Bonjour,
comme promis, je mets en ligne la fin du cours sur le langage - pour l'instant je n'ai fini que les argumentaires - la suite bientôt!
bon courage à tous
V.Durand

A- Objection
Le problème vient de ce que le modèle sur lequel reposent le nominalisme et le rationalisme n’est pas valide. En effet, la pensée, contrairement à ce qu’ils postulent, ne préexiste pas au langage, elle est dans le langage, elle est ce qui est exprimé par lui. Car qu’est-ce que penser si ce n’est se parler à soi-même ? Or, pour se parler à soi-même, il faut des mots. La question de savoir si le langage traduit ce que l’on a à dire ne se pose donc pas. En revanche la question se pose de savoir où se situe le sens de nos propos, si ce n’est dans nos pensées, et pour quoi nous parlons, si ce n’est pas pour exprimer nos pensées.
III / PHILOSOPHIE ANALYTIQUE
A- Argumentaire
1-la pensée ne préexiste pas au langage.( = le mythe de l’intériorité)
Les données de l’expérience vont contre l’idée suivant laquelle il existerait une pensée en dehors du langage, pré-langagière : les données de la conscience ne sont pas muettes, silencieuses : quand on se parle, on utilise des mots. Il ne faut donc pas confondre usage public du langage et usage tout court tout langage, car il existe aussi un usage privé du langage. Ces deux registres (privé et public) sont différents : on ne s’adresse pas à autrui comme on s’adresse à soi-même, il ne s’agit plus de se comprendre mais de se faire comprendre, c’est bien effectivement parfois source de difficultés, mais ce ne sont pas, comme le disent les mentalistes (les tenants de l’existence d’une pensée hors langage) , des difficultés pour traduire la pensée dans les mots.
Ce que met en avant cette idée d’usage privé et public du langage, c’est tout simplement qu’on n’utilise pas les mêmes mots suivant la personne à qui on s’adresse : le point pertinent pour comprendre notre rapport au langage n’est donc pas la pensée de celui qui parle (du locuteur) mais l’effet visé sur l’interlocuteur : quand on parle on s’adresse à quelqu’un. D’où, deuxième idée : le choix des mots est différent suivant l’interlocuteur. Là encore, les données de l’expérience plaide en ce sens : on ne s’adresse pas à ses amis comme on s’adresse à ses parents, à ses profs ou à la caissière de Leclerc.
Le langage est le moyen par lequel, à travers lequel, les hommes agissent les uns sur les autres. L’effet minimum visé sur l’interlocuteur est la prise de conscience que l’on existe, et la volonté de se faire comprendre. Il s’agit dans un sens large, d’obtenir quelque chose de lui, ce quelque chose étant la reconnaissance certes de notre existence (d’où on est vexé si l’autre ne nous répond pas, en nous écoute pas ou fait exactement comme s’il n’avait rien entendu) mais aussi la reconnaissance de la sienne : on vise donc, dan tout acte de langage, l’établissement d’un contact, d’un lieu d’échanges. C’est pourquoi tout simplement on dit bonjour, pour montrer qu’on sait qu’on a en face de soi un être humain et non un objet, et c’est pourquoi on soupçonne toujours celui qui se tait de « faire la gueule », de vouloir rompre l’espace de dialogue et c’est pour éviter cela que bien on échange des propos qui, dans leur contenu descriptif n’ont que peu de valeur (cf. les remarques sur le temps qu’il fait).
2-La pertinence.
On peut dés lors avancer l’idée que parler ce n’est pas une traduction mais un acte, qui peut réussir ou échouer, et qui suit certaines règles : l’acte de langage (la prise de parole) réussit si l’autre comprend ce que je dis, et agit en conséquence : s’il me passe le sel quand je lui demande, s’il comprend que le but de ma remarque est de le faire rire ou de le faire taire, et agit en conséquence. On peut prendre, pour cela, l’exemple de l’insulte : les mots choisis n’ont en eux-mêmes aucune importance au sens où ils ne décrivent rien, ni ma pensée ni un état de fait constatable par les sens ( ex : que signifie exactement le terme « enfoiré » ? on ne sait pas ) – par contre on sait très bien dans quel contexte il s’utilise et que le but à ce moment –là est de blesser l’autre, et on mettra le temps qu’il faut et les mots qu’il faut pour parvenir à nos fins. La signification des mots ne vient donc pas de leur valeur descriptive mais de leur usage dans un certain contexte : comprendre un message ce n’est pas le décrypter pour retrouver la pensée qui se cache dedans ou derrière, mais savoir pourquoi telle personne dit cela à ce moment-là, dans ce contexte là. Deux phrases exactement identiques auront deux significations différentes dans deux contextes différents- ou l’une justement peut ne pas avoir de signification, ou d’importance –cf. le lapsus de De Villepin, qui n’a cette portée aujourd’hui qu’à cause du contexte, alors que deux mois avant cela n’aurait eu aucune importance, et donc les médias ne l’auraient pas relevé.
Là encore on a une critique de l’objectif avancé par les mentalistes, qui désirent dire quelque chose qui est toujours pertinent , quel que soit le contexte, ce qui est évidemment absurde : les dogmatiques pensent y arriver en disant des choses très vraies, les nominalistes pensent que cela ne peut que rater- sans voir que l’objectif est contradictoire ne lui-même (tout autant que l’était la volonté d’avoir une représentation des choses qui soit à la fois pour nous et conforme à la réalité dans le cours sur la vérité.)
Dire quelque chose de pertinent, c’est savoir manier le langage, en faire bon usage (et ce n’est pas toujours facile parce que parfois on ne trouve rien à dire – d’où on se tait) et pas parler mécaniquement en disant toujours la même chose (on remarque à ce moment-là que la répétition tue la signification, parce que justement, elle fait abstraction du contexte : c’est par exemple ce qu’on traduit aujourd’hui par « tu me saoules » : on n’arrive plus à écouter tellement cela a été dit et répété. Dans ces cas-là, on peut dire que l’acte a échoué, puisque l’effet produit n’est pas celui qui était visé : le locuteur voulait être influent, il ne l’est pas du tout (par ex le prof qui répète à ses élèves qu’il faut travailler, et toujours plus.) D’où la première vertu d’un devoir est d’être dans le sujet et non de répéter son cours quelque soit le sujet !
B- Illustration.
1- Wittgenstein.
2- Austin
3- Cavell
Je fais une pause, la suite pour demain !!