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ela faisait six ans que le cinéaste chinois Lou Ye voulait tourner
Summer Palace, fresque sur les mécomptes amoureux d'un groupe d'étudiants de Pékin au début des années 1990. Le résultat est décevant. On est loin du blues mélancolique qui se dégageait de
Suzhou River, que Lou Ye avait présenté à la Mostra de Venise, histoire d'une belle noyée dans les eaux troubles de Shanghaï et réincarnée en sirène.
Summer Palace (Palais d'été) raconte l'histoire de la jeune Yu Hong, qui quitte son village pour aller faire ses études à l'université de Pékin, et se retrouve plongée dans un univers en pleine révolution sexuelle sur fond de révoltes étudiantes. C'est l'un des points sur lesquels Lou Ye fait preuve d'une naïveté que l'on imputera à la difficulté d'aborder des sujets tabous en Chine.
Yu Hong est folle amoureuse de Zhou Wei, un étudiant en proie aux mêmes élans qu'elle, mais qui ne supporte pas sa façon de vivre sa passion, épidermique et exclusive. Bouderies cabochardes, crises de larmes : le couple explose. Yu Hong ne se remettra pas de cette rupture. Elle se donne à d'autres garçons pour être au diapason de la libération des moeurs, espérant que ses actes désinhibés leur feront percevoir sa vraie nature.
Certaine d'être vouée à Zhou Wei, "séparée ou non", elle traîne toute sa vie son amertume, une blessure romantique, l'incurable sentiment d'un gâchis, la souffrance d'avoir vu un amour fusionnel dégénérer en déséquilibre fatal.
Ses camarades vivent la même déroute. L'une de ses copines se suicide. Elle-même se marie par lassitude. Ces remous se déroulent au moment des événements de Tiananmen, filmés caméra à l'épaule, que Lou Ye ne semble utiliser que comme le décor d'une révolution culturelle aux seuls enjeux sexuels. Est-ce une ruse destinée à amadouer la censure puisque la représentation de Tiananmen est mal vue par les autorités chinoises ?
Toute implication politique a disparu. Les étudiants ne semblent manifester que pour défendre leur droit aux étreintes en dortoirs universitaires. C'est par frustration et par menace d'être dénoncés en place publique pour fornication illicite, puis par dépit de devoir revenir à de sages comportements après l'ivresse des liaisons éphémères, que ces "opposants" seraient devenus une génération perdue.
Analyse un rien elliptique ! Cette effervescence contestataire (due au désir d'assumer ses pulsions à l'occidentale) entraîne une autre audace, qui explique sans doute le mécontentement de la censure chinoise : jamais, dans ce pays, on n'avait filmé avec une telle franchise ébats et corps nus. De ce point de vue, Summer Palace fait date. Mais, noyées dans une sirupeuse romance et enrobées d'une musique de mélo, ses transgressions perdent leur impact, et le film rappelle moins les insolences d'un Oshima que les flonflons d'un Lelouch.
Film chinois de Lou Ye.
En compétition.