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Dans quelle mesure la croissance permet-elle de réduire les inégalités ? | |
INTRODUCTION
En France le nombre de RMI augmente…..Les ruptures de croissance économique observées dans les pays riches dans les années 70 ont marqué le début des difficultés économiques et sociales.
Après 1945, la prospérité des "Trente Glorieuses" avait favorisé l'élévation du niveau de vie de la population et une réduction des inégalités sociales.
La crise et la stagnation économique des années 80 et 90, marquée par l'élévation du chômage et de la précarité, ont rendu d'autant plus visible (et difficilement acceptable) le creusement des écarts.
Cependant, le maintien aux Etats-Unis, d'une croissance forte depuis des années, la reprise de la croissance en France depuis 1998 ne semblent pas se traduire par une diminution claire des inégalités dans tous les domaines voir parfois elle les amplifie
A quelle condition la croissance, c’est a dire une augmentation sur la longue période du PIB ou du PNB, réduit- elle les inégalités ?
nous pouvons ainsi montrer que si la croissance économique est une condition nécessaire (première partie) pour la réduction des inégalités sociales, elle n'est pas suffisante (deuxième partie).
A) LA CROISSANCE FAVORISE LA REDUCTION DES INEGALITES
1) La croissance permet l'élévation des revenus
Après 1945 le PIB augmente de 5 à 6% par an, les revenus des ménages s'élèvent et favorisent ainsi la croissance (cercle vertueux fordiste).
Les salaires augmentent grâce à une répartition des gains de productivité favorable. La croissance permet de financer la protection sociale (Etat-providence) Doc 1.
Les situations de pauvreté se réduisent. Les besoins élémentaires (alimentation, logement, santé, ...) sont peu à peu satisfaits pour le plus grand nombre.
Les changements structurels induits par la croissance réduisent le poids des catégories défavorisées (petits agriculteurs, ouvriers spécialisés, troisième âge) Doc 5.
2) La croissance transforme le mode de vie de l'ensemble de la population
Au delà du niveau de vie, c'est le mode de vie qui s'améliore : conditions de logement, transport, accès au loisirs plus large, baisse du temps de travail.
L'accès aux soins et à l'école est rendu plus facile, comme l'attestent l'élévation de l'espérance de vie pour toutes les PCS (Doc 6) et l'augmentation des taux de scolarisation.
Cette prospérité ouvre enfin des perspectives de promotion sociale. La mobilité sociale ascendante progresse, grâce à des effets de structure (Cf Thelot) mais aussi à une plus grande égalité des chances.
Le sociologue Henri Mendras montre ainsi le développement des classes moyennes.
Le titre proposé par Louis Chauvel (Doc 5) est significatif des transformations de la stratification sociale : "La toupie et le sapin".
3) Le ralentissement de la croissance provoque une progression des écarts
La montée du chômage (Europe notamment) et de la précarité depuis les années 80 (Doc 2) interrompent le mouvement général d'égalisation. Les revenus des catégories modestes tendent à stagner, la protection sociale connaît des difficultés de financement.
Les théories de la segmentation illustrent bien les clivages qui se forment entre les salariés "protégés" et "exposés".
Les salaires (moyens et médians) continuent d'augmenter dans les années 80 et 90, mais les écarts s'accentuent, comme l'atteste l'augmentation du rapport inter-décile. (D9 / D1).
La reprise de la croissance ne suffira cependant pas pour réduire les inégalités.
B) LA CROISSANCE N'EST PAS UNE CONDITION SUFFISANTE POUR REDUIRE CES INEGALITES
1) Le mode de croissance est déterminant pour le degré d'égalité sociale
La croissance est repartie en France de 1997 à 2001 (Doc 2), mais le taux de chômage, en léger recul (moins de 9% en 2000) reste élevé. La précarité concerne encore plus de 2 millions de personnes (CDD, intérim, contrats aidés, ...) aux Etats-Unis, malgré une croissance forte et un taux de chômage autour de 4%, la part des actifs dépourvus de protection "santé" est très importante. CMU en France, inégalités générationnelles, inégalité entre les sexes…
On montre de plus que, faute de mécanismes d'indexation (SMIC par exemple) les revenus salariaux ne progressent pas forcément au même rythme que le PIB.
Enfin, l'ouverture internationale induit des clivages forts entre les salariés eux-mêmes. (Doc 3).
Ainsi des catégories se trouvent "mises à l'écart", même en période de reprise d'activité : blocage de la promotion sociale, accès inégal aux soins, à l'école, phénomènes d'exclusion ... (Doc 1 et 4).
2) La croissance ne réduit pas facilement les inégalités liées à la culture
L'accès à l'école est conditionné par des inégalités dans la dotation en capital culturel, comme l'a montré Bourdieu.
Les ressources ne sont pas seulement économiques. Ceci limite l'efficacité des politiques d'égalisation des revenus dans le domaine scolaire.
La croissance n'a pas permis d'éliminer les écarts de revenus entre les hommes et les femmes, même s'ils se réduisent (Doc 6). L'explication se trouve en partie dans les comportements des acteurs sociaux, liés à des valeurs, des mentalités difficiles à changer.
Enfin les chiffres montrent le maintien d'inégalités fortes dans le domaine des loisirs : cinéma (Doc 6) mais aussi : musées, types de vacances, pratiques culturelles ...
3) La réduction des inégalités suppose un rôle actif des pouvoirs publics
En cas de ralentissement d'activité, l'Etat intervient par la redistribution (Doc 2). En période de croissance, son action doit se poursuivre. C'est l'exemple que nous donnent certains pays d'Europe du Nord (Suède - Danemark). Par la redistribution (revenus de transfert : 1/3 du revenu disponible des ménages en France), par la fixation d'un salaire minimum (SMIC) ; les pouvoirs publics sont à même d'assurer une répartition plus juste des fruits de la croissance, s'ils le souhaitent. Or politique libérale depuis les années 80 .. ;désengagement de l’Etat , crise de l’Etat…
CONCLUSION
La croissance a parfois été remise en cause dans les années soixante. Aujourd'hui nul ne nie qu'elle a permis un progrès général et une diminution des inégalités. On constate toutefois que, avec le retour du libéralisme dans la gestion de la société, la croissance semble moins bien profiter à tous. Remise en cause de la moyennisation de la société…
En l'absence de mécanismes "auto-correcteurs", comme les pré-supposent les économistes libéraux comme Friedman, c'est bien encore la place des pouvoirs publics qui est ici interrogée.