| | L’Amérique entre la science et la foi, Enquête sur le procès Dover. Documentaire réalisé à Dover, Pennsylvanie.
Première puissance scientifique et technologique du monde, les Etats-Unis sont aussi ce pays dont plus de 55% des citoyens déclarent rejeter la théorie de l’évolution. Le créationnisme, dans des versions diverses, reste une croyance forte et largement partagée. Organisés en groupe de pression, au cœur des réseaux qui forment la puissance du fondamentalisme protestant, les créationnistes militants créent régulièrement la polémique en s’attaquant à l’enseignement de Darwin dans les écoles. Encore récemment, une assemblée scolaire a tenté d’imposer en cours de biologie l’enseignement de l’Intelligent design, une théorie qui, bien que sous des aspects plus scientifiques, professe un égal rejet des fondements conceptuels du darwinisme.
Avant de nous rendre dans ce groupe scolaire situé à Dover, en Pennsylvanie, nous avons profité de quelques jours à New-York pour visiter l’exposition qui a fait l’événement à son ouverture en novembre dernier : l’exposition Charles Darwin au Muséum Américain d’Histoire Naturelle. Pensant continuer sereinement à exploiter la veine des expositions biographiques, le paléontologue Mike Novacek, vice-président du Museum, explique l’intérêt des médias et du grand public pour cette exposition par sa coïncidence avec l’affaire Dover. Les commissaires de l’exposition ont d’ailleurs fait de choix de terminer la déambulation par une pièce entièrement consacrée aux rapports entre foi et religion : un écran offre à voir des témoignages de chercheurs pour qui la foi et la science n’entrent pas en contradiction. Peu imaginable en Europe, cet effort en direction des croyants est jugé nécessaire par le Muséum. Une chronologie retrace les grandes polémiques qui ont opposé les créationnistes à Darwin, en commençant par le procès du Singe en 1925 lorsqu’un juge du Tennessee avait condamné un enseignant, Thomas Scopes, à une amende de 100 $ pour avoir enseigné l’évolution aux élèves de l’école publique de Dayton. Ce verdict avait embrasé le pays entier et révélé la puissance des thèses créationnistes. Au début des années 80, l’Arkansas et la Louisiane légiféraient pour que le même temps soit accordé à l’enseignement d’un créationnisme dit « scientifique » qu’à la théorie de l’évolution ; quelques mois plus tard ces lois étaient cassées par la Cour suprême. Quant à l’ « affaire Dover » qui a rempli les colonnes de la presse américaine toute l’année 2005, elle a ceci de particulier par rapport aux précédentes qu’elle concerne une ville de Pennsylvanie, à quelques 200 kilomètres de New-York, loin du Deep South où se sont déroulé les autres procès.
Dover est donc notre seconde étape. C’est une petite ville terne de deux mille âmes construite de part et d’autre de la route ; la région vote républicain. A quelques kilomètres, se trouve le territoire des Amishs. Bref, nous sommes dans la « Bible Belt » de la Pennsylvanie. Rencontrer des parents d’élèves impliqués dans cette affaire se révèle plus difficile que prévu ; les télévisions de tous le pays et même certains journaux étrangers ont dépêché des journalistes et le climat s’est vite dégradé dans le bourg. Les habitants sont las de répondre aux questions. Un ancien journaliste de Harrisburg, chargé de couvrir l’affaire pour le journal local, accepte de nous retracer la chronologie des événements. Tout a commencé avec le refus des parents d’élèves devant ce nouvel enseigné baptisé Intelligent design. Ils attentent immédiatement un procès à l’école qui voit défiler à la barre de grands universitaires, philosophes ou biologistes. De l’autre côté, les promoteurs officiels de l’Intelligent design, qui sont regroupés autour du Discovery Institute, refusent au dernier moment leur soutien aux membres de l’assemblée scolaire qui avaient pourtant suivi leurs prescriptions ; il est important pour eux de ne pas passer pour de simples créationnistes et les membres de l’assemblée scolaire ne sont pas en mesure de donner le change. Le verdict du juge Jones tombe en décembre dernier : l’Intelligent design est rejeté du côté de la religion et n’a rien à faire dans les cours de science. Larry Gurreri, un des quelques parents d’élèves à s’être élevés contre l’Intelligent design, nous avoue son principal grief contre cette théorie : avoir essayé de s’introduire dans l’école publique alors que la Constitution américaine rejette les opinions religieuses hors du cadre scolaire. Par ailleurs, il est bien évident pour lui que nous sommes tous des créatures de Dieu…
C’est fort de tous ces paradoxes que nous sommes revenus à New-York pour interroger l’ancien journaliste Jeff Sharlet, le mathématicien Norman Levitt et le philosophe Jon Elster. Il semble que la grande religiosité des Etats-Unis et surtout la puissance des réseaux de la Droite religieuse et leur structuration autour de think tanks influents, soient une partie importante des réponses à l’exception américaine face au darwinisme.
/http%3A%2F%2Fimage.radio-france.fr%2Fimg%2Fvide.gif) | Norman Levitt. professeur de mathématiques à Rutgers University . | /http%3A%2F%2Fimage.radio-france.fr%2Fimg%2Fvide.gif) | /http%3A%2F%2Fimage.radio-france.fr%2Fimg%2Fvide.gif) | Mike Novacek. paléontologue, vice-président de l’American Museum of Natural History. | /http%3A%2F%2Fimage.radio-france.fr%2Fimg%2Fvide.gif) | /http%3A%2F%2Fimage.radio-france.fr%2Fimg%2Fvide.gif) | Erika Dyson. enseignante au département Religion de Columbia University. | /http%3A%2F%2Fimage.radio-france.fr%2Fimg%2Fvide.gif) | /http%3A%2F%2Fimage.radio-france.fr%2Fimg%2Fvide.gif) | William Sulon. ancien journaliste au Patriot News. | /http%3A%2F%2Fimage.radio-france.fr%2Fimg%2Fvide.gif) | /http%3A%2F%2Fimage.radio-france.fr%2Fimg%2Fvide.gif) | Larry Gurreri. membre de Dover Cares, membre de la nouvelle assemblée scolaire. | /http%3A%2F%2Fimage.radio-france.fr%2Fimg%2Fvide.gif) | /http%3A%2F%2Fimage.radio-france.fr%2Fimg%2Fvide.gif) | Jeff Sharlet. journaliste, professeur associé au Center for religion and Media à New-York University. | /http%3A%2F%2Fimage.radio-france.fr%2Fimg%2Fvide.gif) | /http%3A%2F%2Fimage.radio-france.fr%2Fimg%2Fvide.gif) | Rev. John T. Pfeil. pasteur de la Holy United Methodist Church de Reading. | /http%3A%2F%2Fimage.radio-france.fr%2Fimg%2Fvide.gif) | /http%3A%2F%2Fimage.radio-france.fr%2Fimg%2Fvide.gif) | Jon Elster. professeur au département de sciences politiques de Columbia, professeur au Collège de France. | /http%3A%2F%2Fimage.radio-france.fr%2Fimg%2Fvide.gif) |
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