Les plus avisés remarqueront qu'il n' y pas de conclusion, mais c'est la mode pour ce printemps!!
Fountain,Duchamp
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A - ARGUMENTAIRE 1 - L’art contemporain
L’évolution de l’art depuis le XIX n’est pas seulement l’avènement de l’industrie culturelle, il y a aussi une interrogation dans des oeuvres moins facilement accessibles, oeuvres dans lesquelles est remis en cause le grand Art, mais aussi la société de consommation . L’art contemporain se présente comme cette remise en cause du Grand Art, il connaît deux grandes figures : Duchamp et Warhol.
Marcel Duchamp (1887-1968), auteur de la célèbre Fountain[1] en 1917, mais avait exposé en 1913 une roue de bicyclette ; il remet donc en cause le lien entre art et artisanat : ce n’est pas la technique qui fait l’art, c’est le lieu d’exposition, pour cela a choisi des objets déjà faits (les ready-made) et le moins esthétiques possible. L’artiste devient alors un théoricien, plus qu’un artisan : ce n’est pas parce qu’un objet est difficile à réaliser qu’il s’inscrit dans le champ de l’Art (sinon l’œuvre d’art absolue serait la tour Eiffel en allumettes de François Pignon !) : on a donc une automisation totale de l’art par rapport à la technique. Mais alors, qu’est ce qui définit l’œuvre ? Quand y a t-il art ? Ce que montre Duchamp, c’est que c’est le contexte, et non l’objet beau, qui fait l’œuvre. L’œuvre est l’événement qui naît de la rencontre des regards, des questionnements, des réflexions de l’artiste et du spectateur.
Andy Warhol (1928-1987), qui, comme Duchamp abandonne l’esthétique (le beau) et le savoir-faire pour se consacrer à l’art, et exhibe des objets de consommation courante : des boîtes de soupe, de coca : pourquoi une boîte de soupe n’est-elle pas un objet d’art quand elle est dans les rayons de supermarché et qu’elle l’est quand elle est montrée, reproduite par Warhol ?
Le mérite de ces oeuvres c’est d’une part de contester ou au moins de poser la question du Grand Art, dans la mesure où leurs sujets sont des objets typiques du XX siècle, des objets techniques, pas spécialement beaux à l’origine. Est-ce qu’en sortant ces objets de leur usage quotidien, de leur contexte technique, qui en fait des ustensiles, on ne peut pas dire qu’on en fait des oeuvres ? Est-ce qu’en mettant une cuvette de W-C dans le contexte de l’art (une estrade, un cordon autour, au milieu d’une exposition) on en fait une œuvre ?
Ainsi il semble que l’on aurait avantage, pour comprendre ce qu’est une œuvre, à étudier le rapport de l’artiste à la société dont il est le produit et sur laquelle il réfléchit dans son œuvre, car c’est sur ce terrain que peut naître la rencontre avec le spectateur. A la dé-esthétisation vient s’ajouter la désacralisation : l’art ne vise plus une autre vie, le slogan n’est plus « la vraie vie est ailleurs », mais l’art est à la recherche de ce que sont, de fait, nos vies, avec l’exhibition du banal, du quotidien (une pissotière, nos dieux contemporains : les stars -pour le Marilyn de Warhol- ou, et personnellement je trouve ça plus fort, le travail de Christo : faire re-voir ce que l’on ne voit plus –en l’occurrence ici, le Pont Neuf pour les Parisiens- du fait du quotidien: il a caché le pont neuf (il l’a emballé) pour mieux le faire redécouvrir).
2- L’œuvre est oeuvre avec le spectateur
La question est de savoir si, à sacraliser l’œuvre, on ne finit pas par l’enterrer, par la couper radicalement de la vie, car on sépare l’art de la pratique concrète des gens, et on tient l’art à part, dans des zones réservées que sont les musées, où l’on expose une série de croûtes que personne ne voit jamais ou qui ne provoquent guère d’émotions. On peut alors se demander si ces tableaux fonctionnent effectivement comme des oeuvres d’art, puisqu’elles ne suscitent rien, aucune émotion pour le profane, et juste une lecture savante chez l’historien d’art, lecture savante qui est loin de l’émotion esthétique. Il faudrait donc, justement pour que l’œuvre soit vivante et suscite un véritable intérêt chez le spectateur, que l’œuvre fonctionne pour lui comme œuvre, c’est-à-dire redéfinir l’oeuvre non comme un objet mais comme une interaction entre un objet et le spectateur. C’est cette interaction qui fait l’œuvre d’art, pas l’objet accroché dans un musée. Cette perspective non seulement permet de comprendre toutes nos pratiques effectives comme des pratiques esthétiques (même quand j’écoute She loves You des Beatles, dont les paroles sont sans intérêt, voire affligeantes) mais aussi de comprendre la démarche de ce que l’on appelle l’art contemporain. Il s’agit de réinscrire l’Art dans la vie (contre la sacralisation, qui, de fait, a abouti à une séparation de l’art et de la vie, et donc, littéralement à la mort de l’art) et la vie dans l’art (cf. Arte Povera –art pauvre en Italie- qui travaille avec des matières vivantes, avec des plantes par ex. ou Land Art, dont le principe est d’agir directement sur la nature en sortant donc des lieux traditionnels de l’art) , je vous ai mis vite fait 2 ex pour me voir ce que ça donne :
LE LAND ART
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| "Toute la duplicité de l'art contemporain est là : Jean Baudrillard
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1°) Qu'est ce que le land art?
Le Land Art existe depuis 1969, c'est une tendance de l'art contemporain, sortant des musées et des galeries, les tenants du Land Art entendent intervenir sur des lieux naturels, dans le paysage et le modifient de manière provisoire ou durable. Les artistes veulent établir une communication intime avec la nature. Comme Nils Udo ("Birch tree planting"1975) ou Richard Long ("Un cercle en Bretagne"1986).
La question se pose, bien sûr, de l' "exploitation" de telles oeuvres. Celles-ci sont diffusées par la photographie, la vidéo ou l'exposition des projets.
2°) LE LAND ART en image:
Voici deux oeuvres de Christo, l'un des protagonistes du Land Art. Celles-ci sont bien entendues éphémères et faites de matériaux naturels.
Oeuvre de Smithson Robert
Cette oeuvre a été construite à partir de sable et de terre.
Elle s'étend sur plus de 150 mètres de large et plus de1.5 kilomètres de long.
Source : http://www.robertsmithson.com/earthworks/spiral_jetty.htm
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Oeuvre de Christo
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Sommaire
Liste des artistes avec un choix de plusieurs de leurs oeuvres
Chacun de nous a intégré la conception du Grand Art, suivant laquelle l’œuvre d’art est sacrée, produite par un génie, sous le coup de l’inspiration et qu’elle ne peut qu’être belle. Cependant, on peut que noter un décalage entre cette représentation et notre propre pratique de l’art. Soit on comprend ce décalage comme l’aveu du fait que nous n’avons qu’un rapport de consommation à des produits de l’industrie culturelle (c’est ce qu’on a fait dans le II en tapant méchamment sur Lorie, ce qui est facile), soit on remet en cause ce modèle et on admet que l’œuvre n’est pas produite par un génie, qu’elle répond à des lois qui sont maîtrisées, connues, à la fois par l’artiste et l’amateur d’art : l’œuvre n’est pas la révélation du sens de la vie, mais une simple occasion de réfléchir sur un genre, l’art et la vie.
B - ILLUSTRATION
Danto, peintre, critique et philosophe américain, né en 1924, auteur de La transfiguration du Banal en 1981, tente de reprendre et de répondre à cette question : quand y a-t-il art ?
A l’évidence, ce ne sont pas des qualités matérielles qui fondent la différence entre les deux objets puisque les boîtes sont exactement les mêmes de part et d’autre, comme objet simple et comme oeuvre, la seule différence sera donc d’ordre non matériel mais spirituel : l’oeuvre renvoie à autre chose qu’elle-même, elle représente quelque chose, elle fait référence à quelque chose, alors que l’objet ne fait référence à rien : il est, c’est tout. Une canette dans mon frigo n’a pas la même valeur signifiante qu’une canette dans une exposition, même si, on est d’accord, ce sont deux canettes. Ainsi, Danto valide la différence mise en valeur par Duchamp : l’art n’a pas pour but de faire du beau, de l’esthétique, ou, du moins les qualités esthétiques de l’objet ne sont pas un critère d’art (c’est-à-dire une qualité nécessaire et suffisante). Ce qui fait l’œuvre, c’est l’interprétation artistique, c’est-à-dire l’intention de l’artiste, la décision de l’artiste de présenter un objet comme œuvre, qui fait qu’un objet quelconque devient une oeuvre d’art.
Si l’œuvre d’art dépend de l’interprétation et non de qualités matérielles, cela signifie qu’une œuvre n’est œuvre qu’en fonction de la théorie, qu’elle n’a d’existence qu’à l’intérieur d’un monde artistique et culturel, qui définit a priori les possibilités qui s’offrent aux artistes à un moment donné : il n’est révolutionnaire de représenter en peinture des scènes d’extérieur, à la lumière du jour, qu’à la fin du XIX, de même que les oeuvres de Duchamp et de Warhol ne se comprennent que dans la perspective d’une interrogation sur l’art, ou que seul un expert pourra faire la différence entre une croûte et une œuvre .
La remise en cause du Grand Art ne doit pas être comprise comme une dégradation, mais comme la volonté de rapprocher l’art et la vie et de mieux définir ce qu’est l’art. D’autre part, il est faux de dire que l’appréhension de l’œuvre se fait par la sensibilité, elle se fait par la connaissance du contexte, du genre et de l’art en général ; c’est pourquoi les produits de l‘industrie culturelle font partie de l’art au même titre que les oeuvres de Duchamp : elles supposent que le spectateur connaissance les lois du genre ou du moins que c’est en fonction de cette connaissance, de sa culture, qu’il pourra déjà comprendre l’œuvre comme oeuvre et qu’il pourra éventuellement ensuite l’apprécier : tout le monde connaît les lois du thriller et c’est pour cela qu’on apprécie Usual Suspects ou Le silence des agneaux plus que Derrick, mais c’est en vertu de ses lois (la présence d’un crime, la recherche du meurtrier, l’issue dépendant d’une seule personne, le retournement de situation, etc...) qu’on peut dire que Derrick fait partie des polars et donc comprendre cette œuvre. Philosophiquement parlant, il n’y a donc aucune raison de différencier un « grand Art », sacré, et un « sous-art », produit par l’industrie.
[1] Oeuvre qui est en fait purement et simplement une pissotière, mais mise en scène comme une oeuvre : sur une estrade avec une guirlande autour.