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60 millions de consommateurs conteste la progression du pouvoir d'achat annoncée par Thierry Breton sur la base des prévisions de l'Insee. Dans sa note de conjoncture publiée en juin, celle-ci table en 2006 sur une hausse du pouvoir d'achat de 2,4 %.
Mais l'Institut national de la consommation (INC) publie ainsi, ce mardi 29 août, dans son mensuel 60 millions de consommateurs, une étude qui tente de montrer que les chiffres de l'Insee ne correspondent pas à ce que vivent et ressentent les Français, notamment les ménages les plus modestes. "D'après nos calculs, estime Marie-Jeanne Husset, la rédactrice en chef, la hausse du pouvoir d'achat n'est que de 0,9 %, en comptant large !"
Depuis l'introduction de l'euro, en 2002, le débat sur la vie chère est devenu un rituel de rentrée, opposant, d'un côté, les syndicats et les associations de consommateurs, qui dénoncent l'appauvrissement des ménages, et, de l'autre, les organismes de statistiques, qui démontrent le contraire.
Pour mesurer le plus justement possible les problèmes de pouvoir d'achat des Français, le premier ministre, Dominique de Villepin, a annoncé, lundi 28 août, sur TF1, qu'il confiait au Conseil emploi revenus cohésion sociale (CERC), présidé par Jacques Delors, une étude sur ce sujet.
Selon 60 millions de consommateurs, le revenu moyen disponible des ménages, activité, patrimoine et prestations sociales inclus, a, certes, augmenté entre juin 2005 et juin 2006 de 2,8 %, en hausse de 68 euros, à 2 488 euros. Mais ce gain est ponctionné de 47 euros par les hausses de prix sur les dépenses incompressibles des ménages. "Le gain réel de pouvoir d'achat se limite donc à 21 euros, soit 0,9 %", conclut Marie-Jeanne Husset. Principale accusée, l'énergie, à commencer par le carburant, dont la facture grimpe de 10 euros par mois, suivi du gaz, 6 euros en plus après une hausse des tarifs de 23 %, et du fioul, 5 euros, dont la facture a, en cinq ans, bondi de 60 %.
Viennent ensuite les frais de consultation du médecin, 2 euros, la restauration, 2 euros, le coût des maisons de retraite et des crèches, 2 euros également, et l'alimentation, poissons, légumes et viande, 4 euros à eux trois. Les frais de réparation automobile, et, notamment, les services postaux ou funéraires, complètent la liste des hausses
Toutefois, dans son étude, l'INC ne rajoute pas en gain de pouvoir les biens dont les prix reculent, comme les communications, dont la part augmente dans les dépenses des ménages (- 6,2 % sur un an selon l'Insee), les équipements électroniques (- 9,1 %), les médicaments (- 3,3 %), ou stables comme l'habillement (+ 0,1 %) et l'électricité (+ 0,1 %).
La seconde critique de l'INC concerne la prise en compte du coût réel du logement. "L'indice des prix à la consommation calculé par l'Insee - en hausse de 1,9 % en un an fin juillet 2006 - n'est pas un indice du coût de la vie, analyse Mme Husset, car il sous-estime le poids réel de certaines dépenses. Les loyers en sont l'exemple le plus manifeste : ils ne comptent que pour 6 % dans l'indice des prix alors que les Français locataires, toujours selon l'Insee, consacrent de 18 % à 24 % de leur budget à se loger !" L'Insee ignore en effet la hausse des prix d'achat des logements, considérant qu'il ne s'agit pas de consommation, mais d'investissement.
Les locataires ne représentent que 40 % de la population et les hausses de loyers ne touchent pas les 60 % de propriétaires, ce qui conduit l'Insee à réduire l'impact de cette variable. L'Insee se conforme, dans ce domaine, aux standards européens, "même si des réflexions sont en cours, au plan européen, pour mieux prendre en compte le coût réel du logement", concède Françoise Morel, chef du département indice des prix à la consommation.
Enfin, les calculs officiels intègrent "l'effet qualité" de certains produits, en minorant les hausses de leur prix, à son avis compensées par une amélioration de leur qualité. C'est le cas du matériel informatique, dont la puissance progresse sans cesse. "A l'Insee, nous estimons que cet effet qualité ne fait baisser l'inflation que de 0,3 point, argumente Françoise Morel. En l'absence de cette correction, l'inflation sur un an, en août 2006, serait de 2,2 % au lieu des 1,9 % annoncés."
Pour Laure Maillard, économiste de CDC IXIS, "on ne peut mettre en doute les calculs de l'Insee, qui s'appuient sur un outil statistique solide et fiable, mais dans une approche macroéconomique et pour un ménage fictif. Or tous les ménages ne sont pas égaux devant l'inflation. Certains, faute d'argent, n'achètent pas les produits dont les prix baissent, comme l'électroménager, les écrans plats, les vêtements, et subissent, au contraire, les hausses les plus fortes, de loyers, de fioul ou de transports".