tes-vous en faveur d'un traité simplifié tel que proposé par M. Sarkozy ?
Il ne faudra pas se contenter d'un simple toilettage décisionnel, mais je ne crois pas que ce soit l'intention de M. Sarkozy. La tentation minimaliste existe.
Il existe aussi une forte tendance contraire soucieuse, comme Angela Merkel, de préserver la substance du texte. Les pays qui ont ratifié la Constitution, à l'instar du Luxembourg et de l'Espagne qui l'ont fait par référendum, n'accepteront pas que l'on vende par appartements le traité constitutionnel. L'accord est nécessaire, possible, mais pas certain.
La réunion des "sherpas", mardi à Berlin, s'est déroulée dans une bonne atmosphère, mais les désaccords sont nombreux, sur la méthode à privilégier, sur la charte des droits fondamentaux, sur la structure du nouveau traité, sur les symboles européens, sur la primauté du droit européen sur le droit national, ou le renforcement des pouvoirs d'intervention des Parlements nationaux.
Est-il souhaitable de remettre à plat les négociations d'adhésion avec la Turquie ?
Il n'est pas exclu que dans 10 ou 15 ans, nous décidions que l'adhésion n'est pas la meilleure chose pour ce pays, et qu'il vaut mieux qu'il évolue sur une orbite proche mais différente de celle de l'Union.
Un tel mouvement maintenant serait perçu comme prématuré par les Turcs. Il faut donc continuer les négociations, mais en regardant la situation autour de nous, en Turquie et dans nos opinions publiques.
Le nouveau président français a toujours fait preuve d'une grande cohérence dans ce domaine. C'est un homme susceptible de changer d'avis à la seule condition d'être placé devant un argumentaire lui démontrant qu'il se trompe. Or, je ne vois pas ce qui pourrait le convaincre à ce stade.
Etes-vous préoccupé par les intentions prêtées à M. Sarkozy de vouloir prendre ses distances avec la discipline budgétaire ?
La France doit continuer à consolider ses finances publiques. Ce n'est pas le moment de relâcher les efforts. Mais je ne me fais pas trop de souci à ce sujet. J'ai connu Sarkozy en tant que ministre des finances. Le candidat a plaidé en faveur du désendettement, cela implique de mener une politique de consolidation. C'est un adepte, comme moi, du renforcement des règles de coordination économique dans le cadre d'une gestion solidaire et collective de la monnaie unique.
Or il y a des erreurs à ne pas répéter. Les plaisirs des politiques pro-cycliques menacent tous les Etats membres, alors qu'ils devraient profiter de la bonne conjoncture pour assainir encore leurs comptes.
M. Sarkozy a mis en cause le rôle de la Banque centrale européenne dans le pilotage de la monnaie unique. Qu'attendez-vous de lui ?
Si la France voulait à tout prix modifier les statuts de la BCE, l'unanimité serait requise entre les Etats membres. Il est évident qu'une telle unanimité n'existe pas. Mais j'ai noté que Nicolas Sarkozy avait pris ses distances avec les discours où il suggérait de modifier le mandat de la BCE.
Pensez-vous qu'une action diplomatique soit nécessaire pour faire baisser l'euro ?
L'euro fort pose des problèmes à certaines entreprises, dans certains secteurs. Si la course vers un euro de plus en plus fort se poursuivait, il faudrait se poser la question de savoir si cette évolution reste compatible avec les fondamentaux de l'économie européenne.
La Banque centrale et l'eurogroupe pourraient alors réagir de concert, comme il le faut en pareilles circonstances. Aucune action n'est cependant possible sans concertation internationale.
Mais nous n'en sommes pas encore là. Aujourd'hui, nous n'observons pas de grandes difficultés liées au niveau trop élevé de l'euro, mais quand il sera trop fort, ce sera autre chose.
A quel niveau faut-il agir ?
Malheur à moi si je vous disais quel est le cours de l'euro qu'il ne faut pas dépasser. Cela ne ferait que désigner une cible aux anticipations du marché.