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a Commission européenne est décidée à maintenir la pression sur le gouvernement français pour l'inciter à poursuivre ses efforts d'assainissement des finances publiques. Lundi 8 mai, elle devait indiquer, à l'occasion de la publication de ses prévisions économiques de printemps, que le déficit français pourrait se situer à 3 % du produit intérieur brut (PIB) en 2006.
Cette estimation permettrait à Paris de respecter le pacte de stabilité et de croissance pour la deuxième année consécutive, après les 2,88 % obtenus en 2005. Elle est jugée encourageante par Bercy, puisque la Commission se rapproche des chiffres avancés par le ministre des finances Thierry Breton, qui table sur un déficit de 2,8 % cette année. La Commission prévoit en outre un déficit de 3,1 % du PIB en 2007, contre 3,5 % escomptés en novembre 2005.
En matière de croissance, la Commission européenne, tout en demeurant moins optimiste que les dirigeants français, revoit légèrement à la hausse sa prévision pour la France en 2006 : Bruxelles s'attend à une progression du PIB de 1,9 % (contre 1,8 % anticipé à l'automne), puis de 2 % en 2007.
Dans l'esprit de la réforme du pacte, la Commission entend inciter les Etats membres à redoubler leurs efforts budgétaires, au moment où "la croissance rebondit" grâce notamment à une demande intérieure plus soutenue. En dépit de la hausse du pétrole, et du resserrement monétaire engagé par la Banque centrale européenne (BCE), les économistes bruxellois relèvent leurs prévisions de croissance pour l'Union européenne.
Selon eux, la progression du PIB atteindra 2,3 % en 2006 - contre 2,1 % attendus à l'automne. Elle se montera à 2,1 % au sein de la zone euro, contre 1,9 % prévu auparavant. A ce jour, la Commission considère que les pays de l'Union continuent de bien supporter la flambée des prix du pétrole. D'après elle, l'inflation "reste remarquablement stable", à 2,2 % pour la zone euro en 2006. Elle prévoit, de plus, 2,4 millions de créations d'emplois dans la zone euro sur la période 2006-2007, avec un chômage qui reviendrait de 8,6 % en 2005 à 8,2 % en 2007.
Dans ce contexte, Joaquin Almunia, le commissaire chargé des affaires économiques et monétaires, n'entend pas à ce stade clore la procédure pour déficit excessif engagé contre Paris. Celle-ci est suspendue depuis novembre 2003. Avant de décider d'y mettre un terme, M. Almunia attend de voir comment le budget 2006 sera exécuté. Mais sa fermeté ne va pas sans susciter quelques commentaires auprès des responsables français : "La position de la Commission va devenir intenable, si ses prévisions 2006 se confirment : plus cela va aller, plus il sera difficile de maintenir les choses en l'état", indique un expert français des finances publiques.
Comme l'entourage de M. Almunia observe que l'endettement français a continué de s'aggraver ces dernières années, pour se situer bien au-delà du seuil de 60 % du PIB (à 66,8 % du PIB), d'autres font remarquer que "la procédure ne concerne, comme son nom l'indique, que les déficits excessifs". Les services de M. Almunia considèrent au contraire que leur attitude est la meilleure façon de crédibiliser le pacte de stabilité.
La Commission se méfie des mesures ponctuelles, qui ont permis, selon elle, au gouvernement français de rentrer dans les clous du pacte en 2005. Ils se veulent d'autant plus vigilants qu'ils considèrent que le nouveau gouvernement allemand joue davantage le jeu depuis l'arrivée au pouvoir de la grande coalition dirigée par Angela Merkel : d'après les prévisions de printemps de la Commission, le déficit de l'Allemagne devrait se situer à 3,1 % en 2006, puis redescendre à 2,5 % du PIB en 2007, en dépit d'une croissance (1,7 %) plus faible qu'en France cette année.