Après avoir montré les différences dans les rythmes au cours du temps, nous présenterons les inégalités engendrées par ces différences et les questions que cela pose.
La croissance et le développement, bien que récents, ont transformé les conditions matérielles d'existence et l'organisation de la société.
Pendant des siècles, les hommes ne sont pas parvenus à accroître durablement leur production de richesses et à transformer leur mode de vie. Bien sûr, il y avait les "bonnes" années, les années de vaches grasses, et les "mauvaises" années, les années de vaches maigres, mais les hommes, au cours de leur vie (qui durait certes moins longtemps qu'aujourd'hui) ne voyaient pas de changement significatif, ni dans leurs ressources, ni dans leur façon de vivre. Jusqu'en 1500 environ, la croissance est quasi nulle. Entre 1500 et 1700, elle aurait atteint 0.1% par personne et par an en moyenne, soit peu de chose.
Ce n'est vraiment qu'à partir de la fin du 18ème siècle et du début du 19ème siècle que la croissance économique s'accélère avec des taux de croissance comparables à ceux d'aujourd'hui et que débute, avec elle, le développement. .En ce sens, ce sont donc des phénomènes récents. C'est la révolution industrielle qui marque le passage à la période de croissance et de développement [n'hésitez pas à revoir votre cours d'histoire à ce propos !]. Elle débute autour de 1780 en Grande-Bretagne, autour de 1810-1820 en France et en Allemagne, plus tardivement dans les autres pays européens, à partir de 1860 au Japon.
Il ne faut donc pas croire que la croissance et le développement ont toujours existé.
Et si la tendance générale (le trend) de la production est à la hausse sur ces deux siècles, la production augmente de manière très irrégulière (elle a parfois même diminué), comme nous pouvons le voir dans le tableau ci-dessous.
Si vous voulez tester votre capacité à bien lire ce tableau, vous pouvez faire l'activité qui est en bas de page.
Titre : Taux de croissance annuel moyen du P.I.B. par habitant (en%)
Source : d'après les données d'A. Maddison, L'économie mondiale : une perspective millénaire, OCDE 2001.
| 1820-1870 | 1870-1913 | 1913-1950 | 1950-1973 | 1973-1998 | |
| Europe occidentale | 0.9 | 1.3 | 0.8 | 4.1 | 1.8 |
| Monde | 0.5 | 1.3 | 0.9 | 2.9 | 1. |
Des périodes de croissance relativement rapide (1870-1913, par exemple) succèdent à des périodes de croissance ralentie. Sur le long terme, la croissance est donc cyclique.
La croissance que les pays d'Europe occidentale ont connue entre 1950 et 1973 (les "Trente glorieuses") est une croissance exceptionnelle (et unique) par son ampleur. Le retour de tels taux de croissance est assez improbable.
Observons également, et nous en reparlerons dans un prochain paragraphe, que la croissance des pays européens est plus rapide que celle des autres pays du monde spécialement depuis 1950. Cela avait déjà été le cas entre 1820 et 1870 au moment de la révolution industrielle en Europe.
La croissance a permis une formidable hausse du niveau de vie.
Le niveau de vie est la quantité de biens et de services dont disposent les individus ou les ménages. Dans les pays dits "développés", on peut repérer la hausse du niveau de vie par l'amélioration et la diversification de la ration alimentaire quotidienne (comparativement à celle du 19ème siècle), ou encore par la diffusion des biens durables (automobile, télévision, machine à laver, etc.). Enfin, indirectement, l'allongement de la durée de vie, très net, est aussi un indicateur de la hausse du niveau de vie.
La croissance s'accompagne de bouleversements des structures économiques et sociales.
La part du secteur primaire dans la production et dans la population active a chuté, l'urbanisation s'accroît rapidement, les structures socio-professionnelles se transforment profondément, les femmes s'émancipent, etc. Les modes de vie (la façon de vivre) changent comme le montre l'évolution des structures de la consommation : en 1946, les Français consacraient en moyenne 45.4% de leurs dépenses à l'alimentation contre seulement 13.7% en 2000. Cela laisse de la place pour d'autres types de dépenses comme les dépenses de santé ou de logement.. Cette transformation rendue possible par la hausse des revenus est allée de pair avec l'augmentation des consommations collectives (éducation, santé, etc.) qui sont à la fois la conséquence de la hausse du niveau de vie et les signes du développement et de la transformation du mode de vie.
Les pays n'ont ni les mêmes rythmes de croissance économique, ni les mêmes points de départ de la croissance, comme on peut le voir dans ce tableau.
Titre : Niveau de départ et évolution moyenne annuelle du P.I.B. par habitant (en%).
| 1500 :PIB moyen/hbt | 1500-1600 | 1600-1700 | 1700-1820 | 1820-1870 | 1870-1913 | 1913-1950 | 1950-1973 | 1973-1998 | |
| Europe occidentale | 137 | 0.14 | 0.14 | 0.10 | 0.90 | 1.30 | 0.80 | 4.10 | 1.80 |
| Europe orientale | 82 | 0.10 | 0.1 | 0.50 | 0.60 | 1.30 | 0.90 | 3.80 | 0.40 |
| Ex-URSS | 88 | 0.10 | 0.10 | 0.10 | 0.60 | 1.10 | 0.80 | 3.40 | - 1.80 |
| Pays d'immigration européenne* | 71 | 0.00 | 0.20 | 0.80 | 1.40 | 1.80 | 1.60 | 2.40 | 1.90 |
| Amérique latine | 74 | 0.05 | 0.20 | 0.20 | 0.10 | 1.80 | 1.40 | 2.50 | 1.00 |
| Japon | 88 | 0.04 | 0.10 | 0.13 | 0.20 | 1.50 | 0.90 | 8.10 | 2.30 |
| Asie (sauf Japon) | 101 | 0.00 | 0.00 | 0.00 | - 0.10 | 0.40 | 0.00 | 2.90 | 3.50 |
| Afrique | 71 | 0.00 | 0.00 | 0.04 | 0.10 | 0.60 | 1.00 | 2.10 | 0.00 |
| MONDE | 100 | 0.05 | 0.04 | 0.07 | 0.50 | 1.30 | 0.90 | 2.90 | 1.30 |
Source : à partir des données d'A. MADDISON, L'économie mondiale : une perspective millénaire, OCDE 2001.
*il s'agit pour l'essentiel des Etats-Unis et du Canada.
[Lecture : la 1ère colonne donne le niveau de départ du P.I.B. par habitant en indices ayant pour base 100 le P.I.B. moyen du monde. Cela signifie, par exemple, que l'Europe occidentale avait en 1500 un P.I.B. moyen par habitant supérieur de 37% à celui du monde. De même, le P.I.B. moyen par habitant, en 1500 toujours, est presque 2 fois plus élevé en Europe qu'en Amérique du Nord. Les autres colonnes donnent les taux de croissance annuels moyens du P.I.B. par habitant pour une période. Ainsi, on peut voir que, entre 1700 et 1820, le P.I.B. par habitant de l'Europe occidentale a augmenté en moyenne de 0.1% par an.]
Que montre ce document ? D'abord que vers 1500, les écarts de développement étaient plus faibles, et nettement, qu'aujourd'hui puisque, entre la zone la plus développée (l'Europe occidentale) et les zones les moins développées (l'Afrique et les pays d'immigration européenne), l'écart n'est même pas de 1 à 2. Ensuite, on voit que la zone européenne démarre sa croissance autour de 1820 (0.9% de croissance annuelle moyenne entre 1820 et 1870, soit 9 fois plus vite que sur la période précédente) alors que l'Amérique latine ou le Japon n'ont des taux supérieurs à 1% qu'à partir de 1870 et l'Asie après 1950 seulement. Quant à l'Afrique, elle n'a connu que deux fois des périodes de croissance supérieure à 1% par an.
Quelle est la différence entre un indicateur statistique donné en valeur et le même indicateur donné en volume ? Comment passe-t-on de l'un à l'autre ? C'est ce que nous allons découvrir dans ce module.
On rencontre souvent cette distinction dans des textes ou dans des titres de tableaux statistiques. Distinguer valeur et volume (et savoir passer de l'un à l'autre) fait aussi partie des savoir-faire que les élèves doivent, selon le programme officiel, maîtriser à la fin de l'année de terminale.
L'objectif de ce parcours est donc d'apprendre à distinguer ces deux notions et à passer de l'une à l'autre. Le parcours est composé d'une suite d'activités et de points de méthode. Le but poursuivi est d'amener l'internaute à comprendre vraiment la différence entre les deux notions, pour ensuite l'amener à apprendre comment faire les opérations de calcul nécessaires pour passer de la valeur au volume.
A partir de trois exemples (deux fictifs et un réel), essayons de comprendre quelle est la question qui se pose et qu'il faut résoudre dans ce parcours.
Consigne : faites successivement les trois activités proposées puis lisez soigneusement la conclusion que l'on peut tirer de ces trois exemples.
Le problème à résoudre est donc le suivant : les grandeurs économiques sont mesurées en monnaie car cela permet de faire des sommes (pour connaître le PIB, il faut ajouter par exemple des carottes et des avions, ce qui ne peut se faire qu'en utilisant leur valeur monétaire, c'est-à -dire leurs prix, car ils seront alors exprimés dans une unité commune, l'euro par exemple). Mais utiliser les prix pose un problème car les prix ne sont pas stables, ce qui fait que quand un indicateur économique exprimé en valeur augmente, on ne sait pas si cela correspond à une augmentation réelle ou s'il ne s'agit que de la hausse des prix (ou s'il s'agit un peu des deux, ce qui est le plus fréquent). Il faudrait donc arriver à éliminer les effets de la hausse des prix quand on veut mesurer l'évolution réelle d'indicateurs donnés en valeur.
Nous allons maintenant voir, concrètement, comment on peut résoudre notre problème : enlever les effets de l'inflation sur des variables exprimées en unités monétaires.
Vous allez donc trouver ici la méthode de calcul, présentée en étapes successives, à partir d'un exemple. Nous la présenterons ensuite de manière plus générale.
Comment connaît-on la hausse des prix ? On doit disposer d'un indicateur permettant de calculer les variations du niveau général des prix. Cet indicateur est en général l'indice des prix à la consommation.
Ainsi si l'indice des prix passe de 100 en t0 à 110 en t1, cela signifie que le niveau général des prix a augmenté de 10% entre les deux périodes.
Quand on n'a pas la série statistique donnant l'évolution de l'indice des prix, mais que l'on dispose d'une information sur la hausse des prix donnée sous la forme d'une variation en % (par exemple, "les prix ont augmenté de 3% en 2001"), on doit, pour pouvoir faire simplement le calcul, transformer cette information sous forme d'indices. Dans notre exemple, cela donnera : "si l'indice des prix est de 100 à la fin de 2000, il atteint 103 à la fin de 2001" (100 + 3% de 100).
Reprenons l'exemple de la croissance du PIB (en milliards d'euros) que nous avons vu plus haut.
| - | 1997 | 1998 | 1999 | 2000 | 2001 | 2002 | 2003 | 2004 |
| PIB | 1268.5 | 1324.6 | 1366.5 | 1441.4 | 1497.2 | 1548.6 | 1585.2 | 1648.4 |
| Indice des prix | 98.0 | 98.8 | 98.7 | 100.0 | 101.8 | 104.0 | 105.6 | 107.3 |
La variation des prix nous gêne pour évaluer la variation réelle du PIB. Nous allons donc faire comme si les prix n'avaient pas varié, comme s'ils étaient restés constants, c'est-à -dire comme si les prix étaient restés à l'indice 100 sur toute la période.
si les prix étaient restés à 100: 107.3--> 100.0
alors le PIB serait de ? : 1648.4--> x
On retrouve le produit en croix dont vous avez l'habitude et on trouve x sans problème :
x = (1 648.4/107.3) x 100 = 1 536.3
Pour "déflater" une série statistique, c'est-à -dire enlever les effets de la hausse des prix, on procède de la manière suivante :
Valeur réelle de la variable en t1 = (valeur nomimale de la variable en t1/indice des prix en t1) x 100
| On n'a pas enlevé les effets de l'inflation | On a enlevé les effets de l'inflation |
| En euros courants En euros En valeur nominal | En euros constants En euros de telle ou telle année (année de base) En volume réel |
Reprenons les trois exemples que nous avions utilisés pour poser le problème.