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ECONOMIE/ EMPLOI

 
La Belgique sous le choc d'un nouveau Vilvorde
LE MONDE | 22.11.06 |
BRUXELLES CORRESPONDANT


La direction du groupe Volkswagen (VW) a annoncé, mardi 21 novembre, qu'elle allait supprimer 4 000 emplois sur les 5 300 de son usine de Forest-Bruxelles. La production de la Golf, la voiture la plus vendue en Europe, dont 190 000 exemplaires sont sortis des chaînes belges en 2005, sera rapatriée sur les sites allemands de Wolfsburg et Mosel.

 

 
L'ex-président du comité d'entreprise arrêté

L'ancien président du comité d'entreprise de Volkswagen (VW), Klaus Volkert, a été arrêté, mardi 21 novembre, dans le cadre de l'affaire de corruption qui a ébranlé en 2005 le groupe allemand. M. Volkert est soupçonné d'avoir touché 1,9 million d'euros de pots-de-vin de la direction des ressources humaines de VW, qui désirait s'assurer la paix sociale dans l'entreprise. Il aurait par ailleurs aidé un dirigeant du service des ressources humaines, Hans-Joachim Gebauer, à monter un réseau de sociétés écrans pour décrocher de gros contrats avec VW, à l'insu du constructeur.


Après les mesures adoptées en Allemagne, "des sites supplémentaires doivent faire l'objet d'une restructuration afin d'atteindre une production compétitive dans les sites ouest-européens", a indiqué, mardi, la direction du constructeur.

"Je suis déçu que des considérations nationales aient constitué le fondement d'une telle décision et choqué, parce que tellement d'efforts avaient été accomplis pour faire de cette entreprise l'une des plus productives d'Europe", a indiqué le premier ministre belge, Guy Verhofstadt. Il a ajouté que la production est moins chère à Forest qu'à Wolfsburg, "ce qui prouve que le principe de marché n'a pas joué".

La décision annoncée par Reinhard Jung, président du conseil d'administration de VW-Forest, a eu l'effet d'un coup de massue. Elle pourrait signer l'arrêt de mort du site. Yves Leterme, président de la Région flamande, s'est dit "impuissant" face à ce que des journaux décrivent comme "une catastrophe nationale", plus grave que celle de Renault-Vilvorde, en 1997.

Charles Picqué, président de la Région bruxelloise, où le taux de chômage dépasse 20 %, a dit sa "consternation" face aux dégâts sociaux : 13 000 emplois au total pourraient être sacrifiés, notamment chez les sous-traitants.

Mardi après-midi, quelques centaines de travailleurs ont bloqué l'entrée de l'usine, brûlant un drapeau allemand et d'autres aux couleurs de la marque. Un grand ressentiment à l'égard des syndicats allemands s'exprimait : "Ils nous ont sacrifiés pour garder leur emploi après avoir accepté une augmentation de la durée de leur temps de travail", expliquait un syndicaliste de l'organisation chrétienne CSC.

 

"LE CHEMIN LE PLUS FACILE"

 

Fin septembre, VW a signé un accord avec le syndicat IG Metall prévoyant un allongement de la durée du travail hebdomadaire, en échange d'une garantie de l'emploi pour les salariés allemands (Le Monde daté 1er-2 octobre).

Une assemblée du personnel devait se tenir, mercredi matin à Forest. Les représentants syndicaux ont lancé des appels au calme, mais à la base on n'exclut pas "la guerre". Informés des difficultés qu'ont connues, avant eux, les travailleurs de Renault pour retrouver un emploi, les salariés de VW semblaient dubitatifs quant aux promesses d'aide formulées par les régions et le gouvernement fédéral. La Commission européenne a, elle, évoqué l'éventuel octroi de moyens financiers à la Région de Bruxelles.

Après avoir rencontré M. Verhofstadt mardi soir, les syndicats semblaient se réjouir qu'un front commun soit esquissé en vue de faire pression sur la direction allemande.

Les responsables belges espèrent que VW confiera à Forest la fabrication de l'un des nouveaux modèles qui sera lancé à partir de 2008. Les syndicats tablent, au mieux, sur le maintien de 2 000 à 2 500 emplois, à condition qu'un plan industriel et des investissements soient garantis.

M. Verhofstadt rencontrera la direction début décembre. "J'ai peu d'espoir, mais je veux tout entreprendre pour assurer un avenir à cette usine", a-t-il dit.

Selon la presse allemande, VW pourrait réduire aussi ses effectifs portugais et espagnols. "En raison des faibles coûts de production, le site portugais devrait être épargné", avance Jürgen Pieper, analyste de la banque Metzler, qui estime qu'en conservant ses capacités de production en Allemagne "VW choisit le chemin le plus facile".

Jean-Pierre Stroobants avec Cécile Calla (à Berlin)
 
La suppression de 4 000 emplois chez Volkswagen est vécue comme une catastrophe nationale en Belgique
LEMONDE.FR avec AFP | 21.11.06 |

La bourgmestre de Forest, près de Bruxelles, est allée à la rencontre des salariés de l'usine Volkswagen, mardi 21 novembre, après l'annonce de 4 000 suppressions de postes sur le site. | AFP/DIRK WAEM

 
La bourgmestre de Forest, près de Bruxelles, est allée à la rencontre des salariés de l'usine Volkswagen, mardi 21 novembre, après l'annonce de 4 000 suppressions de postes sur le site.

Après des semaines d'incertitude, le couperet est tombé, mardi 21 novembre, à l'usine Volkswagen de Bruxelles : la direction a annoncé la suppression de quelque quatre mille emplois, soit près des trois quarts de l'effectif. Dix ans après la fermeture brutale de l'usine Renault de Vilvorde et le licenciement de trois mille salariés, la Belgique a l'impression de revivre une nouvelle catastrophe nationale.

 

"C'est une catastrophe nationale, économique et sur l'emploi", a estimé la bourgmestre (maire) de Forest, Corinne de Permentier. Le premier ministre belge, Guy Verhofstadt, s'est quant à lui dit "déçu" que des "considérations nationales" aient motivé cette décision. "Cela me choque d'autant plus que tant d'efforts ont été consentis ces dernières années pour transformer cette implantation en l'une des plus productives d'Europe", a-t-il ajouté.

En Allemagne, la direction a confirmé qu'elle ne voulait maintenir que mille cinq cents emplois sur le site de Forest, près de Bruxelles. Elle a précisé que le modèle phare de l'usine, la Golf, produite chaque année à environ deux cent mille unités, ne serait plus assemblée à Forest mais seulement en Allemagne, à Wolfsburg, dans le nord, et à Mosel, dans l'est du pays. Outre la Golf, la Polo sort de l'usine belge, mais en quantités beaucoup plus réduites. Et elle n'en fabrique pas la tôlerie, importée de Bratislava (Slovaquie), puis peinte et montée à Forest.

ASSEMBLÉE GÉNÉRALE MERCREDI

Grâce à toute une série de mesures – dont l'annonce, cet hiver, de vingt mille suppressions de poste en Allemagne – la situation de Volkswagen s'est améliorée cette année, mais sa rentabilité reste défaillante. En septembre, les salariés allemands du constructeur ont accepté de travailler quatre heures de plus par semaine sans augmentation de salaire. En contrepartie, le puissant syndicat IG-Metall a obtenu que Volkswagen rapatrie une partie de la production en Allemagne. Un engagement qui concourt à expliquer les suppressions d'emplois à Bruxelles.

Selon la presse allemande, Forest pourrait n'être qu'un début, avant de nouvelles tailles dans les effectifs portugais et espagnols. Ces coupes claires devraient avoir un impact considérable sur l'emploi en Belgique, Volkswagen faisant travailler plus de dix mille personnes en sous-traitance.

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