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cours SES intégration sociale suite

 

IV - La crise du lien social dans la société contemporaine.

Vous entendez sûrement parler, dans les médias comme autour de vous, de la « crise du lien social », ou encore de « perte des repères », « d’affaiblissement des valeurs » ou de « fracture sociale ». Toutes ces expressions font référence, implicitement à  la même chose, une difficulté croissante à construire le lien social dans notre société, qui conduit à s’interroger sur la possibilité d’une « explosion sociale », un délitement de la société faute de cohésion entre ses membres.
Comment peut s’expliquer une telle évolution ? D’abord par les mutations d’une instance d’intégration centrale dans notre société : le travail. Vous avez vu au chapitre 2 à quel point l’organisation du travail, et donc les relations sociales qu’il implique, a changé au cours du 20ème siècle. Ceci n’est pas sans conséquence sur la fonction intégratrice du travail, qui s’en trouve au minimum transformée, et pour certains franchement remise en question. Mais la crise du lien social provient aussi du changement social, de l’évolution socioculturelle de notre société (montée de l’individualisme, pauvreté, revendications identitaires) qui pose de nouveaux défis aux instances d’intégration qui n’y sont pas forcément adaptées.
Nous allons examiner successivement ces différents facteurs de crise du lien social, en mettant en évidence les problèmes particuliers posés par chacun et les solutions qui s’esquissent.

Il y a plusieurs façons d’analyser la crise de l’intégration par le travail dans les sociétés modernes. La première est de considérer qu’il y a crise de l’intégration parce qu’il n’y a pas de travail pour tout le monde. Mais il faut aussi envisager dans un second temps que le travail, notamment à cause des changements dans son organisation et sa nature, non seulement n’intègre plus mais peut-être même affaiblit le lien social. Enfin, et de façon plus positive, on peut considérer que la crise de l’intégration par le travail tient à ce que nous n’avons pas encore inventé les instances d’intégration capables de se substituer au travail dont la place dans la vie des individus décroît.

  • La montée du chômage affaiblit l’intégration par le travail. Depuis le premier choc pétrolier de 1973, les sociétés industrielles ont toutes été confrontées à une forte hausse du taux de chômage, qui s’est révélée particulièrement durable dans les pays d’Europe continentale – par exemple en France et en Allemagne. Mais le plus inquiétant est l’allongement de la durée moyenne de chômage et la constitution de ce que l’on a appelé le « noyau dur » du chômage, c’est-à-dire des chômeurs de longue durée (plus d’un an, voire plus de deux ans pour certains). Cette prolongation du chômage a sur l’intégration des effets symétriques à ceux du travail ! Tout d’abord la diminution des revenus de la personne limite son accès à la société de consommation. Mais quand il dure, il peut avoir d’autres effets socialement très destructeurs du lien social. L’identité professionnelle, notamment, est remise en cause parce que le chômeur ne s’inscrit plus dans la division du travail, ne participe plus à un collectif. Cela se traduit très concrètement en termes d’employabilité, c’est-à-dire de capacité à retrouver un emploi : perte des compétences techniques par manque de pratique ou parce que les savoir-faire professionnels évoluent, perte des relations sociales (collègues de travail), voire stigmatisation par les employeurs (un chômeur de longue durée est souvent suspecté d’être responsable de son état). On peut donc dire qu’il y a un défaut d’intégration par le travail parce que le travail est devenu rare. Mais attention, cela ne signifie pas que le travail n’est plus intégrateur, bien au contraire : si l’intégration sociale pâtit du manque de travail, c’est bien parce que le travail est intégrateur. 
  • Les changements dans la nature et l’organisation du travail et leurs effets sur le lien social. La précarité, c’est-à-dire l’absence de garanties sur la durée de l’emploi dans le temps (que la durée de l’emploi soit connue à l’avance comme dans le cas des CDD ou qu’elle soit incertaine, c’est-à-dire que le salarié est toujours sous la menace du licenciement), et la flexibilité, c’est-à-dire la multiplication des formes particulières d’emploi, non choisies par le salarié (horaires flexibles, temps partiels imposés, etc.) influent sur la qualité du lien social issu du travail. D’abord, on observe souvent une moindre reconnaissance sociale de ces types d’emploi et les salariés qui les occupent ont du mal à se construire une identité professionnelle valorisante. En plus, dans l’entreprise, se juxtaposent des statuts juridiques très variés (salariés stables, salariés d’entreprises intérimaires, salariés en CDD …) ce qui ne facilite pas la formation d’un collectif de travail intégrateur des individus qui le composent. Ensuite, il est fréquent que des droits moindres soient attachés à ces emplois (en particulier ceux accordés par les conventions collectives). Quand on se rappelle que le travail intègre grâce au statut, au revenu et aux droits qu’il donne, on comprend que le développement de la précarité et de la flexibilité puisse représenter une menace pour la solidité de l’intégration sociale.
  • Vers une désacralisation du travail ? On observe sans doute aussi une transformation de la place du travail dans l’ensemble des valeurs, spécialement chez les jeunes. Ainsi depuis plusieurs années, dans les enquêtes d’opinion sur les valeurs, la place de la réussite professionnelle a reculé au profit de la réussite familiale, y compris chez les garçons. Les deux types de réussite sont aujourd’hui placées à peu près au même niveau alors qu’auparavant la réussite professionnelle venait assez nettement en tête, surtout pour les hommes. De même, on observe chez les jeunes cadres que l’idée de limiter son temps de travail, et donc de le compter, a fait son chemin : beaucoup d’entre eux prennent très volontiers les congés liés à la réduction du temps de travail, ce qui prouve que la valeur qu’ils accordent à leur travail se transforme. Comment interpréter ces évolutions ?  Elles sont au fond assez logique dans une société où la place du travail dans la vie de l’individu décroît : on est actif plus tard, parce qu’on fait des études, on s’arrête de travailler plus tôt, grâce aux systèmes de retraite, et la durée annuelle du travail a également diminué. Certains, comme la philosophe Dominique Méda, en tirent argument pour dire qu’il faut développer d’autres modes d’intégration sociale : valoriser les rôles familiaux, mais aussi la vie associative, syndicale, politique, etc. Si la place du travail dans la société se rétrécit, il ne sert à rien de déplorer la perte de la « valeur travail », mais il faut lui substituer d’autres instances d’intégration.
  • Le travail reste cependant un dispositif essentiel d’intégration. Par tous ces aspects, la place du travail dans l’intégration se trouve donc modifiée et fragilisée. Est-ce à dire qu’il s’agit de la « fin du travail », comme le soutiennent certains (La fin du travail est le titre d’un livre d’un américain, J. Rifkin) ? Cela semble bien difficile à soutenir. Le travail sous la forme d’un emploi stable, à temps complet, assorti de droits et de garanties sociales a été central dans les deux derniers siècles. Cette forme est en crise, elle est en train de se transformer et le développement des formes particulières d’emploi en est un symptôme. Cependant il ne faut pas oublier non plus que si crise de l’emploi il y a, elle ne touche cependant qu’une petite partie des emplois : la grande majorité des emplois sont aujourd’hui en France stables et à temps complet.

    Le travail a été associé depuis la révolution industrielle au devoir : il s’agissait d’une contrainte admise comme nécessaire, voire essentielle par les membres de la société. Le système de valeurs se transforme peu à peu et, aujourd’hui, avec les progrès de l’individualisme, les individus placent au premier plan de leurs valeurs l’épanouissement personnel (considéré de plus en plus comme un « devoir »). Cela ne signifie pas pour autant que le travail ait disparu des valeurs. Il a probablement perdu la première place, comme on l’a déjà vu, et il est englobé dans la problématique de l’épanouissement personnel : l’individu va évaluer le travail à l’aune du plaisir personnel qu’il y trouve, plus qu’à l’aune de l’utilité pour la société de ce travail. Plus le décalage sera grand entre le travail tel qu’il est vécu dans un emploi précis et la représentation que l’individu a d’un travail épanouissant, plus le travail sera contesté comme valeur et moins le travail jouera son rôle intégrateur. Il y a donc là un enjeu essentiel pour la réussite de l’intégration par le travail : comment rendre le travail compatible avec ces nouvelles valeurs individuelles ?

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    Nous analyserons la pauvreté moderne et son traitement plus loin dans ce chapitre (paragraphe 23), nous n’allons donc pas le faire ici. Ce qui nous intéresse ici, c’est de voir comment la pauvreté aujourd’hui peut devenir synonyme d’exclusion, c’est-à-dire de rupture du lien social. Ce basculement de la pauvreté vers la marginalité s’explique d’abord parce que le chômage est souvent à l’origine de la pauvreté, mais aussi par le relâchement des solidarités traditionnelles et par le caractère cumulatif de la pauvreté et de l’exclusion.

    • La montée du chômage et ses effets sur le lien social. La pauvreté dans les sociétés modernes s’explique en grande partie par le chômage, qui s’est beaucoup accru dans les années 1980 et dont le niveau ne redescend que très lentement du fait du faible nombre d’emplois créés dans les années 1980 et 1990, malgré quelques périodes de croissance relativement plus rapide. On retrouve donc dans la pauvreté moderne les effets désintégrateur du chômage que nous avons étudiés au paragrahe précédent.
    • La pauvreté mène à l’exclusion quand les solidarités traditionnelles se sont affaiblies. On pense ici principalement à la solidarité familiale. La réduction de la taille des familles et plus particulièrement l’instabilité des couples fragilise les individus en limitant les ressources des ménages (et donc les moyens de la solidarité familiale) : le chômage est beaucoup plus grave dans une famille monoparentale que dans une famille élargie !  Ce n’est d’ailleurs pas qu’une question de ressources monétaires, car la solidarité familiale c’est aussi des relations que l’on mobilise pour retrouver un emploi ou un logement, et surtout des liens affectifs qui aident à passer des moments difficiles. Le développement de l’urbanisation joue un rôle similaire : le mode de vie en ville est plus anonyme que dans les campagnes traditionnelles où pouvait se tisser une solidarité « de voisinage » qui fait parfois cruellement défaut aujourd’hui. Il faut aussi dire que le chômage et la pauvreté peuvent entraîner en retour des ruptures familiales (les divorces sont plus nombreux dans les couples comptant un chômeur) et sociales (le chômeur se coupe de ses amis parce qu’il a honte de sa situation).
    • Pauvreté et citoyenneté : de l’exclusion économique à l’exclusion politique. Pour s’exprimer politiquement, il faut se sentir citoyen, c’est-à-dire réellement membre d’une Nation. Pour cela, il faut en avoir les moyens, que ce soit sur le plan intellectuel ou sur le plan économique. On observe que l’exclusion économique qui accompagne la montée du chômage et la précarisation de l’emploi se double d’une exclusion politique : l’individu n’a plus les moyens et ne se sent plus les moyens de participer aux décisions politiques (par exemple, il a perdu ses papiers d’identité, ne peut pas s’en faire refaire et ne plus voter. De toutes façons, il a l’impression de n’être au courant de rien, n’ayant souvent pas la télévision et ne pouvant lire les journaux).
    • Le processus cumulatif de pauvreté et d’exclusion. Le fonctionnement de la société moderne est ainsi fait qu’une pauvreté en entraîne fréquemment une autre, qu’une exclusion en entraîne fréquemment une autre, tant et si bien que les individus peuvent se retrouver dans de véritables spirales de marginalisation. Par exemple, la baisse des revenus liée au chômage peut déboucher sur la perte du logement : l’individu, ou le ménage, s’était endetté pour acheter son logement et, du fait de la baisse des revenus, ne peut plus rembourser les emprunts. Le logement est alors vendu et le chômeur a le plus grand mal à trouver un logement en location car il n’a plus de feuilles de paie à montrer. Or ne pas avoir d’adresse à donner, être « sans domicile fixe » est socialement très excluant et les chances de trouver un emploi sans pouvoir fournir d’adresse sont minces.

      L’exclusion est rarement totale. Mais les fragilités se cumulent, se transmettent même parfois (les enfants des exclus sont plus fragiles socialement que les autres, en particulier parce qu’ils n’ont souvent ni les liens familiaux ni les diplômes scolaires qui pourraient éventuellement les protéger).  Le processus n’est évidemment pas automatique. Tous les chômeurs de longue durée, et loin de là, ne sont pas des exclus. Cependant on voit bien que l’allongement et la progression du chômage sont des facteurs de risque pour le lien social.

      Un troisième défi auquel doivent faire face les sociétés modernes est la montée du communautarisme : la nécessité du lien social ne semble plus aller de soi aujourd’hui, et il y a une tendance à se replier sur la communauté ethnique ou religieuse, la région, ou même sur la sphère privée (soi-même, la famille). Alexis de Tocqueville avait déjà envisagé ce repli des individus sur des appartenances intermédiaires et le délitement du lien politique et social national dans les sociétés démocratiques modernes. Nous allons tenter d’expliquer cette mutation et d’en montrer les dangers potentiels.

      • Le modèle de l’individualisme universaliste. Le modèle de cohésion sociale qu’appliquent les sociétés modernes est fondamentalement basé sur l’individualisme. En effet, il s’est construit sur la fin des solidarités intermédiaires (famille, religion, ethnie, territoire, …), affaiblies par les mutations sociales comme l’urbanisation, la déchristianisation, la réduction de la taille des familles. Le développement d’un lien politique national, d’une culture et d’une protection sociale nationales a renforcé ce mouvement d’individualisation en même temps qu’il s’appuyait dessus. Tout se passe comme si aujourd’hui le lien social se tissait directement entre l’individu et l’ensemble de la société représenté le plus souvent par l'Etat ou les Adminsitrations publiques, ce qui permet d’un point de vue positif d’émanciper la personne des vieilles attaches issues de la société traditionnelle. Il y a aussi une forme de rationalisation de la solidarité, dont on recherchera l’efficacité et dont on discutera les buts. On est dans ce qu’on appelle un individualisme universaliste : « individualisme » parce qu’on met en avant les droits individuels, « universaliste » parce que ces mêmes droits sont reconnus à tout le monde.
      • Les limites d’un universalisme trop abstrait. L’inconvénient de ce modèle de solidarité est qu’il débouche sur une pratique « froide » du lien social, parce qu’anonyme et administrative. Les prestations sociales, par exemple, ne s’accompagnent certainement pas d’autant de chaleur humaine, de liens affectifs, que l’entraide familiale ou de voisinage. De même, quand on paie ses cotisations sociales ou ses impôts, on fait un acte de solidarité, mais qui peut ne plus être perçu comme tel, ni par soi, ni par ceux qui en profitent, parce qu’il passe par l’interface de la Sécurité Sociale ou de l’Etat. A la limite, cette anonymisation du lien détruit le sentiment de solidarité parce que les individus se sentent dispenser personnellement du devoir d’entraide dès lors qu’il est assumé collectivement.  Ce mouvement est renforcé aujourd’hui par l’affaiblissement des identités nationales dans un contexte de paix durable (les conflits aident à « souder » les communautés nationales !) et de mondialisation économique et culturelle.
      • Le communautarisme et la recherche d’un lien social moins abstrait. A l'opposé du mouvement d’universalisation et de rationalisation du lien social que nous venons d’évoquer, on constate aussi une tendance inverse de reconstitution de liens communautaires, basés sur l’appartenance, sur l’identification de l’individu à un groupe intermédiaire. On trouve ainsi, par exemple, des médias de type communautaire (« Pink TV », « Filles TV »). Vous avez aussi entendu parler des revendications régionalistes (Corse, Pays Basque, Lombardie, …) : utilisation de la langue régionale comme langue administrative ou langue d’enseignement (ce qui discrimine évidemment ceux qui ne sont pas originaires de la région), autonomie financière qui remet en cause la redistribution fiscale entre régions et donc la solidarité nationale.  Le développement des signes d’appartenance religieuses ostensibles (on pense bien sûr au voile, mais ce n’est pas le seul exemple) est également l’indice d’une montée du communautarisme religieux. Ces mouvements peuvent être vus comme l’expression d’une forme d’individualisme : les individus affichent leurs particularités pour marquer leur autonomie vis-à-vis de la société (c’est surtout vrai pour les identités minoritaires). En ce sens on peut parler d’individualisme communautaire. Mais ce sont aussi des formes de lien social moins abstraites, peut-être aussi plus spontanées, et qui tissent souvent des solidarités de proximité. Il est par exemple plus facile de se fabriquer une identité en marquant son appartenance à un groupe clairement différencié des autres. Et des mouvements de solidarité de voisinage (en cas de catastrophe naturelle par exemple) sont plus ressentis comme des gestes personnalisés.
      • Mais le communautarisme peut déboucher sur une remise en cause de la cohésion sociale. Le communautarisme menace le lien politique, car si on cultive les différences entre les groupes constituant la société, on met forcément à mal l’idée de citoyenneté qui se fonde justement sur les points communs et non les différences entre individus. Dans les cas extrêmes, on peut arriver à ce que les groupes aient des représentations politiques distinctes. Un autre danger du communautarisme est qu’il peut limiter l’ampleur de la solidarité en la réservant au groupe (un parti politique français demande par exemple des systèmes de sécurité sociale séparés pour les immigrés et les Français).

        Tout le monde semble s’entendre aujourd’hui pour dire que les sociétés modernes sont individualistes – on dit même parfois que la civilisation occidentale a « inventé » l’individualisme. Mais la signification exacte de cette montée de l’individualisme n’est pas toujours très claire. De même, on convient généralement de ce que cet individualisme menace la cohésion sociale, mais sans préciser par quels mécanismes. C’est donc à ces questions que nous allons essayer de répondre maintenant. Nous montrerons aussi que l’individualisme n’est pas forcément un phénomène négatif, même du point de vue de l’intégration sociale.

        • Les liens familiaux fragilisés par l’individualisme. La réduction de la taille des familles, conséquence des divorces et du plus petit nombre d’enfants, diminue de manière mécanique le nombre de personnes avec qui l’individu a des liens familiaux. Cela signifie que la solidarité familiale sera limitée à un nombre réduit de personnes. La diminution du nombre de mariages et la hausse des naissances hors mariage montrent aussi ce qu’on peut appeler une désinstitutionnalisation de la famille : elle est de moins en moins une institution normée (toutes les familles ont les mêmes formes), et repose de plus en plus sur les choix des individus. Rester ensemble ne va plus de soi, et le lien familial est plus fragile. La socialisation et le contrôle social qu’exerçait la famille, c’est-à-dire transmettre des normes et des valeurs et veiller à leur respect, sont plus difficile à exercer, parce que, dans une société individualiste, la tolérance et l’épanouissement personnel sont devenu primordiaux.
        • L’école face aux comportements calculateurs. Nous avons vu plus haut le rôle de l’école dans la construction d’une culture commune. Mais du fait de l’importance du diplôme dans l’accès à l’emploi, les familles développent des stratégies scolaires vis-à-vis des diplômes : choisir la bonne filière, le bon lycée, la bonne option, la bonne université, etc. Le calcul l’emporte de plus en plus sur le rapport gratuit à la culture : l’élève veut bien travailler, mais à condition que « ça rapporte ». Ces comportements sont compréhensibles dans la mesure où l’accès à l’emploi est de plus en plus difficile, mais ils vont à l’encontre de certains objectifs de l’école. L’égalité des chances, par exemple, est remise en cause par la différenciation précoce des parcours scolaires. De même, la diffusion d’une culture commune est parfois sacrifiée au profit de l’acquisition de compétences « utiles » pour le cursus scolaire et l’intégration professionnelle.
        • L’engagement citoyen est confronté aux calculs d’intérêt. La crise de la citoyenneté politique, qui se manifeste surtout par le développement de l’abstention, peut être analysée comme une conséquence de l’individualisme. Dans une société ou les individus ont accès à un certain confort matériel, les citoyens sont moins intéressés par les affaires publiques, qui ne les concernent pas directement. Déjà au 19ème siècle, Alexis de Tocqueville prédisait que la démocratie serait un jour confrontée à l’indifférence des citoyens : est-on en train de vivre ce phénomène ? Il faut d’ailleurs le rapprocher du comportement de « passager clandestin » qu’on a étudié dans le cas des conflits sociaux (voir le chapitre 4).
        • Cependant, l’individualisme n’est pas l’égoïsme, et il n’est pas forcément négatif. Dans le langage courant, on tend parfois à assimiler l’individualisme et l’égoïsme, mais c’est abusif. Alors que l’égoïsme est le fait de faire passer avant tout son intérêt personnel, l’individualisme consiste en un développement dans la société des droits et des responsabilités individuelles, favorisant l’initiative et l ‘indépendance des individus. Mais on peut être individualiste et altruiste, si l’on se soucie des autres par une inclination de sa propre volonté, pas au nom d’un devoir social. De plus, la montée de l’individualisme n’est sans doute pas aussi dangereuse qu’on veut parfois le croire. Par exemple, les liens familiaux, s’ils se transforment, restent souvent extrêmement vivaces : les liens intergénérationnels sont encore très forts, l’enfant devenant une valeur centrale de la famille. Ils se développent même avec l’allongement de l’espérance de vie des grands-parents. De même, si la participation politique décline, l’investissement citoyen reste fort mais sous des formes renouvelées, notamment dans des associations humanitaires dont le caractère politique est évident.

          On le voit, si la montée de l’individualisme complique beaucoup la mécanique de l’intégration sociale, c’est sans doute surtout parce qu’il l’oblige à s’adapter à une nouvelle mentalité, à de nouvelles valeurs.  

          Conclusion :

          Intégration et exclusion sont donc deux processus à l’œuvre simultanément dans nos sociétés. En effet, pour survivre, toute société doit sans cesse chercher à intégrer ses membres, c’est-à-dire à leur faire partager les normes et les valeurs reconnues à un moment donné comme essentielles. En même temps, la liberté et l’égalité qui sont les principes fondateurs des sociétés démocratiques peuvent déboucher sur des mécanismes qui excluent et marginalisent certains individus. Et intégrer ne doit pas signifier supprimer les différences mais au contraire savoir les respecter tout en maintenant l’unité de la société. Tenir tous les bouts à la fois est évidemment difficile, c’est le défi un peu fou que se lancent toutes les sociétés réellement démocratiques. On retrouve ici l’idée que la démocratie est quelque part une utopie, sans cesse à poursuivre et à construire. Rien n’est jamais gagné, comme le montrent tous les débats actuels, même pas le combat pour la démocratie, comme le montre le retour de certains intégrismes.

          Nous avons vu que l’intégration et la cohésion sociale reposaient largement sur des droits économiques et sociaux, droits obtenus souvent dans la douleur (il ne faut pas l’oublier) et qui se sont constitués en un système protecteur et émancipateur de l’individu. Ces droits sociaux peuvent être considérés d’une certaine manière comme les conditions d’exercice des droits politiques. La construction de ce système est indissociable de celle de l’Etat providence. Ce système assure la protection sociale des individus, il est l’expression de la solidarité collective qui relie les membres de la société. C’est ce système sur lequel nous allons réfléchir maintenant. Nous avons vu que l’intégration et la cohésion sociale reposaient largement sur des droits économiques et sociaux, droits obtenus souvent dans la douleur (il ne faut pas l’oublier) et qui se sont constitués en un système protecteur et émancipateur de l’individu. Ces droits sociaux peuvent être considérés d’une certaine manière comme les conditions d’exercice des droits politiques. La construction de ce système est indissociable de celle de l’Etat providence. Ce système assure la protection sociale des individus, il est l’expression de la solidarité collective qui relie les membres de la société. C’est ce système sur lequel nous allons réfléchir maintenant. Nous avons vu que l’intégration et la cohésion sociale reposaient largement sur des droits économiques et sociaux, droits obtenus souvent dans la douleur (il ne faut pas l’oublier) et qui se sont constitués en un système protecteur et émancipateur de l’individu. Ces droits sociaux peuvent être considérés d’une certaine manière comme les conditions d’exercice des droits politiques. La construction de ce système est indissociable de celle de l’Etat providence. Ce système assure la protection sociale des individus, il est l’expression de la solidarité collective qui relie les membres de la société. C’est ce système sur lequel nous allons réfléchir maintenant.
        Nous avons vu que l’intégration et la cohésion sociale reposaient largement sur des droits économiques et sociaux, droits obtenus souvent dans la douleur (il ne faut pas l’oublier) et qui se sont constitués en un système protecteur et émancipateur de l’individu. Ces droits sociaux peuvent être considérés d’une certaine manière comme les conditions d’exercice des droits politiques. La construction de ce système est indissociable de celle de l’Etat providence. Ce système assure la protection sociale des individus, il est l’expression de la solidarité collective qui relie les membres de la société. C’est ce système sur lequel nous allons réfléchir maintenant.
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D
Merci pour les cours !! En cette periode de grève ....
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