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ECONOMIE

Consommation, investissements et exports tirent l'économie française 
LE MONDE | 22.08.06 |

Les soldes d'été (ici à Paris, le 28 juin 2006) ont contribué à la hausse de la consommation française. | AFP/FRANÇOIS GUILLOT

 Les soldes d'été (ici à Paris, le 28 juin 2006) ont contribué à la hausse de la consommation française.

Comme l'avait annoncé triomphalement, vendredi 11 août, le ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, Thierry Breton, l'économie française a connu une réelle embellie au deuxième trimestre.

 

L'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) a confirmé ses premières estimations et annoncé, mardi 22 août, que le produit intérieur brut (PIB) avait progressé d'un peu plus de 1,1 % au deuxième trimestre, performance qui renoue avec les beaux scores de l'an 2000 et qui n'a été dépassée que trois fois en quinze ans.

 
Treize millions de consommateurs en ligne

L'achat sur Internet se généralise en France. Selon une étude sur les "Prévisions du commerce électronique français de 2006 à 2011", publiée le 11 août par Forrester Research, plus de treize millions de français ont consommé en ligne au cours du deuxième trimestre 2006, soit 85 % de plus qu'en 2003. Le commerce électronique devrait générer plus de 12 milliards d'euros de chiffres d'affaires en 2006. Vêtements et voyages (billets d'avions, voyages organisés, chambres d'hôtels) sont les produits et services les plus achetés sur Internet, suivis des livres et des DVD. Le profil de l'acheteur en ligne se banalise : sa moyenne d'âge augmente, son niveau moyen d'éducation baisse ; il n'est plus nécessairement un fan de technologie, et il s'agit, plus d'une fois sur deux, d'une femme. Les ventes en ligne devraient progresser en moyenne de 26 % par an d'ici à 2011, pour atteindre un chiffre d'affaires de 39 milliards d'euros.

 

Cette croissance - presque "à l'américaine" - met enfin la France en phase avec l'économie mondiale. Elle garantit au gouvernement de pouvoir atteindre ses objectifs de croissance pour l'année 2006. Il avait tablé sur un taux compris entre 2 % et 2,5 %, s'attirant alors les sarcasmes de l'opposition et de certains commentateurs.

Avec un acquis de croissance déjà réalisé depuis le début de l'année de 1,9 %, M. Breton parie désormais sur un taux de 2,25 % qui permettrait à la majorité d'aborder en meilleure posture les élections présidentielle et législative de 2007, surtout si cela se traduisait par les 200 000 créations d'emplois espérées.

Les calculs de l'Insee valident en partie les affirmations répétées du ministre, selon lesquelles "tous les indicateurs sont au vert". La hausse de la consommation demeure vigoureuse, même si elle décélère légèrement de + 0,9 % au premier trimestre à + 0,7 % au deuxième. Celle des exportations, qui avait bondi de + 3,4 % au trimestre précédent, se maintient à un niveau honorable de + 1,8 %.

 

LES TROIS MOTEURS

 

La bonne surprise vient des investissements (+ 1,5 % après 0 % au premier trimestre) où les entreprises non financières se distinguent (+ 1,8 % après - 0,5 %), notamment grâce au bâtiment. Les trois moteurs de l'économie tirant dans le même sens et à peu près à la même vitesse, Bercy juge que la France se trouve dans une phase de croissance équilibrée.

Même l'accélération des importations (+ 3,3 % après +1,2 % au premier trimestre) est analysée comme un gage de croissance pérenne par l'entourage du ministre, car elle accompagne un mouvement de restockage qui pourrait traduire la confiance des entreprises dans la bonne tenue de la consommation.

Avec une zone euro qui affiche + 0,9 % de croissance, des Pays-Bas forts d'une progression de +1 %, une Allemagne et une Espagne en pleine forme, avec + 0,9 %, et la Belgique, comme le Royaume-Uni, à + 0,8 %, Bercy estime qu'il s'agit d'autant d'indicateurs avancés de bon augure et que le dynamisme de l'économie française peut être considéré comme durable grâce à cet environnement favorable.

Le ministère pense que les deux ombres au tableau que sont la production du secteur automobile et le déficit commercial (contribution de - 0,5 point à l'évolution du PIB, contre + 0,6 point au trimestre précédent) ne portent pas à conséquence, tous les deux étant victimes du pétrole anormalement cher.

La croissance plus rapide des exportations par rapport aux importations, au cours du premier semestre, lui paraît prouver que le commerce extérieur français se porte mieux. Les prix à la consommation demeurent sages avec un glissement de + 1,9 % en un an, soit moins que l'inflation maximum souhaitée par la Banque centrale européenne (BCE).

Le rebond de l'économie française au deuxième trimestre et le ruban bleu qu'elle s'adjuge face à ses grandes concurrentes de l'Union européenne ne souffrent pas de contestation. En revanche, l'Insee déclare plus prudent d'attendre les résultats du troisième trimestre pour trancher la question de savoir s'il s'agit d'un phénomène passager ou des prémices d'une accélération.

Car les signes abondent d'un ralentissement de la croissance mondiale, notamment sous l'effet du haut niveau des prix des hydrocarbures. Les Etats-Unis s'efforcent de réduire leur croissance et commencent à y parvenir. La Chine s'y essaie aussi avec des résultats moins probants, mais certains chiffres (consommation de pétrole, hausse des taux, investissements étrangers) donnent à penser que sa formidable surchauffe s'y aggrave moins.

La France pourrait pâtir plus gravement et plus vite d'un retournement de la conjoncture européenne. La hausse vraisemblable des taux de la BCE et le renchérissement de l'euro par rapport au dollar, devraient avoir des effets déflationnistes.

Enfin, la bonne santé de l'Allemagne pourrait se révéler un feu de paille. La croissance de son PIB devrait, certes, atteindre 2 % en 2006 mais, selon certains analystes, la hausse de sa TVA, qui passera de 16 % à 19 % le 1er janvier 2007, pourrait ramener la croissance aux alentours d'un médiocre 1 % en 2007, privant la France d'un surcroît d'achats de son premier client.

Alain Faujas
 
Pour les experts, les bons chiffres trimestriels ne doivent pas faire oublier les problèmes structurels
LE MONDE | 22.08.06 |
 
La France n'est pas la seule, dans la zone euro, à afficher de bons résultats économiques au deuxième trimestre. L'Allemagne ou les Pays-Bas sont dans le même cas. C'est le signe du dynamisme actuel de la demande européenne, selon Mark Wall, de la Deutsche Bank. Mais que se passera-t-il ensuite ?

 

 
D'ici à la fin 2006, la consommation des ménages devrait rester soutenue. En particulier en Allemagne. Outre-Rhin, "les anticipations d'achat des ménages allemands qui cherchent à éviter la hausse de la TVA, prévue en 2007, contribuent à soutenir la demande interne", précise M. Wall.

Cette bonne tenue de la consommation des ménages, mais aussi des investissements industriels ne peut être que bénéfique à l'économie européenne, selon le rapport de la Deutsche Bank. Face au ralentissement de l'économie mondiale, si la croissance peut être portée par des facteurs internes, et non plus par des facteurs externes tels que le commerce extérieur (notamment les exportations), la croissance pourra être consolidée.

 

AGGRAVATION DU DÉFICIT COMMERCIAL

 

Les bons chiffres affichés pour la première moitié de l'année ne doivent pas faire oublier les mauvaises performances à l'exportation des pays de la zone euro, révélatrices des handicaps structurels des économies européennes, selon une note de la banque Ixis CIB, rédigée par Patrick Artus.

Le document précise qu'à l'exception de l'Allemagne, les parts de marché de la France, de l'Italie et de l'Espagne dans le commerce extérieur mondial ont baissé depuis 1998. "Dans le cas de la France, l'aggravation de la balance commerciale, depuis 2002, touche tous les produits, sauf l'agroalimentaire. Les exportations de ces pays montrent une forte inertie de l'offre vis-à-vis de la croissance de la demande mondiale, signe de la gravité de la situation", précise M. Artus.

"Au vu des résultats de nos voisins, la situation française n'a rien d'exceptionnel", précise Alexandre Bourgeois, de Natexis-Banques populaires. La croissance en France suit un mouvement généralisé en Europe, mais reste en deçà des résultats américains. De 2001 à 2006, la croissance du produit intérieur brut (PIB) aux Etats-Unis a été supérieure de 4,3 points à celle du PIB européen, soit quasiment un point d'écart par an.

Maguy Day
 
Croissance française : Thierry Breton déclare que "tous les indicateurs sont au vert"
LE MONDE | 11.08.06 |

Thierry Breton, en juillet 2006. | AFP/GERARD CERLES

 Thierry Breton, en juillet 2006.

Dans un entretien au Monde, le ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, Thierry Breton, commente le rebond de la croissance française annoncé, vendredi 11 août au matin, par l'Insee. Il évoque aussiles grands dossiers industriels du moment comme Arcelor et Suez-Gaz de France.

 

La croissance s'est affichée entre 1,1 % et 1,2 % au deuxième trimestre, soit une très nette accélération. Quelle est votre première réaction ?

J'attendais une très bonne nouvelle, vous le savez, mais il est clair que nous avons là une performance remarquable de l'économie française au printemps 2006, avec une croissance annualisée entre 4,4 % et 4,8 % au second trimestre. C'est arrivé trois fois en vingt ans. Je le dis depuis plusieurs mois, tous les indicateurs sont au vert.

 

C'est la démonstration que la politique de croissance menée avec détermination par le gouvernement, fondée sur le retour de la confiance, la maîtrise des finances publiques et l'accroissement des investissements, porte ses fruits. Cent cinquante économistes internationaux viennent du reste de classer la France comme l'économie la plus dynamique de la zone euro. Cela veut dire que l'économie de notre pays est à nouveau à l'endroit et qu'elle s'est mise à créer les conditions d'une baisse structurelle et durable du chômage.

 

Mais cette croissance reste pauvre en emplois...

Ce n'est absolument pas vrai. Au contraire, selon l'Insee, au moins 200 000 emplois seront créés en 2006, dont 80 % dans le secteur privé. Alors il faut tordre le cou aux idées fausses : en matière d'emploi, il n'y a pas de fée ni de coup de baguette magique. La croissance, c'est-à-dire l'activité, est le carburant qui crée massivement de l'emploi. Le traitement social, ça aide, mais ce n'est pas cela qui peut nous sortir durablement d'affaire. Ce n'est qu'un accompagnement.

 

Il faut également arrêter les querelles stériles sur les explications de la baisse du chômage : le nombre de radiations à l'ANPE est le même depuis cinq ans. La population active continue d'augmenter, avec plus de jeunes qui entrent sur le marché du travail que de seniors qui le quittent. Le solde, cette année, est de plus de 25 000 personnes.

Quant au CNE (contrat nouvelle embauche), en moins d'un an, il a permis de créer plus de 60 000 emplois qui ne l'auraient pas été sans lui. Cela montre que l'on peut soutenir efficacement la création d'emplois sans aide financière de l'Etat. Je sais que cela va à l'encontre des idées reçues, mais il y a de la croissance en 2006, et c'est pour cela que le chômage baisse.

 

Suite de la première page La hausse du pétrole ne risque-t-elle pas de casser la reprise ?

 

C'est un facteur de risque évidemment, mais nous avons déjà surmonté plusieurs périodes de hausse et les chiffres montrent que l'économie s'est adaptée en fonctionnant différemment et en consommant moins d'énergie.

Face à cette économie "post-pétrole" qui s'annonce, nous avons en France l'atout du nucléaire. Cela veut dire que nous sommes armés pour faire la course en tête. Il est vrai que la période de transition sera délicate pour tous les pays, c'est pourquoi le G7 m'a confié un mandat pour en discuter avec les pays producteurs.

 

Le ralentissement de l'économie américaine n'est-il pas une autre menace ?

L'essoufflement de l'activité aux Etats-Unis était attendu, comme le fait que la Réserve fédérale (Fed) arrête de relever ses taux. Je note qu'au deuxième trimestre la France fait deux fois mieux que les Etats-Unis, comme quoi il n'y a pas de fatalité.

 

Peut-on avoir une politique aux Etats-Unis qui conduirait à un dollar beaucoup plus faible ? C'est dans le domaine du possible, mais ce n'est dans l'intérêt de personne. Nous surveillons de très près, à l'Eurogroupe, la question du taux de change. C'est même le premier sujet dont je me sois entretenu avec mon nouvel homologue américain, Henry Paulson. L'euro me semble pleinement valorisé aujourd'hui et il faut donc être attentif à ce que les politiques menées en Europe ne conduisent pas à le renforcer.

 

La reprise de l'économie s'accompagne de recettes fiscales plus élevées que prévu. Qu'allez-vous faire de cette cagnotte ?

Ce mot ne fait pas partie de mon vocabulaire. Les cagnottes n'existent pas lorsqu'on est en déficit car la priorité est de réduire le déficit et l'endettement. C'est pourquoi les éventuels surplus doivent être affectés au désendettement, selon les termes mêmes de la loi de finances !

 

Le ratio dette/PIB baissera de deux points dès cette année, c'est mon engagement. Le prochain budget respectera par ailleurs la consigne du premier ministre de diminuer les dépenses de 1 % par rapport à l'inflation, pour la première fois dans notre histoire budgétaire. Ceci dit, le très bon chiffre du deuxième trimestre nous permet d'être mieux armés.

 

On ne trouve plus aucun Français dans la direction générale du groupe Mittal Arcelor !

Vous me l'apprenez. Plus que la nationalité de tel ou tel, l'essentiel, dans un groupe issu d'une fusion, est de réussir à créer un socle de valeurs communes, surtout après une longue bataille boursière nécessairement déstabilisante. Cela fait partie de ce que j'appelle la "grammaire moderne du monde des affaires". C'est pour cela aussi que je préfère par expérience les fusions amicales longuement préparées aux raids hostiles.

 

Dans le cas du groupe Mittal, je l'ai dit d'emblée et je le maintiens, les choses avaient été mal engagées, sans discussion approfondie ni projet industriel préalables à une fusion qui concerne plus de 300 000 salariés. Mais je constate heureusement qu'après moult discussions au terme de plusieurs mois des réponses et des engagements ont été obtenus, notamment en termes de projet industriel, d'emplois et de centres de recherche. Nous les avons rendus publics sur le site Internet du ministère.

Ainsi, l'Etat a joué pleinement son rôle de partie prenante non actionnaire. Mais, je le redis, nous n'avons pas à nous prononcer sur le choix des actionnaires. Nous ne sommes, par principe, ni pour ni contre, pas plus avant, pendant, qu'après. En revanche, nous exerçons pleinement notre devoir de vigilance.

 

Où en est-on dans la fusion Suez-Gaz de France ?

Dans le contexte de "guerre énergétique" que va connaître durablement la planète, la question posée au Parlement est de savoir si l'on veut donner à Gaz de France, la flexibilité de son capital lui permettant de se développer. C'est l'intérêt des consommateurs français. C'est l'intérêt de la France. Gaz de France ne produit pas son propre gaz. C'est essentiellement un distributeur et, comme tous les acheteurs, il faut qu'il grandisse pour garantir à ses clients les meilleurs prix.

 

Gaz de France et Suez travaillent à leur projet par étapes. Il y aura par exemple un rendez-vous d'étape la semaine prochaine avec la Commission européenne. Contrairement à ce que certains en attendent, ce n'est pas une étape décisive mais au contraire le simple début d'un processus, qui établit la liste exhaustive des sujets potentiels dont la Commission souhaitera discuter avec les entreprises sur les questions de concurrence. Cela ne préjuge en rien de la suite.

Pour expliquer tous ces enjeux, j'ai déjà rencontré plus de 200 parlementaires de la majorité. Aucun de l'opposition n'est venu frapper à ma porte. Je les invite à venir me voir, ce qui évitera peut-être le dépôt d'amendements inutiles. J'entends dire que le PS est prêt à déposer 36 000 amendements, le PC 60 000. C'est plus que le nombre d'amendements examinés en dix ans de vie parlementaire ! Si tel était le cas, on ne serait évidemment plus dans le cadre normal du débat démocratique de nos institutions. Les Français jugeront.

 

Quel sera le thème économique principal de campagne électorale pour la présidentielle de 2007 ?

Au moins deux thèmes sont essentiels pour moi. Tout d'abord, nous ne pouvons pas laisser à nos enfants un endettement excessif. Aucun parent ne le souhaite. A charge pour nous de mener une politique vigoureuse de réduction du ratio d'endettement et des déficits. Ce n'est pas un mythe, car nous sommes en train de le réaliser, conformément au souhait du président de la République.

 

Ensuite, nous devons continuer à mener pour notre pays une politique de croissance créatrice d'emploi, pour être dans dix ans l'économie européenne la plus dynamique. C'est possible, nous sommes en train de le démontrer trimestre après trimestre

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