Sur l'ensemble des Vingt-Sept, le chômage pourrait bondir de plus de 50 % pour toucher 26,5 millions de personnes d'ici à la fin 2010. C'est-à-dire presque l'équivalent de la population active d'un pays comme la France. Quelque 8,5 millions d'emplois devraient être détruits sur la période, tandis que la récession devrait atteindre 4 % cette année, puis 0,1 % en 2010. En comparaison, l'économie européenne avait été en mesure de créer 9,5 millions d'emploi entre 2006 et 2008.
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La montée du chômage s'est, selon la Commission, d'abord fait sentir dans la construction, avant de toucher l'ensemble des secteurs de l'industrie et des services. Elle est particulièrement forte dans les pays les plus touchés par la récession et l'éclatement de la bulle immobilière : l'Espagne, où le taux de chômage devrait dépasser les 20 % en 2010, l'Irlande et les Etats baltes (entre 14 % et 16 %).
Tous les pays de l'Union européenne sont cependant touchés. Joaquin Almunia, le commissaire chargé des affaires économiques et monétaires, parle de "signaux encourageants" aux Etats-Unis ou en Chine, mais il se garde bien de prédire la moindre reprise en 2010 pour l'Union européenne. Tout juste espère-t-il que la situation économique commence à "se stabiliser" après la chute brutale de l'activité ces derniers mois.
"La crise économique que nous traversons jette dans le désespoir des millions d'Européens", a constaté lundi soir le président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, en craignant une crise sociale "potentiellement explosive". Alors que les plans sociaux se multiplient sur le continent, M. Juncker a appelé les entreprises à "éviter les licenciements précipités et massifs".
INERTIE COLLECTIVE
Le premier ministre et grand argentier luxembourgeois met également en cause l'inertie collective des dirigeants européens dans le domaine de l'emploi. "Lorsqu'on n'a pas d'idées, ce n'est pas une raison pour ne pas s'occuper des problèmes", a lancé M. Juncker, en regrettant que le sommet sur l'emploi d'abord prévu à vingt-sept à l'initiative de la Commission ait lieu, jeudi 7 mai à Prague, en formation réduite. Plusieurs chefs d'Etat et de gouvernement, dont Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, ont refusé la perspective d'un sommet, en rappelant que les politiques pour l'emploi n'avaient pas à être gérées au niveau européen.
La hausse du chômage devrait, enfin, contribuer à creuser des déficits publics déjà affectés par la chute des rentrées fiscales et la multiplication des mesures de relance. Le niveau des déficits devrait atteindre 7,3 % du produit intérieur brut (PIB) en 2010 sur l'ensemble de l'Union européenne, contre un quasi-équilibre avant le déclenchement de la crise, en 2007. Vingt et un des vingt-sept Etats membres devraient voir leur déficit franchir le seuil des 3 % de PIB défini par le pacte de stabilité. L'Allemagne, qui est parvenue à maîtriser le dérapage de ses comptes publics en 2008, ne devrait plus faire exception en la matière, avec un déficit proche de 6 % en 2010.