Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Publicité

Les dessous de la Coupe du Monde


La Tribune - article du 07/06/06Les bons comptes de la Fifa


Les bons comptes de la Fifa

La toute-puissante Fédération internationale du football sera la principale bénéficiaire de ce Mondial 2006. Accusée de corruption et de détournement de fonds dans un récent livre à charge, l'instance présidée par Sepp Blatter est de fait devenue une véritable "pompe à fric". Malgré la polémique, le business des droits TV et du sponsoring tourne à plein régime. La fascination des foules pour le ballon rond l'emporte toujours...

 

Sepp Blatter, le patron de la Fifa, est catégorique. Le livre Carton rouge publié début mai par le journaliste britannique Andrew Jennings est "un tissu de mensonges". D'ailleurs la Suisse, où siège la Fédération internationale du football (Fifa), a interdit sa publication. Et l'Allemagne, qui a le privilège d'accueillir à compter de vendredi la dix-huitième édition de la Coupe du monde de football qui va tenir en haleine toute la planète un mois durant s'est bien gardée, pour l'instant, d'en publier une traduction. Sur 462 pages, le journaliste démonte une à une les pratiques de la Fifa. Il accuse les oligarques du football mondial de corruption, mais aussi d'avoir truqué les dernières élections qui ont permis à Blatter, président depuis 1998, de se maintenir au pouvoir. Il les suspecte aussi d'avoir détourné une partie de l'argent des billets de la Coupe du monde disputée en France. D'après Andrew Jennings, un premier rapport paru en 2002 accusait déjà le président de corruption, d'abus de compétences et d'opérations financières douteuses. 550 millions auraient disparu des caisses de la Fifa.

Près de 80 autres millions, versés par la chaîne brésilienne TV Globo pour les droits de retransmission des Mondial 2002 et 2006, ne seraient, d'après lui, jamais arrivés sur les comptes de la Fifa. L'argent aurait servi à renflouer ISL, la société longtemps chargée de gérer les droits télévisés et du sponsoring de la Coupe du monde et mise en dépôt de bilan au printemps 2001. Une enquête judiciaire est toujours en cours. "70 % des recettes tirées de cette Coupe du monde vont être réinvestis dans le football, ce qui est important c'est bien ce qu'on fait de l'argent récolté", répond pourtant tranquillement le septuagénaire. Il n'a visiblement que faire des critiques nombreuses de tous ceux qui, passionnés de foot ou non, reprochent la commercialisation à outrance de cette nouvelle fête du football mondial, vécue outre-Rhin comme le paroxysme du capitalisme sportif. "Nos recettes nous permettent d'assumer notre responsabilité vis-à-vis de la société", se plaît-il à souligner, en ajoutant qu'ainsi le football vient en aide à des associations de jeunes et permet de mettre en place des projets inégalables dans des pays en voie de développement. Un engagement dont il rêve d'ailleurs qu'il puisse lui offrir le prix Nobel de la paix, pour lequel son prédécesseur Joao Havelange avait été nominé en 1988...

Un train de vie somptuaire. Mais les observateurs sont plus intéressés par les détails du train de vie somptuaire que s'offrent certains cadres de la Fifa que par son engagement social. Même Franz Beckenbauer, le puissant président du comité d'organisation allemand, reconnaît que le dossier devra être ouvert après le Mondial. "Il faut se poser la question : où va le football ?" a-t-il indiqué la semaine dernière dans un entretien. Il s'est bien gardé toutefois d'attaquer Blatter, avec lequel le ton a pourtant monté le mois dernier quand celui-ci a décidé d'interdire au "Kaiser" un discours le jour de l'inauguration. Les deux hommes ont finalement décidé qu'il n'y aurait aucun discours. Fin de la dispute. Mais récemment, Blatter a dû démentir avoir loué pendant la durée du tournoi une suite au prestigieux hôtel Adlon de Berlin pour 12.000 euros la nuit. La chambre la plus chère coûterait 3.000 euros à la fédération, a-t-il assuré. Au passage, il a aussi réfuté la rumeur selon laquelle il avait exigé de modifier la loge officielle dans tous les stades pour que son fauteuil soit exactement au milieu du terrain...

Qu'importe. Cette Coupe du monde 2006 a prouvé à ceux qui en doutaient encore que le football était bien devenu une véritable "pompe à fric", dont la Fifa - qui a récupéré directement la gestion des droits depuis la faillite d'ISL - encaisse désormais la totalité du pactole. Et dont le président Sepp Blatter vit en souverain tout-puissant, au point même d'interdire à quiconque sans son autorisation l'utilisation du terme "WM 2006". On est loin du quasi-amateurisme qui prévalait jusqu'au début des années 80.

L'événement de fait sera suivi par plus de 32 milliards de téléspectateurs. Il y a quatre ans, rien que la finale en avait attiré 1,1 milliard. Une manne dont la fédération a réalisé un jour qu'il était absurde de laisser les bénéfices aux seules chaînes de télé. La société Infront a mis 952 millions sur la table pour obtenir les droits exclusifs de retransmission. Et gare à la chaîne qui tenterait de reproduire des images d'un quelconque match passé sans verser son obole. Les juristes de la Fifa veillent. Alors que 15.000 bénévoles vont oeuvrer pendant les quatre semaines du tournoi, les recettes totales auront atteint pour les organisateurs plus de 2 milliards d'euros, dont 430 millions reviennent au comité d'organisation pour compenser ses dépenses (deux fois le budget du Mondial de Paris en 1998). Les 200 millions tirés de la vente des 3,2 millions de places, 170 millions de subventions de la Fifa et 60 millions des six sponsors nationaux qui ne seront pas présents dans les stades mais ont obtenu le droit de faire de la promotion avec le sigle Coupe du monde. Le reste tombe dans les poches de la Fifa, association à but non lucratif qui se charge certes d'en redistribuer une grande partie aux fédérations nationales, mais qui aussi se permet une vie de château. À l'image du nouveau quartier général qu'elle vient d'édifier pour ses 280 salariés sur les hauteurs de Zurich pour la bagatelle de quelque 260 millions de francs suisses.

Grands-messes. "Nous grossissons vite", a justifié la Fédération pour expliquer sa folie des grandeurs. Personne n'a protesté. Les sponsors continuent de payer. La compagnie aérienne Emirates Airline vient de signer un accord de sponsoring qui court jusqu'en 2014 pour 160 millions d'euros. Pour le Mondial 2002, l'addition à payer par les quinze sponsors officiels n'avait été "que" de 42,3 millions par tête. Adidas, Hyundai, Sony, Coca-Cola et Visa ont ainsi déjà remballé à des conditions équivalentes. Pas étonnant que "l'ONU du foot" se frotte les mains. Son président se réjouit déjà d'un bénéfice cumulé pour la période 2007-2010 de plus de 1,1 milliard de francs suisses. Deux fois celui des quatre années précédentes. En présentant les résultats de l'exercice en avril, le secrétaire général de la Fifa, Urs Linsi, a justifié le fait que les recettes avaient grimpé à vitesse exponentielle ces dernières années. "Il est indispensable de disposer d'une somme suffisante de fonds propres que la Fifa tentera d'accroître au cours du prochain cycle en gérant soigneusement ses recettes, car, aujourd'hui, un événement de l'ampleur d'une Coupe du monde ne peut plus être couvert par les assurances annulation proposées sur le marché."

Et Blatter de se féliciter d'avoir dépassé avec un an d'avance la barre des 450 millions de fonds propres exigée par le comité exécutif et la commission des finances de la fédération pour assurer son indépendance. Demain, avant de voir jouer vendredi l'Allemagne face au Costa Rica, le Suisse va se faire acclamer à Munich par ses pairs lors d'un congrès plutôt économique à côté des grandes messes des dernières années. Après le coup de sifflet final le 9 juillet, il reprendra son bâton de pèlerin pour assurer dans un an la reconduction de son mandat de quatre ans. Franz Beckenbauer a clairement démenti avoir la moindre visée sur le poste. Il a besoin de temps, dit-il, pour s'occuper de ses deux enfants en bas âge. On ne déboulonne pas facilement le big boss du football mondial...

Bénédicte de Peretti, à Munich


Autre article sur le sujet :La billetterie, un univers kafkaïen

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article