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ans un entretien au
Monde, le ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, Thierry Breton, commente le rebond de la croissance française annoncé, vendredi 11 août au matin, par l'Insee. Il évoque aussiles grands dossiers industriels du moment comme Arcelor et Suez-Gaz de France.
La croissance s'est affichée entre 1,1 % et 1,2 % au deuxième trimestre, soit une très nette accélération. Quelle est votre première réaction ?
J'attendais une très bonne nouvelle, vous le savez, mais il est clair que nous avons là une performance remarquable de l'économie française au printemps 2006, avec une croissance annualisée entre 4,4 % et 4,8 % au second trimestre. C'est arrivé trois fois en vingt ans. Je le dis depuis plusieurs mois, tous les indicateurs sont au vert.
C'est la démonstration que la politique de croissance menée avec détermination par le gouvernement, fondée sur le retour de la confiance, la maîtrise des finances publiques et l'accroissement des investissements, porte ses fruits. Cent cinquante économistes internationaux viennent du reste de classer la France comme l'économie la plus dynamique de la zone euro. Cela veut dire que l'économie de notre pays est à nouveau à l'endroit et qu'elle s'est mise à créer les conditions d'une baisse structurelle et durable du chômage.
Mais cette croissance reste pauvre en emplois...
Ce n'est absolument pas vrai. Au contraire, selon l'Insee, au moins 200 000 emplois seront créés en 2006, dont 80 % dans le secteur privé. Alors il faut tordre le cou aux idées fausses : en matière d'emploi, il n'y a pas de fée ni de coup de baguette magique. La croissance, c'est-à-dire l'activité, est le carburant qui crée massivement de l'emploi. Le traitement social, ça aide, mais ce n'est pas cela qui peut nous sortir durablement d'affaire. Ce n'est qu'un accompagnement.
Il faut également arrêter les querelles stériles sur les explications de la baisse du chômage : le nombre de radiations à l'ANPE est le même depuis cinq ans. La population active continue d'augmenter, avec plus de jeunes qui entrent sur le marché du travail que de seniors qui le quittent. Le solde, cette année, est de plus de 25 000 personnes.
Quant au CNE (contrat nouvelle embauche), en moins d'un an, il a permis de créer plus de 60 000 emplois qui ne l'auraient pas été sans lui. Cela montre que l'on peut soutenir efficacement la création d'emplois sans aide financière de l'Etat. Je sais que cela va à l'encontre des idées reçues, mais il y a de la croissance en 2006, et c'est pour cela que le chômage baisse.
Suite de la première page La hausse du pétrole ne risque-t-elle pas de casser la reprise ?
C'est un facteur de risque évidemment, mais nous avons déjà surmonté plusieurs périodes de hausse et les chiffres montrent que l'économie s'est adaptée en fonctionnant différemment et en consommant moins d'énergie.
Face à cette économie "post-pétrole" qui s'annonce, nous avons en France l'atout du nucléaire. Cela veut dire que nous sommes armés pour faire la course en tête. Il est vrai que la période de transition sera délicate pour tous les pays, c'est pourquoi le G7 m'a confié un mandat pour en discuter avec les pays producteurs.
Le ralentissement de l'économie américaine n'est-il pas une autre menace ?
L'essoufflement de l'activité aux Etats-Unis était attendu, comme le fait que la Réserve fédérale
(Fed) arrête de relever ses taux. Je note qu'au deuxième trimestre la France fait deux fois mieux que les Etats-Unis, comme quoi il n'y a pas de fatalité.
Peut-on avoir une politique aux Etats-Unis qui conduirait à un dollar beaucoup plus faible ? C'est dans le domaine du possible, mais ce n'est dans l'intérêt de personne. Nous surveillons de très près, à l'Eurogroupe, la question du taux de change. C'est même le premier sujet dont je me sois entretenu avec mon nouvel homologue américain, Henry Paulson. L'euro me semble pleinement valorisé aujourd'hui et il faut donc être attentif à ce que les politiques menées en Europe ne conduisent pas à le renforcer.
La reprise de l'économie s'accompagne de recettes fiscales plus élevées que prévu. Qu'allez-vous faire de cette cagnotte ?
Ce mot ne fait pas partie de mon vocabulaire. Les cagnottes n'existent pas lorsqu'on est en déficit car la priorité est de réduire le déficit et l'endettement. C'est pourquoi les éventuels surplus doivent être affectés au désendettement, selon les termes mêmes de la loi de finances !
Le ratio dette/PIB baissera de deux points dès cette année, c'est mon engagement. Le prochain budget respectera par ailleurs la consigne du premier ministre de diminuer les dépenses de 1 % par rapport à l'inflation, pour la première fois dans notre histoire budgétaire. Ceci dit, le très bon chiffre du deuxième trimestre nous permet d'être mieux armés.
On ne trouve plus aucun Français dans la direction générale du groupe Mittal Arcelor !
Vous me l'apprenez. Plus que la nationalité de tel ou tel, l'essentiel, dans un groupe issu d'une fusion, est de réussir à créer un socle de valeurs communes, surtout après une longue bataille boursière nécessairement déstabilisante. Cela fait partie de ce que j'appelle la "grammaire moderne du monde des affaires". C'est pour cela aussi que je préfère par expérience les fusions amicales longuement préparées aux raids hostiles.
Dans le cas du groupe Mittal, je l'ai dit d'emblée et je le maintiens, les choses avaient été mal engagées, sans discussion approfondie ni projet industriel préalables à une fusion qui concerne plus de 300 000 salariés. Mais je constate heureusement qu'après moult discussions au terme de plusieurs mois des réponses et des engagements ont été obtenus, notamment en termes de projet industriel, d'emplois et de centres de recherche. Nous les avons rendus publics sur le site Internet du ministère.
Ainsi, l'Etat a joué pleinement son rôle de partie prenante non actionnaire. Mais, je le redis, nous n'avons pas à nous prononcer sur le choix des actionnaires. Nous ne sommes, par principe, ni pour ni contre, pas plus avant, pendant, qu'après. En revanche, nous exerçons pleinement notre devoir de vigilance.
Où en est-on dans la fusion Suez-Gaz de France ?
Dans le contexte de "guerre énergétique" que va connaître durablement la planète, la question posée au Parlement est de savoir si l'on veut donner à Gaz de France, la flexibilité de son capital lui permettant de se développer. C'est l'intérêt des consommateurs français. C'est l'intérêt de la France. Gaz de France ne produit pas son propre gaz. C'est essentiellement un distributeur et, comme tous les acheteurs, il faut qu'il grandisse pour garantir à ses clients les meilleurs prix.
Gaz de France et Suez travaillent à leur projet par étapes. Il y aura par exemple un rendez-vous d'étape la semaine prochaine avec la Commission européenne. Contrairement à ce que certains en attendent, ce n'est pas une étape décisive mais au contraire le simple début d'un processus, qui établit la liste exhaustive des sujets potentiels dont la Commission souhaitera discuter avec les entreprises sur les questions de concurrence. Cela ne préjuge en rien de la suite.
Pour expliquer tous ces enjeux, j'ai déjà rencontré plus de 200 parlementaires de la majorité. Aucun de l'opposition n'est venu frapper à ma porte. Je les invite à venir me voir, ce qui évitera peut-être le dépôt d'amendements inutiles. J'entends dire que le PS est prêt à déposer 36 000 amendements, le PC 60 000. C'est plus que le nombre d'amendements examinés en dix ans de vie parlementaire ! Si tel était le cas, on ne serait évidemment plus dans le cadre normal du débat démocratique de nos institutions. Les Français jugeront.
Quel sera le thème économique principal de campagne électorale pour la présidentielle de 2007 ?
Au moins deux thèmes sont essentiels pour moi. Tout d'abord, nous ne pouvons pas laisser à nos enfants un endettement excessif. Aucun parent ne le souhaite. A charge pour nous de mener une politique vigoureuse de réduction du ratio d'endettement et des déficits. Ce n'est pas un mythe, car nous sommes en train de le réaliser, conformément au souhait du président de la République.
Ensuite, nous devons continuer à mener pour notre pays une politique de croissance créatrice d'emploi, pour être dans dix ans l'économie européenne la plus dynamique. C'est possible, nous sommes en train de le démontrer trimestre après trimestre