Raymond Domenech a levé le voile sur la composition du groupe des 23 joueurs qui disputeront la Coupe du Monde en Allemagne. Franck Ribéry, Louis Saha et Djibril Cissé sont sélectionnés alors que le défenseur de Wigan, Pascal Chimbonda, crée la surprise. Fabien Barthez sera le gardien n° 1.
Les 23 Bleus pour la Coupe du Monde : Gardiens : Fabien Barthez (Olympique Marseille) Grégory Coupet (Olympique Lyonnais) Mickael Landreau (FC Nantes) Défenseurs : Eric Abidal (Olympique Lyonnais) Jean-Alain Boumsong (Newcastle, Ang) Pascal Chimbonda (Wigan, Ang) William Gallas (Chelsea, Ang) Gaël Givet (AS Monaco) Willy Sagnol (Bayern Munich, All) Mikaël Silvestre (Manchester United, Ang) Lilian Thuram (Juventus Turin, Ita) Milieux de terrain : Vikash Dhorasoo (Paris Saint-Germain) Alou Diarra (RC Lens) Claude Makelele (Chelsea, Ang) Florent Malouda (Olympique Lyonnais) Patrick Vieira (Juventus Turin, Ita) Zinédine Zidane (Real Madrid, Esp) Attaquants : Djibril Cissé (Liverpool, Ang) Thierry Henry (Arsenal, Ang) Franck Ribéry (Olympique Marseille) Louis Saha (Manchester United, Ang) David Trezeguet (Juventus Turin, Ita) Sylvain Wiltord (Olympique Lyonnais)
Boudé depuis plusieurs mois, Franck Ribéry a finalement été retenu par Raymond Domenech dans sa liste des 23. La récompense attendue pour le Phocéen, élu meilleur espoir de Ligue 1 et qui pourrait apporter l’étincelle offensive qui a tant manqué aux Bleus durant les éliminatoires.
Commencée avec le titre de meilleur espoir de Ligue 1 aux trophées de l’UNFP et une présence dans l’équipe type de l’élite cette saison, la belle huitaine de Franck Ribéry s’est achevée en beauté avec le billet accordé par Raymond Domenech pour l’Allemagne. Un printemps étincelant Les dernières semaines du joueur en club ont forcément pesé lourd dans la décision du sélectionneur. Franck Ribéry a su marquer, à l’endroit où il fallait et au moment où il le fallait, des points importants dans l’esprit de Raymond Domenech. On pense évidement à ce quart de finale de la Coupe de France face à l’Olympique Lyonnais, remporté 2-1 au Stade Gerland. Ce jour là, alors que le face à face olympique avait été placé sous le signe du duel entre Grégory Coupet et Fabien Barthez, c’est bien le Boulonnais qui avait crevé l’écran et passé sous l'éteignoir un match nul entre les deux portiers. Devant le sélectionneur et les télévisions, le milieu de terrain avait fait étalage de toutes ses qualités : capacité d’accélération du jeu, dribbles percutants, le tout sublimé par une rage de vaincre qui lui est propre et qu'il parvient à transmettre à ses coéquipiers. Quelques jours plus tard, le guerrier au visage tailladé a enfoncé le clou en inscrivant le premier but marseillais face à Rennes en demi-finales de la compétition. Son toucher et sa technique balle au pied pour effacer Bourillon puis le portier breton avant d’inscrire le but sur un petit ballon piqué avaient impressionné. Et sa deuxième période, agrémentée de bijoux techniques qui avaient mis au supplice la défense adverse, avait porté le public du Vélodrome en transes. La Ribéry dépendance de l’OM En inscrivant le premier but de l’OM, Franck Ribéry avait catapulté son équipe sur le chemin du Stade de France. Comme souvent cette saison, le Marseillais a été l’homme du match côté olympien en se montrant indispensable. A tel point que l’on peut parler de Ribéry dépendance. Le redressement de l’Olympique de Marseille après un début de saison très poussif à partir du mois d’octobre est dû en bonne partie à sa rapide intégration dans l’effectif. Quelques semaines après son arrivée en provenance de la Turquie l'été dernier, Franck Ribéry explose en s’imposant comme le patron du milieu de terrain, la pierre angulaire de l’entrejeu et en récupérant bon nombre de prérogatives de Wilson Oruma. A l’automne, tout lui réussi. Elu meilleur joueur du mois d’octobre, Franck Ribéry signe face à Nantes un but venu d’ailleurs sur une frappe monumentale de 25 mètres qui a marqué les esprits. Le trou de l'hiver Le coup d’éclat remarqué ne suffit pas encore à convaincre Raymond Domenech qui l’écarte encore de la liste des Bleus en fin d’année 2005. Les rencontres face au Costa Rica ou l’Allemagne se dérouleront sans lui. Discret, peu revendicatif, Ribéry se met sans broncher à disposition des Bleuets. Sous le maillot des Espoirs, il brille de nouveau et participe grandement à la qualification pour l’Euro 2006 en inscrivant le but égalisateur face à l’Angleterre avant que Briand délivre la formation en toute fin de match. Sur son nuage, le milieu de terrain va toutefois connaître un passage à vide qui aurait pu lui être fatal pour le Mondial. Victime d’un coup de pompe en début d’année, le feu follet perd de son influence en club et paye sans doute une débauche d’énergie de tous les instants en match. Le public du Vélodrome, qui l’a vite transformé en icône, ne lui en tient pas rigueur, même si les accélérations sont moins dévastatrices et son jeu bien moins tranchant. Franck Ribéry ressortira de sa boîte au printemps, porté notamment par un nouveau dispositif mis en place par Jean Fernandez qui s’appuie sur quatre joueurs à vocation offensive. Avec une liberté accrue et un soutien renforcé aux avant-postes, Ribéry retrouve les sommets et amène son équipe aux portes de la Ligue des Champions. Seul bémol de la fin d’année, une finale avec l’Olympique de Marseille ratée. Muselé par le milieu de terrain parisien, Ribéry passe, comme tous ses coéquipiers, à côté de l’évènement. Un naufrage collectif plutôt qu’une contre-performance individuelle. Pourquoi pas Zizou-Ribéry ? Des concerts d’éloges de son entraîneur, de ses coéquipiers en passant par les déclarations de Didier Drogba qui ne cache pas son envie de jouer un jour avec le Phocéen, tous ont placé le joueur sur un piédestal en 2005-2006. Raymond Domenech a enfin exaucé ce que tout le monde, médias compris, appelait de ses vœux : voir le polyvalent numéro 7 de l’OM, capable de jouer dans l'axe mais aussi sur les côtés, évoluer avec les Bleus. L’équipe de France a souvent pêché dans l’animation offensive durant les éliminatoires et l’on se met à rêver d’une association encore très improbable entre le bizuth et Zinédine Zidane. L’alliance du génie et de la clairvoyance du Madrilène et de l’explosivité insouciante du Marseillais. La déclaration de Franck Ribéry sur TF1 «Je n’arrive pas à y croire. Je remercie tout le monde et bien évidemment le sélectionneur de me faire confiance. Il y avait beaucoup de stress depuis un moment. En tant que joueur professionnel, tout le monde veut jouer en Equipe de France. Là, jouer avec Zinédine Zidane, c’est un rêve. Je remercie tout le monde ici, à Marseille.»
Au bout d’un suspense qui durait depuis plusieurs mois, Fabien Barthez a été préféré à Grégory Coupet pour le poste de numéro un de l’équipe de France. Un choix pas si surprenant.
Barthez n°1 Deux grands gardiens pour un seul titulaire, les données étaient claires depuis plusieurs mois. Mais c’est ce dimanche, en même temps que d’annoncer la liste des 23 Bleus pour le Mondial, que Raymond Domenech a tranché. C’est donc Fabien Barthez, titulaire en équipe de France depuis la Coupe du Monde 1998, qui occupera le poste pour sa dernière grande compétition sous le maillot bleu. Si cette décision a toujours été minimisée par un sélectionneur qui se réjouissait à juste titre d’avoir un choix de riche à effectuer, elle ne manquera pas de faire parler dans les chaumières. Domenech a donc clairement privilégié l’énorme expérience accumulée depuis le début des années 90 par le portier chauve. Il a également très certainement écouté la parole des anciens, Zidane en tête, clairement favorables au maintien du champion du monde dans le but bleu. Jamais décevant avec l’équipe nationale, avec laquelle il réalisa des prouesses en 1998, 2000 mais aussi en 2004 malgré l’élimination en quarts de finale de l’Euro portugais, Barthez bénéficie de cette quasi perfection concernant son vécu chez les Bleus. Il n’a pourtant pas réalisé la meilleure saison de sa carrière. Quelques erreurs flagrantes (notamment à Bolton en Coupe UEFA) ou autres imprécisions sont venues rythmer le quotidien d’un Fabien Barthez qui n’a démarré sa saison qu’au mois d’octobre, suite à la suspension de six mois que lui avait infligée la FFF après l’affaire du crachat. Mais Barthez, qui fêtera ses 35 ans durant la compétition, a heureusement montré des qualités de concentration et de réflexes qui ont suffi à convaincre Bruno Martini et Raymond Domenech.
Dur pour Coupet Etre numéro un dans les sondages et dans le cœur des Français ne suffit pas. C’est ce que retiendra de cette affaire un Grégory Coupet certainement au fond du trou après l’annonce de Domenech. Le gardien de l’Olympique Lyonnais, un peu trop bavard, peut-être un peu trop sûr de lui depuis quelques semaines, est tombé de haut. Nul ne remettra en cause la qualité de l’ancien gardien de Saint-Etienne, encore auteur d’une saison remarquable. Si le choix de l’expérience lui a été fatal, Coupet avait tout de même des arguments à faire valoir. Il participe en effet à la Ligue des Champions depuis six saisons avec son club, a pris part de manière décisive aux dernières rencontres de la campagne des éliminatoires des Bleus, et vient de remporter son 5e titre de champion de France avec l’OL. Mais tout cela n’a pas suffi, Barthez revenant de très loin et le coiffant sur le fil.
On savait Raymond Domenech capable de sortir au dernier moment une grande surprise de son chapeau. Certains évoquaient le nom de Flamini. Ce sera finalement celui de Pascal Chimbonda, élu meilleur latéral droit en Premier League sous le maillot de Wigan.
Seul lui y croyait «Je n’ai pas perdu tout espoir. La porte reste ouverte.» Le 24 avril dernier, en recevant sa récompense de meilleur latéral droit de la Premier League, Pascal Chimbonda avait fait part de son ambition d’aller en Allemagne pour participer à la Coupe du Monde avec les Bleus. Une déclaration qui en avait fait sourire beaucoup à l’époque… Et qui ne doit plus guère amuser personne aujourd’hui, alors que le joueur de Wigan a hérité du rôle de surprise majeure dans le groupe qu’a énuméré Raymond Domenech sur les coups de 11h45, ce qui le rendait fou de joie au micro de RMC Infos : «Je suis heureux d'avoir été retenu dans les 23. J’en avais rêvé grave, j'avais en tête cet objectif depuis que j'ai quitté la France, j'étais sûr de mon talent et je suis très content de moi.» On attendait donc un novice sous le maillot tricolore, alias Franck Ribéry. Finalement on en aura deux pour le prix d’un. Et même si le sélectionneur tricolore a insisté dans son discours d’avant-match sur la faible importance de la forme actuelle sur ses choix, estimant qu’un mois de repos avant le début de l’échéance planétaire serait un laps de temps pour remettre tout le monde au top, il apparaît difficile de justifier autrement la présence future de l’ancien Bastiais à Tignes. Une 2e vie en Angleterre En effet, il y a un an, personne n’aurait misé le moindre centime d’euro sur sa présence en Allemagne. Malgré une saison très accomplie sous le maillot de Bastia, Chimbonda avait malheureusement bien d’autres chats à fouetter alors qu’une éventuelle sélection internationale. Marqué par les diverses attaques racistes dont il fut victime de la part d’un public corse avec qui le courant ne sera jamais passé, touché dans son orgueil de joueur par la relégation du club de l'Ile de Beauté, le joueur révélé sous les couleurs du Havre s’apprêtait à se lancer dans une nouvelle aventure outre-Manche, du côté d’un petit promu, Wigan. Et bien lui en prenait puisqu’à peine arrivé, à peine était-il adopté par le public britannique, qui louait son fighting spirit et… ses buts (deux en deux journées), qui contribuaient à l’excellent départ en championnat des Athletics, un temps pointés au second rang derrière Chelsea. Même la deuxième partie de saison plus délicate de Wigan ne venait pas ternir l’aura nouvelle du latéral droit, qui recevait donc le trophée récompensant le meilleur joueur de la saison à son poste. Une consécration dont il ne pensait pas qu’elle pourrait influencer Raymond Domenech. Peut-être est-ce là sa seule erreur de jugement, puisque dans moins d’un mois, il sera bien présent en Allemagne…