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près Florence, Paris et Londres, les altermondialistes se sont retrouvés, jeudi 4 mai à Athènes, pour leur 4
e Forum social européen. Environ 10 000 militants écologistes, syndicalistes, féministes, associatifs, chrétiens ou activistes des "sans-droits" se sont donné rendez-vous pour débattre de la progression de
"l'ordre néolibéral" et des alternatives possibles
"pour un autre monde".
L'une des vedettes cette année sera le dirigeant du parti italien Refondation communiste, Fausto Bertinotti, qui vient d'être élu à la présidence de l'Assemblée nationale à Rome. Cette nouvelle édition est également marquée par le rejet de la Constitution européenne en France, lors du référendum du 29 mai 2005. "Le Forum s'ouvre dans ce contexte particulier, celui de la victoire du non, qui a mis un coup d'arrêt au processus d'accélération des politiques néolibérales", a estimé à Athènes le président de l'association altermondialiste Attac, Jacques Nikonoff.
Malgré ces succès, le doute s'est immiscé depuis quelques mois dans les rangs sur la visibilité de ces rassemblements et leur pertinence. Après les grands sommets de Porto Alegre en 2000 et 2001, les manifestations géantes contre la guerre en Irak en 2003, le mouvement altermondialiste se cherche. Ses succès ont été indéniables. A gauche, il n'y a plus un dirigeant politique qui ne reprenne les idées des "alters" ou imite leur mode de discussion participative. Même les institutions internationales comme l'OMC ou la Banque mondiale ont dû entendre un certain nombre de leurs exigences. Jusqu'à Jacques Chirac qui s'est inspiré de la taxe Tobin pour proposer celle sur les billets d'avion.
Mais une certaine banalisation guette les forums sociaux. "Au début, les forums étaient systématiquement liés à des grands rendez-vous mondiaux du G8 ou à des manifestations européennes. Aujourd'hui, ils se sont ancrés sur des situations locales et donc moins visibles", reconnaît Christophe Aguiton d'Attac.
"MOINS VISIBLES"
La multiplication des éditions depuis deux ans a aussi contribué à leur banalisation. "Il ne se passe pas un mois sans qu'il y ait un forum social sur la planète. Du coup, ils sont moins visibles", estime Francine Bavay, vice-présidente Verte de la région Ile-de-France. Forum méditerranéen, forum sur l'eau, forum Caraïbes, forums déconcentrés en trois lieux en même temps comme celui qui s'est déroulé à Bamako, Karachi et Caracas... La surenchère pèse sur la mobilisation des militants.
Le mode d'organisation des sommets européens altermondialistes en a aussi fatigué plus d'un. "C'est compliqué, la démocratie planétaire avec sa culture du compromis. Parfois, cela peut s'avérer aussi pesant que dans les institutions internationales !", s'amuse Sergio Coronado, porte-parole des Verts et grand amateur de ces sommets. Les attentes ont changé.
"On s'est demandé s'il n'y avait pas une sorte de lassitude au fil des années. Mais à voir nos délégations chaque fois plus nombreuses, on s'est rendu compte que la demande n'était plus la même : les militants veulent du concret", assure Bernard Bouchez du Secours catholique. Même avis chez Caritas Europe : "Il y a une conscience plus claire que la société civile peut jouer en réseaux et peser sur des échéances ponctuelles", renchérit Michel Roy, son responsable.
La présence plus forte de forces politiques semble cependant avoir freiné les ardeurs des ONG des droits de l'homme ou environnementales. Le souvenir de Londres où le contrôle des trotskistes du Socialist Workers Party (SWP) sur l'organisation de la rencontre a beaucoup pesé sur le ton des débats, est présent. "C'est vrai qu'après Londres, tout le monde s'est demandé comment cela allait continuer", confie Annie Pourre des No Vox. Des grosses organisations comme Amnesty International, Action Aid, Oxfam, les Amis de la Terre ou Greenpeace se sont mises en retrait.
L'essoufflement des forums serait aussi à chercher ailleurs : l'incapacité à passer de la contestation à la proposition. Selon la politologue Isabelle Sommier, la principale raison de la "lassitude" demeure dans l'absence de contre-projet. "Le flou des perspectives a toujours été inhérent à cette forme d'événement. Mais avec les années, la question du lien avec le politique n'a pas évolué et le sentiment de redite s'accentue", remarque la directrice du Centre de recherche politique de la Sorbonne.