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EMPLOI SERVICE AUX PERSONNES HANDICAPEES

 
Sexe et handicap : un colloque contre les tabous
TF1-LCI handicap sexualité
Crédit Photo : LCI.fr avec SXC.hu 
Un colloque sur la sexualité chez les personnes handicapées s'est tenu fin avril au Parlement européen, à Strasbourg.

La sexologue Sheila Warembourg aborde le sujet tabou de la sexualité chez les personnes handicapées.

Une question au cœur d'un colloque organisé vendredi et samedi à Strasbourg.

Propos recueillis par Matthieu DURAND - le 27/04/2007 - 19h40

   


Sexe et handicap : un sujet tabou qui est au cœur d'un colloque organisé vendredi et samedi à Strasbourg. Une initiative de l'Association des paralysés de France, l'Association française contre la myopathie, Coordination-Handicap-Autonomie et Handicap International. Au sein de cette dernière ONG, la sexologue Sheila Warembourg dirige le service d'accompagnement à la vie affective et à la sexualité des personnes handicapées.

LCI.fr : Qu'attendez-vous d'un tel colloque ?

Sheila Warembourg : La sexualité chez les personnes handicapées n'est pas un sujet nouveau mais nous souhaitions que les personnes handicapées puissent avoir un lieu de parole. C'est aussi l'occasion de dire que l'on a désormais dépassé le stade de la réflexion philosophique et qu'il faut passer au concret. Pendant deux jours, avec un avocat, une sexologue, une "accompagnante sexuelle" qui travaille en Allemagne, des personnes handicapées et leurs proches, nous allons mettre les choses au clair dans le cadre d'ateliers. Ensuite, nous verrons quelle sera la démarche à suivre et s'il faut faire des préconisations...

LCI.fr : Que pouvez-vous dire sur la sexualité des handicapés ?

S. W. : Nous sommes tous des êtres sexués avec des désirs et des besoins, nous sommes tous pareils. Après, il y a des considérations plus pratiques, plus techniques... Pour l'handicapé moteur qui, adulte, vit toujours chez papa et maman, c'est difficile de quitter le domicile pour rencontrer quelqu'un ou même d'avoir un espace d'intimité. En institution spécialisée, c'est pareil.

Donc ce qui caractérise les handicapés, c'est la solitude. Bien sûr, ils sont accompagnés de plein de monde — des médecins, des kinés, leur famille... — mais aller vers des gens dans un club de sports, dans la rue ou dans un bar, ça, c'est difficile.

 
"Ce qui caractérise
les handicapés,
c'est la solitude"
LCI.fr : Certaines personnes handicapées recourent donc au service de prostituées mais cela pose des problèmes légaux...

S. W. : La prostitution n'est pas interdite en France mais elle est tolérée. Rien n'empêche donc une personne handicapée d'aller voir une prostituée. Mais si un éducateur, un directeur d'établissement ou un père l'accompagne, alors, aux yeux de la loi, il devient proxénète. La discrétion est donc de mise. Si on veut qu'il y ait des accompagnants sexuels en France, comme aux Pays-Bas, en Allemagne et en Suisse, il faut créer un métier différent de celui de prostitué(e).

Par accompagnant sexuel, on désigne la personne qui va faire des caresses, des baisers et/ou va avoir des relations sexuelles avec la personne handicapée. Il ne s'agit pas de l'accompagnateur , éducateur ou parent, qui emmène la personne handicapée jusqu'à la pièce où elle va avoir des relations sexuelles.

LCI.fr : Que pensez-vous de cette pratique ?

S. W. : En tant que sexologue, je suis tout à fait pour mais pas n'importe comment : ça ne s'improvise pas. Les accompagnants sexuels doivent recevoir une formation, faire l'objet d'un suivi... Quant aux accompagnateurs, ils doivent veiller à ce que les personnes handicapées, qui sont vulnérables, ne se retrouvent pas en situation de danger.

LCI.fr : Comment réagissent les professionnels de santé face à cette question ?

 
Respecter la volonté
des personnes
handicapées
S. W. : Il y a ceux qui sont favorables et d'autres qui disent que ce n'est pas normal. La législation sur les handicapés précise bien que nous, professionnels de santé, nous travaillons pour les personnes handicapés, en respectant leur volonté. Je viens de croiser un homme handicapé qui veut porter une jupe et des bas résille. Ça les rend dingues dans l'établissement où il est soigné : ils disent qu'il doit déjà affronter le regard des autres à cause de son handicap. Mais s'il n'était pas handicapé, on le laisserait porter une jupe et des bas résille...

LCI.fr : Et au sein des familles, quelle est la réaction ?

S. W. : Dans certaines familles, je connais des parents qui ont emmené leur fils handicapé voir des prostituées. Mais c'est compliqué quand la famille s'en mêle. D'habitude, la porte est fermée ; là, elle est entrouverte. Ce n'est pas bon d'être si proches de cette vie intime. Ni pour les parents, ni pour les enfants. Il vaut mieux trouver un relais [à l'extérieur du cercle familial, NDLR].

LCI.fr : Certains témoignages évoquent des changements notables dans le comportement des personnes handicapées qui ont des relations sexuelles. Vous confirmez ?

S. W. : Imaginez un jeune homme ou une jeune fille de 18 ans qui n'a pas connu de rapports sexuels et qui voit des pubs, des films, des clips... A 25 ans, cela devient une montagne ! Certains deviennent violents, s'automutilent... Et puis, je voudrais dire qu'avoir des relations sexuelles, ce n'est pas que recevoir du plaisir, c'est aussi en donner à l'autre. Finalement, que cherche quelqu'un qui cherche un accompagnant sexuel ? C'est une relation avec un autre, c'est partager des sentiments sur le long terme. C'est peut-être plus difficile [que l'acte sexuel]. Mais il faut laisser les personnes handicapées faire l'expérience de la vie, connaître des joies et des déceptions...


 


 
 
  Dépendance physique et intimité
 
Paru le 02/05/2007 - Auteur : Pierre Bardina

La salle Weiss du Parlement Européen est pleine à craquer, attentive et silencieuse quand Marcel Nuss, Président de la Coordination Handicap et Autonomie prend la parole : « C’est l’histoire d’un jeune homme de 22 ans, polyhandicapé, vivant en institution. Autours de lui, le personnel est majoritairement féminin, jeune et souriant. Et ce personnel, dans ses actes de soin, intervient dans le domaine de l’intimité. Et puis un jour, ce jeune homme de 22 ans tombe amoureux d’une de ses soignantes ; un matin, le seul moyen qu’il trouve pour lui signifier son sentiment est de faire glisser sa serviette pour lui dévoiler une érection. Découvrant l’émoi du jeune homme, la soignante éclata de rire avant de quitter la chambre... laissant le jeune homme dans un sentiment de honte totale. Ce jeune homme, c’est moi, et c’est la première fois de ma vie que je raconte cet épisode de ma vie. Depuis, je me suis marié 2 fois, j’ai eu 2 enfants et je considère ma vie sexuelle comme normale. Mais je ne veux plus que ce sentiment de honte, d’autres personnes handicapées dépendantes la ressente. Ce colloque, « dépendance physique : intimité et sexualité », je l’ai voulu pour que la détresse sexuelle des personnes dépendantes soit traitée, avec des moyens que d’autres pays de la communauté européenne ont déjà mis en place depuis de nombreuses années ».

Marcel Nuss au Parlement Européen


Dans une société qui se transforme de plus en plus en civilisation du sexe, où l’apparence, la performance et le jeunisme dominent, quelle est la place de la sexualité chez la personne dépendante physique ? lorsqu’il y a dans la vie de ces personnes viol de l’intime quotidien par des tiers lors des actes de la vie courante, le corps de la personne est-il considéré aussi comme un lieu de jouissance, ou y a t il forcément déni de corps ? La société civile a une responsabilité collective dans ce domaine ; elle doit normalement garantir une vie digne, et offrir des droits et des possibilités pour accéder à une vie intime pour tous. Ce colloque, voulu par Marcel Nuss a tenté les 27 et 28 avril derniers, de trouver des éléments de réponse pour tenter, dans les plus brefs délais, de forcer les cadres de la législation, du bien pensant, et de dépasser les idées reçues pour mettre en place un statut d’assistant sexuel.

Pour Catherine Trautmann, députée Européenne, qui ouvrait la séance plénière : « Ce colloque est extrêmement important en 2007, année européenne de l’égalité des chances.  Il doit déboucher sur une transformation culturelle des droits des personnes handicapées. Tout progrès pensé pour une personne handicapée l’est pour tous et il nous faut respecter une règle éthique simple : prendre en compte l’ensemble de la vie de la personne handicapée. Chacune d’entre elle a droit à une vie affective et sexuelle et accomplir sa vie d’homme ou de femme. Le handicap n’empêche pas la vie sexuelle, et c’est une première d’aborder le thème au sein de ce parlement. Le problème ne vient pas des personnes handicapées mais des valides ; il existe un déni, un refus de la sexualité chez les personnes handicapées dépendantes. D’ailleurs, il y a peu de place dans les textes pour la vie intime, et il existe de fait des discriminations. La convention des Nations Unies, même si elle inscrit le respect des choix, la non discrimination, l’intégration et le respect de la différence, reste très limitée par rapport à la sexualité. Car celle-ci n’est pas limitée à la procréation : c’est là le cœur du problème et nous devons progresser vers l’Humanité».

Pour arriver au résultat escompté, il faudrait d’abord que la société civile accepte que les personnes handicapées en dépendance physique aient une libido, et qu’ils ne soient pas voués à une chasteté obligée, tel des naufragés de l’Amour. Le thème est d’ailleurs récurent au sein des grandes associations du handicap. Pour Pascale Ribbes, représentant l’APF « l’accompagnement érotique s’inscrit dans le cadre de la loi du 11 février 2005. Il y a à peine 20 ans, la question de la sexualité était totalement ignorée. L’APF a créé depuis des espaces éthiques où les questions des professionnels sont posées et où nous tentons d’organiser des réponses. Mais briser les tabous ne suffît plus ; il faut que le droit à la compensation s’applique, y compris sur le thème de la sexualité ».
Du côté de l’AFM « il faut faire attention à ne pas tout assimiler à des soins » explique Jean Claude Cunin, son représentant. « Nous nageons en plein tabou franco-français par rapport aux pays Nordiques. Des structures d’accompagnement sexuel existent aux Pays Bas, en Allemagne, en Suisse Allemande et au Danemark. La sexualité ne regarde que les partenaires consentants ».
L’association Handicap International a de son côté mis en place le programme AVAS (Accompagnement Vie Affective et Sexuelle) qui consiste d’abord à des prises de parole pour lever les tabous et faire de l’intimité en institution un droit fondamental. Il s’agît aussi de comprendre son corps et de savoir dire oui ou non.


Pour Karim Felissi « Sur le plan légal, et concernant l’assistance sexuelle, il suffirait de mettre en place un statut et donc, de définir une profession, une rémunération, une formation, des moyens. Il faut déconnecter la prostitution de l’assistance sexuelle dans le contexte juridique et législatif. Car tous les travailleurs médicaux sociaux sont entre le marteau et l’enclume ; s’ils organisent la venue d’une tierce personne pour assister sexuellement un résident d’institution ou un patient à domicile, ils prennent un risque; ce risque c’est le délit de proxénétisme. La solution, c’est que les personnes handicapées s’engagent dans une résistance et imposent dans leur projet de vie à la MDPH la sexualité et son plan de compensation dans le cadre de la loi de février 2005».

Soins sexuels ? Soins de réadaptation ? Pour Jacques Waynberg, Président de l’Institut de sexologie « la question est soulevée, génération après génération depuis plus de 25 ans. Il n’existe aucune enquête démographique, aucune étude sociologique ou sexologique dans le monde sur le thème. Dernièrement, l’INSERM a publié une enquête sur le comportement sexuel de français sans intégrer les personnes handicapées. Il est temps de lancer une étude européenne et y associer tous les partenaires. Depuis les années 1983, le SIDA a provoqué un repli des mentalités sur les questions liées à l’intime. Les revendications se sont faîtes plus discrètes. Regardons ce que notre société a fait autours du mariage homosexuel. Elle oppose aujourd’hui 2 thèmes distincts, avec d’un côté la sexualité et la procréation et de l’autre l’érotisme et la jouissance. Si l’aide à la procréation se révèle possible sans trop de difficulté, l’aide à la jouissance reste  taboue en France».

Marcel Nuss l’a promis ; il combattra jusqu’à ce qu’un statut, similaire à celui de certains pays d’Europe du Nord, soit institué en France sous 2 ans. Pour les assistants sexuels présents, issus des pays où la pratique est encadrée, des choses se font en France, à grands pas, mais très secrètement. Pour Marcel Nuss, cela ne suffît plus. Et on se prend parfois à lorgner vers l’exemple du débat récent sur la fin de vie. Les procès successifs liés au thème ont permis d’une certaine manière de faire avancer notre société en le mettant en lumière. On se prend à rêver au même scénario pour l’assistance sexuelle. A quand un procés médiatique, organisé, mettant en opposition un directeur d’institution inculpé de proxénétisme pour avoir organisé une assistance sexuelle à un de ses résidents dépendant face à une société qui dénie encore un droit fondamental?

Pierre Bardina

Plus d’informations sur www.coordination-handicap.com

L’ensemble des travaux du colloque sera disponible à la fin du mois de mai et téléchargeables sur www.andy.fr

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