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Mondialisation, évolutions sociales et culturelles et régulation

Nous avons déjà vu à quel point la mondialisation, phénomène a priori présenté comme économique, était aussi de nature politique et sociale. Nous avons aussi vu son effet sur les inégalités à l'intérieur des pays comme entre pays. Nous allons maintenant nous demander quels sont les effets de la mondialisation sur les différences culturelles dans le monde : peut-on parler d'un processus d'uniformisation culturelle ? Nous verrons ensuite, et cela peut être considéré comme une conclusion de ce chapitre sur la mondialisation, pourquoi et comment la mondialisation pourrait être régulée, c'est-à-dire contrôlée.  

 

I)- Vers une uniformisation culturelle mondiale ?  

On rappelle que la culture, c'est ce qui cimente une société, ce qui permet aux hommes de vivre ensemble, et cela se traduit par des valeurs et des manières de se comporter et de réfléchir communes. La culture se construit dans une société au fil de l'histoire et des contacts avec les autres cultures, elle n'est pas immuable, même si les changements peuvent être relativement lents, souvent. On peut donc penser que la mondialisation, qui affecte les conditions de vie des hommes, va avoir des effets sur leur culture. Et comme elle unifie les marchés et la vie économique, on peut se demander si ses effets sur la culture ne seront pas du même ordre, c'est à dire une uniformisation des différentes cultures. C'est donc la question que nous allons nous poser ici. Après avoir montré qu'il existe des éléments qui peuvent faire penser à une uniformisation culturelle, nous montrerons que les spécificités socio-culturelles se maintiennent mais en se transformant.  

 

Un certain nombre d'éléments, que nous allons étudier, montrent que se répand à travers le monde une certaine façon de vivre, et même de penser, qui est très largement marquée par la culture des pays économiquement dominants, c'est à dire les pays occidentaux. On parle parfois d'occidentalisation de la culture en même temps que de mondialisation.  

 

On va voir que les différentes composantes de la culture (manières de sentir, de penser et d'agir qui sont communes à une société et transmises par la socialisation) sont affectées par la mondialisation.  

 

• Certains biens et services sont consommés dans tous les pays du monde, comme le coca-cola, les jeans ou les séries télévisées américaines. On se rappelle d'ailleurs que c'est un des intérêts de la mondialisation que d'étendre les marchés, ce qui permet entre autres la réalisation d'économies d'échelle. Le nombre de ces produits diffusés dans le monde entier ne cesse de s'accroître. Il est clair que cela transforme la consommation dans tous les pays et, au fur et à mesure que le pouvoir d'achat augmente, les populations consomment les mêmes biens issus du progrès technologique né dans les pays occidentaux (on peut penser par exemple au plastique qui a très profondément bouleversé la façon de vivre des populations des pays en développement).

• Le modèle d'organisation de la production qui se répand sur la planète  est celui qui a été conçu dans les pays développés : système capitaliste, recherche du gain individuel maximum, intensification de la production par la division du travail, développement de plus en plus capitalistique, salarisation croissante, etc… Les relations de travail, fondamentales dans une société, sont de plus en plus souvent les mêmes, en particulier sous l'influence des firmes multinationales. Ces relations véhiculent certaines valeurs, les mêmes sur tout le globe. On comprend que les façons de penser, de sentir ou d'agir puissent s'en trouver modifiées. (ici, on pourrait utiliser un document intéressant que j'ai lu dans Sciences humaines sur les effets de l'implantation d'une entreprise d'aluminium nippo-brésilienne en Amazonie, où l'on voit les ouvrières importer chez elles les principes d'hygiène de l'entreprise, SH n°29, hors-série juillet-août 2000).

• Des valeurs, qui peuvent apparaître comme universelles, se diffusent malgré des résistances parfois très fortes : affirmation des droits fondamentaux des êtres humains, du bien-fondé de la démocratie en particulier. Ces valeurs se traduisent dans des normes qui, elles aussi, se diffusent : on peut citer les réticences de plus en plus grandes vis-à-vis de la polygamie, la pratique généralisée d'élections (plus ou moins libres, cependant …), les débuts de mise en pratique de l'égalité hommes-femmes, la réduction du nombre d'enfants par famille. Ces valeurs comme ces normes viennent de la culture occidentale. 
 

 

La question est ici de savoir comment se passe ce phénomène de diffusion de la culture occidentale : un vecteur est un moyen, un intermédiaire, de diffusion. On peut en citer au moins deux qui ont joué un grand rôle, les firmes transnationales et les médias.

• Les firmes transnationales ont contribué à répandre l'organisation et les méthodes de gestion qu'elles pratiquaient dans leurs pays d'origine. Elles ont aussi bien sûr diffusé leurs produits, par des campagnes publicitaires bien ciblées, aux quatre coins de la planète, autant qu'elles le pouvaient. Ainsi, les règles d'organisation d'un MacDo sont-elles, dans le monde entier, les mêmes. Certains produits sont strictement identiques, avec un cahier des charges très précis, imposant aux producteurs locaux des règles très contraignantes.

• Les médias ont également joué un rôle majeur. La télévision est aujourd'hui visible à peu près partout dans le monde grâce aux satellites. Les informations sont donc connues dans le monde entier en même temps et très rapidement. Mais il faut bien dire que les images retransmises proviennent pour l'essentiel des pays développés, en particulier des Etats-Unis, en partie pour des raisons techniques. Or on sait bien que les images ne sont jamais « neutres », elles véhiculent une façon de voir et des valeurs propres à ceux qui font le reportage. On peut aussi dire la même chose des séries télévisées ou des films. Ainsi, certains pensent que si la famille conjugale avec un nombre restreint d'enfants devient de plus en plus la norme universelle, c'est au moins en partie du fait des modèles transmis par les films et les séries télévisées.
Les médias jouent aussi un grand rôle dans l'uniformisation des musiques. Enfin, le développement d'internet renforce la dépendance technologique vis-à-vis de l'occident, en même temps qu'il contribue à généraliser l'usage d'une langue, l'anglais, comme moyen de communication universel.

 

 

 

On peut donc penser qu'une culture mondiale se développe, très fortement marquée par la culture occidentale, nord-américaine surtout. Cependant les spécificités, les particularités, socio-culturelles n'ont pas disparu, on va le voir, même s'il est probable qu'elles sont transformées par le processus de mondialisation.  

 

On observe cependant que les cultures sont encore loin d'être partout les mêmes et que le mouvement de transformation d'une culture du fait de la rencontre avec une autre culture a toujours existé. On peut également observer que se développe aujourd'hui un mouvement de différenciation, en tout cas une revendication de la différence, qui montre aussi que la mondialisation ne débouchera pas obligatoirement sur l'uniformisation culturelle.  

 

L'acculturation peut se définir comme l'ensemble des changements résultant des contacts entre cultures différentes.
Une culture n'existe pas en tant que telle, isolée des autres cultures. Même dans les temps plus anciens où les transports, et donc les échanges, demandaient plus de temps, il y a toujours eu des contacts entre cultures. Et ce sont ces contacts qui contribuaient à transformer, et donc à construire, la culture. C'est bien ainsi que se sont construites les langues, par exemple, et l'on sait l'importance de la langue pour la culture.
Il y a donc d'abord des emprunts réciproques, même quand une culture est dominante et impose certains de ses éléments. Les échanges ne sont jamais à sens unique. Ainsi les Italiens ont-ils réussi à imposer aux Etats-Unis la pizza (alors qu'ils étaient loin d'y être dominants) … Mais, et l'exemple de la pizza peut très bien le montrer, ces emprunts à une autre culture sont réinterprétés en fonction des habitudes, des normes et des valeurs caractéristiques de la culture qui importe l'élément (la pizza américaine n'a plus grand chose à voir avec la vraie pizza italienne). Ces réinterprétations finissent par intégrer la nouveauté à la culture, de manière à ce qu'elle ne soit plus une nouveauté, c'est à dire qu'elle fasse partie intégrante de la culture commune.
Si la mondialisation contribue bien à la diffusion de la culture occidentale, on peut donc penser que les autres cultures vont petit à petit « acclimater » ces nouvelles caractéristiques culturelles en les transformant, de manière à ce qu'elles fassent système avec leur propre culture sans que celle-ci disparaisse réellement.
Les exemples de ces réinterprétations sont nombreux, dans le domaine de la musique par exemple, ou dans des façons différentes d'utiliser les mêmes biens. Autrement dit, on est encore loin d'une culture mondiale unique. Les différences restent grandes, même quand les objets utilisés sont communs. Ainsi, le cinéma indien, le plus prolifique au monde, n'a pas disparu malgré le succès des films américains. On peut dire la même chose de la musique.  

 

Mais le mouvement de standardisation que l'on a observé dans le premier paragraphe déclenche en retour une volonté marquée dans certains groupes de se différencier.
On peut distinguer deux niveaux dans cette volonté de différenciation, mais dans les deux cas il s'agit d'une affirmation identitaire.  

 

• D'abord, dans des sociétés qui s'uniformisent sur certains aspects, des groupes vont revendiquer leur différence. Les exemples en sont nombreux : on peut penser aux Noirs aux Etats-Unis, aux homosexuels, aux Bretons ou aux Corses en France, etc… En général, ces groupes affirment à la fois leur respect des règles fondamentales en vigueur dans la société à laquelle ils appartiennent et leur revendication de pouvoir être différents sur certains points, ce qui suppose souvent une adaptation du droit. Le phénomène peut se comprendre : le sentiment d'appartenance est essentiel pour la construction de l'identité de l'individu. Si « appartenir », c'est « ressembler », on peut penser que c'est tout autant « se différencier ». Quand tout le monde se ressemble, par exemple parce que tout le monde s'habille de la même manière, on peut avoir le désir de se différencier, à la fois pour montrer qu'on existe en tant qu'individu et pour signifier qu'on se trouve des  points communs avec ceux qui vont faire de même. C'est la même chose qui se passe pour les groupes dont on a parlé plus haut.

• Mais, poussé à son extrême, la volonté de différenciation peut déboucher sur le rejet de la société dans laquelle on vit. On peut ainsi comprendre tous les intégrismes : devant une évolution de la culture qui menace certaines valeurs, religieuses par exemple, des groupes vont se former qui rejettent ces évolutions et proclament la nécessité du retour en arrière. Ces groupes sont en général très repliés sur eux-mêmes et sont parfois violemment hostiles à la société qui les entoure.  
 

En conclusion, si l'on voit bien qu'il y aujourd'hui une tendance à la mondialisation culturelle, on peut dire que celle-ci n'est pas forcément synonyme d'uniformisation. Le poids des pays occidentaux, et des Etats-Unis en particulier, peuvent laisser craindre un affaiblissement des autres cultures . Mais il ne faut pas négliger le fait que les cultures ont toujours su intégrer des éléments d'autres cultures et que, parce qu'elles sont le ciment de la société, elles ont une force qui leur permet de résister à certains changements.
Cependant, la montée de la contestation de la mondialisation et des conflits à son propos montre bien la nécessité d'une régulation qui ne va pas sans poser de nombreux problèmes. C'est ce que nous allons voir maintenant.  

 

 

 Samuel Huntington (le choc des civilisations) pour lui par de mondialisation culturelle mais le choc des civilisations

Ronald Inglehart : il s’intéresse au changement social, la satisfaction des besoins se fait de façon hiérarchique ; d’abord les besoins physiologiques puis la réalisation de soi, le developpement s'accompagne de l'emergence des valeurs post-materalistes.

 
 
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