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ECONOMIE/ PROTECTIONNISME

Du grain à moudre
par Julie Clarini et Brice Couturier
du lundi au vendredi de 17h à 18h
  Du grain à moudre

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Podcast


 
 
émission du jeudi 17 mai 2007
Rediffusion : Le Protectionnisme de nouveau à la mode ?

 
 
Retour vers le futur : et si l’avenir était au protectionnisme ?

Les Français sont mal à l’aise avec la mondialisation. On le dit assez : 72 % y voient d’abord une menace pour l’emploi et les entreprises du pays. Est-ce pour cela que les politiques, de droite comme de gauche, entonnent un air un peu nouveau ces derniers mois ? « le risque est réel que l’élection présidentielle soit l’occasion en France d’un virage isolationniste » écrivent les économistes Patrick Artus, Elie Cohen, et Jean Pisani-Ferry dans le Monde du 5 décembre. Une évolution qu’ils constatent avec effroi. « Les lignes Maginot, poursuivent-ils, ont toujours le même effet : créer l’illusion de la sécurité et retarder les vraies réponses ». Il serait faux pourtant de penser que cette nouvelle mode est purement hexagonale. Ce sont les Etats-Unis eux-mêmes, une fois de plus, qui ont été les précurseurs ; assez récemment, des débats sur les bons moyens de préserver l’American Way of Life ont remis au goût du jour les réponses protectionnistes. En France, c’est la revue le Débat, qui a donné cet automne une visibilité nouvelle au sujet en publiant un dossier sur cette question. «Nous sommes dans une période de transition ultrarapide qu'il faut réguler, confie Marcel Gauchet . Le protectionnisme est une discussion qu'il faut avoir sur le fond. J'en ai plus qu'assez des arguments d'autorité des économistes.» Il faut compter aussi dans le camp des sceptiques sur le mouvement d’ouverture des frontières l’intellectuel Emmanuel Todd qui est rentré à son tour en guerre contre le dogme du libre-échangisme.
Dans une tribune libre, publié en décembre dernier, l’ancien membre du cabinet de J-P Raffarin, Karim El Karoui posait ainsi l’alternative : « La question du protectionnisme européen est simple : veut-on une société inégalitaire, sur le modèle de l'Ancien Régime ? Ou veut-on une société de cohésion, où les classes moyennes ont de l'espoir, où les milieux populaires peuvent retrouver le goût de l'avenir, où l'Europe regagne une cohérence plus que jamais nécessaire à l'heure de la nouvelle mondialisation qui commence ? »
On le voit les offensive sont rudes. Les réponses le sont aussi qui lisent dans ce renouveau du protectionnisme un nouveau spectre du plombier polonais – une nouvelle façon de nous dire que la source de nos problèmes vient d’un ailleurs, hier européen, aujourd’hui chinois. Nous ouvrons donc le débat.

  Invités

 
Hakim El Karoui.  Membre du Conseil scientifique de la Cité nationale de l'histoire de l'immigration.
Ancienne plume de Jean-Pierre Raffarin.

 
Jacques Sapir.  Directeur d'étude à l'Ehess, CEMI (Centre d'études des modes d'industrialisation).

 
Lionel Fontagné.  Chercheur associé au CEPII. Professeur d'Economie à l'Université de Paris I Panthéon-Sorbonne. Membre du Conseil d'Analyse Economique

 
Hervé Novelli.  Député UMP d’Indre-et-Loire, Président du groupe des Réformateurs à l’Assemblée nationale.


 
 
           
les livres
 
 
 
 

 
Jacques Sapir
La fin de l'eurolibéralisme
Seuil - janvier 2006
 

En votant «non» le 29 mai, le peuple français a donné une gifle magistrale aux élites qui n'hésitèrent pas à manifester leur mépris pour une opinion populaire présumée vulgaire. De là à dire que ce vote n'exprime qu'un décalage entre l'élite informée et le peuple dépassé par un monde qu'il ne comprend plus, de là à croire que ce «non» ne débouche sur rien, car il n'y a pas d'alternative au «modèle» eurolibéral, il n'y a qu'un pas. Mais ce sont là deux faux pas que ce livre entreprend de corriger.
Au-delà du «non» français, ce livre bref, décapant, savant et pourtant facile à lire, va aux fondements mêmes du décalage entre une élite eurolibérale et un peuple convaincu des méfaits du néolibéralisme. Jacques Sapir démonte tous les non-sens économiques sur lesquels repose le discours eurolibéral dominant. Dans une forme accessible, il explique comment la science économique réduit à néant le culte de la concurrence «libre et non faussée» sur lequel repose la construction européenne depuis vingt ans. Il présente les fondements d'un modèle alternatif pour l'Union européenne : l'économie mixte organisée plutôt que l'économie de marché dérégulée.
C'est l'élite qui, en vérité, ne comprend rien au monde : elle a cessé de raisonner pour s'adonner à l'adoration sectaire de croyances économiques sans fondements. Le 29 mai, espérons-le, marque le commencement de la fin d'une illusion dangereuse : l'eurolibéralisme.
- Présentation de l'éditeur -
 
 
 

 
Hakim El Karoui
L'avenir d'une exception
Flammarion - Octobre 2006

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À l'heure où se dessinent les questions qui feront la campagne de 2007, voilà un livre qui prend de la hauteur tout en apportant des solutions concrètes. Il repose sur une conviction forte : la crise identitaire que traverse la France n'est pas la sanction de son retard à s'adapter au monde moderne, mais le signe d'un affrontement inédit dans son histoire entre deux systèmes de valeur, l'un fondé sur l'inégalité, l'autre sur l'égalité. Comprise dans un sens très large, cette notion d'inégalité désigne le dispositif qui permet aux pays développés de garantir leur avance sur le reste du monde. Elle renvoie aussi, au sein de ces mêmes pays, au choix consensuel d'un libre-échange porteur de délitement social, à l'accroissement de l'écart entre les élites et les classes populaires ou encore à l'incapacité de l'école à corriger les inégalités de départ. De ce système formidablement protecteur des positions acquises, les Français ne veulent pas. Eux que l'on dit versatiles et individualistes, ils manifestent à longueur d'élections une constance absolue dans leur choix que seuls les responsables politiques réussissent à ne pas voir : envers et contre tout, ils disent leur préférence pour l'égalité, que l'on découvre, par exemple, dans leur obstination à vouloir assimiler les immigrés. Savoir si les Français ont raison ou non de tenir à cette « exception » dépasse le cadre de nos frontières : le monde a besoin de l'égalité pour organiser la montée en puissance des pays émergents, gérer la crise de l'islam ainsi que le déclin programmé de la puissance américaine, et limiter la fragmentation interne des sociétés occidentales. À rebours des théories du déclin et de la vaine opposition entre « social » et « libéral », cet essai, original et stimulant, pose une question interdite : et si les Français avaient raison ?
- 4ème de couverture -


           
les liens

 

 
  > "L’air du protectionnisme électoral"

Article paru dans "Le Monde" du 5 décembre 2006 et signé par Patrick Artus, Elie Cohen, Jean Pisani-Ferry
L’air du protectionnisme électoral

Point de vue

 par Patrick Artus, Elie Cohen, Jjean Pisani-Ferry

Le Monde, 05.12.06

"Redonner vie à la préférence communautaire" (Nicolas Sarkozy, 29 mai 2005). "Renforcement du tarif extérieur commun" (Parti socialiste, 1er juillet). "Taxer les entreprises qui délocalisent les emplois et taxer leurs produits lorsqu’elles les réimportent" (Ségolène Royal, 13 octobre). "Un chemin équilibré entre protection et protectionnisme" (Nicolas Sarkozy, 9 novembre) ; étudier "le principe d’une taxe carbone sur les importations de produits industriels en provenance des pays qui refuseraient de s’engager en faveur du protocole de Kyoto" (Dominique de Villepin, 13 novembre). Il flotte décidément sur cette précampagne un étrange et consensuel parfum de protectionnisme.

Qu’on nous comprenne bien : évoquer la rétorsion commerciale peut être nécessaire pour contrer des comportements déloyaux ou pour amener tel ou tel partenaire à prendre sa juste part à la solution de problèmes globaux. Mais la fonction d’un scrutin présidentiel est de fixer le cadre des politiques à venir. L’invocation répétée de solutions protectionnistes conforte l’opinion dans la croyance que la réponse aux tensions suscitées par la mondialisation est dans la construction d’une ligne Maginot économique et installe l’idée que le prochain président (ou présidente) aura pour mandat de l’édifier.

Ces propos répondent à une attente. Selon un sondage récent, les Français sont, parmi tous les Européens, les plus angoissés par la mondialisation : 72 % y voient d’abord une menace pour l’emploi et les entreprises du pays. Pourtant, les partis de gouvernement s’interdisaient jusqu’ici d’envisager en réponse un recours à l’attirail protectionniste, laissant ce thème à l’extrême droite et à l’extrême gauche. Ils se gardaient de promouvoir des solutions dont la mise en oeuvre opposerait le pays à ses partenaires européens ou le mettrait en contradiction avec ses engagements internationaux.

Ce n’est pas toujours par conviction que les dirigeants politiques français se retenaient de céder à la tentation. Notre classe politique n’a jamais été adepte du libre-échange. Toutefois, l’engagement européen et les règles multilatérales faisaient office de surmoi. A gauche, mais aussi à droite, la victoire du non au référendum a fait sauter le tabou européen et avivé la recherche de réponses nationales. Quant aux digues multilatérales, elles viennent de céder avec la mise en sommeil des négociations à l’OMC et l’évolution américaine. Les pointages indiquent que les nouveaux membres du Congrès sont plus isolationnistes que leurs prédécesseurs, qui s’étaient déjà illustrés en bloquant des investissements étrangers et en montrant une grande réticence à ratifier des accords commerciaux régionaux.

Tout est donc en place pour que le mouvement s’amplifie d’ici à l’élection présidentielle et le risque est réel que celle-ci soit l’occasion, en France, d’un virage isolationniste. Une telle évolution serait très grave, pour plusieurs raisons.

Nous n’arrêterons pas, d’abord, la mutation mondiale qui s’est engagée. Celle-ci n’est pas affaire de règles commerciales mais d’aspirations. La Chine, l’Inde et d’autres pays émergents veulent accéder à la prospérité économique et ont choisi pour cela de s’inscrire dans la division internationale du travail. On peut critiquer leurs comportements sociaux ou environnementaux et leur demander d’y mettre fin, vigoureusement si besoin. Mais ne croyons pas une seconde que l’élimination des pratiques contestables changerait fondamentalement les termes de la concurrence mondiale. La montée de la Chine ne s’explique pas par la répression des syndicats ou l’indifférence à l’égard des dégâts environnementaux. Propager cette idée entretient l’aveuglement.

Deuxièmement, les lignes Maginot ont toujours le même effet : créer l’illusion de la sécurité et retarder les vraies réponses. Historiquement, le seul protectionnisme qui ait donné des résultats a été offensif, et tous les pays qui ont voulu s’abstraire des changements du monde l’ont payé au prix fort. Suggérer que la réponse aux délocalisations est dans la protection, c’est faire croire que la France pourra prospérer en conservant ses industries traditionnelles. Il suffit de regarder de l’autre côté du Rhin pour comprendre combien c’est illusoire : depuis cinq ans, l’industrie allemande s’est profondément réorganisée sur la base d’une délocalisation massive, bien plus rapide et prononcée qu’ici. Résultat : l’emploi industriel n’a pas souffert davantage, mais l’Allemagne est redevenue le premier exportateur mondial.

Rappelons en outre que taxer à l’importation des produits qui ne sont plus fabriqués dans le pays a comme seul effet d’en faire monter les prix ; et qu’interdire les délocalisations aux entreprises françaises leur ferait simplement perdre leur compétitivité par rapport aux autres entreprises européennes qui y ont recours.

Troisièmement, le problème actuel de l’économie française n’est pas qu’elle importerait trop ou délocaliserait trop. Il ne réside pas davantage dans le coût du travail ou dans le fardeau de l’euro. D’autres pays proches font mieux dans les mêmes conditions. Notre problème tient à la dégradation de nos performances à l’exportation, faute d’une offre compétitive suffisante en qualité et en quantité et d’efforts trop timides envers les nouvelles zones de croissance du monde. Pendant dix ans environ, ce problème a été masqué, par la faiblesse de l’euro puis par les difficultés de l’Allemagne. Il apparaît en pleine lumière aujourd’hui. C’est ce problème qu’il faut traiter, et rien dans l’attirail protectionniste n’y offre le début d’une réponse.

Quatrièmement, ce qui est un drame à l’échelle d’un territoire ne l’est pas à l’échelle du pays. Il faut aider les victimes de la mondialisation, les indemniser, les requalifier, les réinsérer dans l’emploi, mais protéger des emplois condamnés aggrave le problème au lieu de le résoudre. La disparition sur notre territoire des industries traditionnelles ou des hautes technologies d’hier focalise l’attention, mais la France et l’Europe sont en fait mieux placées dans l’échange international que les Etats-Unis : elles exportent des produits intensifs en capital que les pays émergents ne produisent pas en grandes quantités, et sont relativement faibles dans les biens de consommation technologiques où ces pays concurrencent les Etats-Unis. Elles exportent donc des biens très demandés qui bénéficient de la croissance mondiale et ont à gagner au processus de spécialisation internationale.

Il y a évidemment matière à débat sur la réponse à apporter aux mutations. Faut-il investir davantage de fonds publics dans la recherche et l’enseignement, et comment obtenir ces fonds ? Pour stimuler l’innovation, faut-il plus ou moins de concurrence ? De quels acteurs financiers avons-nous besoin pour faire naître des Google européens ? Faut-il déréglementer le marché du travail ? Peut-on adapter en France le modèle danois de flexsécurité ? Faut-il accepter, et même favoriser, une concentration des activités sur le territoire ? Comment remédier à l’absence de croissance des PME, autre particularité française ?

Pour des candidats soucieux de l’avenir, voilà de bons terrains d’affrontement entre visions et solutions. Mais de grâce, qu’ils nous épargnent la dangereuse diversion protectionniste.

Patrick Artus, Elie Cohen, Jean Pisani-Ferry sont économistes et membres du Conseil d’analyse économique.


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