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ON peut montrer que les théories économiques entretiennent des relations complexes en construisant un tableau des filiations constituant le meilleur moyen de situer à la fois dans le temps et dans l’espace théorique les différents auteurs.
Trois tableaux sont présentés ci-dessous à cet effet.
Le premier décrit les liaisons permettant de repérer la pensée économique libérale dans ces deux orientations essentielles : l’école classique et l’école néoclassique.
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Le second permet de retrouver les origines et les prolongements de l’analyse keynésienne.
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Le troisième enfin trace les frontières du marxisme et la circulation des idées qui sont à l’origine ou qui perpétuent ce courant.
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Les trois organigrammes font par ailleurs apparaître des prolongements constituant des dissidences ou des hétérodoxies.
Il faut cependant éviter de schématiser à l’excès. Contrairement à ce que montrent ces schémas, les courants de pensée repérés ne sont pas homogènes.
le courant libéral
Pour le marxisme, la pratique du socialisme "réel" et l’histoire bouleversée des mouvements révolutionnaires du XXe siècle accentue encore ce sentiment de diversité. Joseph Staline, Léon Trotski, Mao Ze Dong, Fidel Castro, se réfèraient tous à Marx, et les économistes officiels de ces régimes et/ou de ces déviations réclamaient l’héritage d’une pensée purement marxiste, les autres étant en fait de “dangereux manipulateurs trichant et déformant la pensée du maître”.
Que dire dans ces conditions de ceux qui empruntent à différents courants et que les spécialistes actuels de l’histoire de la pensée qualifient d’auteurs "hétérodoxes". Il paraît souvent naturel de les considérer comme des dissidents, mais eux-mêmes affirment parfois être au contraire soucieux du respect de la pensée d’origine des grands auteurs.
La prudence s’impose donc dans la détermination des étiquettes politiques pouvant être associées à tel ou tel courant de la pensée économique. C’est pour cette raison qu’il faut dans un premier temps tracer un tableau assez large des éléments communs aux auteurs qui se réclament (ou sont rangés) de (dans) chacun de ces paradigmes.
Cette présentation prend en compte une contrainte forte : une théorie se développe dans un environnement historique qui doit être éclairé d’un triple point de vue.
Les caractéristiques socio-économiques de la période, parce que la révolution industrielle et la crise de 1929 ne conduisent pas aux mêmes préoccupations.
le marxisme
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la pensée marxiste est issue de la critique de la pensée économique classique. Les titres de quelques ouvrages de Karl Marx (1818 - 1883), Contribution à la critique de l’économie politique (1859), Le capital, avec comme sous-titre Critique de l’économie politique (1867-1894), font d’ailleurs ouvertement référence à cette critique. Il y a donc de toute évidence une forte influence des débats théoriques qui marquent le XIXème siècle dans lœuvre de Karl Marx, d’autant que sa formation initiale fait de lui un philosophe. Mais Karl Marx est aussi un observateur attentif de son époque, il est un journaliste engagé jusqu’à se voir censurer ou même condamner à l’exil. Il est enfin un participant très actif de l’organisation du mouvement ouvrier révolutionnaire - [1] -.
1. Le cadre historique de la pensée marxiste (1848 - 1930).
La première date fait référence à la publication du Manifeste du parti communiste qui résume les thèses de Marx et Engels sur la logique du développement historique, la lutte des classes et l’exploitation du plus grand nombre par le petit groupe de capitalistes.
La dernière date est un repère moins précis, mais elle correspond à un moment où les principales expressions du marxisme sont achevées (en particulier le léninisme et le trotskisme).
Les idées de Karl Marx se sont formées en Allemagne à un moment où celle-ci est en pleine transformation politique. Le passage des troupes de Napoléon a laissé les traces des idées révolutionnaires et de l’aspiration démocratique alors que, dans le même temps, la puissance de la Prusse autoritaire s’affirme.
Marx contrairement aux économistes classiques, Jean-Baptiste Say mis à part, est persuadé que la production industrielle se fait avec des rendements croissants ouvrant ainsi la possibilité d’envisager la solution des problèmes matériels de l’existence des hommes. Il participe ainsi au courant scientiste qui va caractériser le milieu du XIXème siècle.
Le mouvement des idées révolutionnaires est intense pendant tout le siècle.
2. Les idées de Marx.
La difficulté de présentation de l’œuvre de Marx tient principalement au fait que ses idées relèvent de plusieurs champs disciplinaires. L’unité de pensée est dans la méthode appliquée. Par commodité, il est fréquent de distinguer l’analyse sociologique et philosophique de la pensée économique.
a) L’analyse sociologique et philosophique.
Dans sa période de formation philosophique, il découvre la méthode dialectique de Georg Wilhelm Friedrich Hegel (1770-1831).
Selon Hegel, l’évolution se fait dans le développement des contradictions, leur dépassement ou leur résolution conduisant à l’émergence de nouvelles contradictions.
Marx reconnaît ainsi une logique permettant d’analyser les phénomènes politiques. Il pense alors, avec ses amis jeunes hégéliens, que l’ordre politique et social peut être changé si la conscience des contradictions est développée dans l’opinion.
C’est en changeant les esprits qu’il est possible de changer le monde.
Marx considère que le capitalisme est la forme achevée du développement “historique” des forces productives. La lutte des classes oppose dans ce système un petit nombre de personnes propriétaires des moyens de production (les capitalistes) et la masse considérable des exploités (les prolétaires). Le haut niveau de satisfaction des besoins autorisé par la puissance de la production capitaliste permet d’envisager une organisation sociale nouvelle.
La disparition de la propriété privée des moyens de production, libère les hommes des rapports de domination dans la production. Chacun redevient maître, à travers la collectivité des travailleurs, de ses outils, de son travail et des produits de son travail. L’aliénation ancienne est brisée.
L’analyse dialectique, la conception matérialiste, le rejet de la philosophie et de l’humanisme pour interpréter l’histoire, ramènent Marx à la description d’un monde futur qui n’est pas très différent de celui des utopies socialistes qu’il a si férocement critiquées.
b) La pensée économique.
Les deux thèmes essentiels de la pensée économique marxiste sont un prolongement direct de l’analyse de David Ricardo : l’approfondissement de la théorie de la valeur et ses conséquences pour l’analyse de la répartition, l’évolution à long terme de l’économie.
L’analyse ricardienne de la valeur travail débouche sur une impasse puisqu’elle laisse le profit inexpliqué. Marx reprend cette conception de la valeur et montre comment la réalisation de la production conduit à l’apparition de la plus value.
L’écart entre la valeur créée et la valeur engagée pour payer les moyens de production (capital constant représentant les biens de production et capital variable pour payer la force de travail) est un détournement de valeur. C’est parce qu’il possède les moyens de production que le capitaliste peut exploiter le salarié en extorquant la plus value.
La dynamique du capitalisme envisagée par Marx diffère de celle de Ricardo. La loi des rendements décroissants est abandonnée et remplacée par l’idée que le capitalisme développe de lui-même les contradictions qui le feront disparaître.
La théorie marxiste aura une influence durable et servira de références aux nombreuses expériences révolutionnaires du XXe siècle. Elle deviendra parfois une pensée officielle (une pensée d’État) mais elle sera toujours l’objet de commentaires et d’oppositions fortes entre des interprétations différentes.
Entre les tenants d’un marxisme dogmatique, définissant une orthodoxie figée dans les écrits de Marx et ceux qui considèrent que l’essentiel du marxisme est dans la méthode, il y a un fossé considérable.
Il est possible cependant de repérer ce qu’il y a de commun dans toutes les versions successives du marxisme.
Bibliographie :
Balibar Étienne, La philosophie de Marx, Repères, La découverte, 2001 (128 pages)
Chavance Bernard, Marx et le capitalisme, CIRCA, Nathan, 1999, 192 pages
Duménil, Lévy, Économie marxiste du capitalisme, Repères, La découverte, 2003 (128 pages)
Durand Jean-Pierre, La sociologie de Marx, Repères, La découverte, 1995 (128 pages)
Hai Hac Tran et Salama Pierre, Introduction à l’économie de Marx, Repères, La découverte, 1992 (128 pages)