékin - 2e créditeur des Etats-Unis après le Japon - ont surtout été investies en bons du trésor américains. Le rachat de 10 % de Blackstone marque donc un changement radical de stratégie. Les 3 milliards investis dans ce fonds correspondent à peine à cinq jours d'excédent commercial.

"Vous allez voir les Chinois investir dans ce type de fonds d'investissement privés mais aussi dans des sociétés en Europe et en Asie. Ils vont aussi acheter des entreprises en Amérique latine et en Afrique dans des régions riches en matières premières", explique David Riedel, président du Riedel Research Group.

Maguy Day et Eric Leser (à New York)
Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article