Les firmes sont progressivement devenues transnationales en produisant simultanément les mêmes biens et services sur plusieurs zones géographiques et en commercialisant leurs productions mondialement. Ceci a aussi engendré une nouvelle organisation de la production mondiale appelée " division ou décomposition internationale des processus productifs ". Ce faisant, ces entreprises transnationales contribuent de facto à développer les flux d'échanges internationaux.
Une firme transnationale est une entreprise qui répartit sa production sur plusieurs pays. Elle ne se contente donc pas simplement de diffuser et vendre ses biens et services à l'international : elle participe largement à une nouvelle allocation des productions mondiales par le biais de ses investissements directs à l'étranger. Une entreprise qui se contente d'exporter des marchandises (même en grande quantité) ne peut être considérée comme une firme transnationale.
- Une FTN, en produisant et en vendant simultanément sur plusieurs territoires, acquiert une dimension de firme globale : elle a le monde comme champ d'activité. Il est dès lors parfois difficile d'attribuer à ces firmes une nationalité, économiquement parlant. Il n'en reste pas moins que l'histoire ou la culture de ces entreprises s'ancrent encore largement dans un territoire. Ainsi, si Danone est effectivement une firme transnationale, elle reste toujours attachée à la France dans l'imaginaire collectif.
- L'instrument privilégié de l'internationalisation des firmes reste les IDE : Les Investissements Directs à l'Etranger sont les sommes d'argent investies (ou reçues) par un pays vers (ou en provenance de) l'étranger, dans le but soit de créer ou développer une firme nouvelle localement, soit de prendre partiellement ou totalement le contrôle d'une firme locale existante par une prise de participation au capital via des mécanismes financiers de fusions acquisitions parfois complexes. On considère généralement que le seuil de 10% de prise de capital d'une entreprise permet de définir un IDE : cela signifie que si le flux de capitaux entre deux pays a comme résultat une prise de participation de 10%, il sera classé dans la balance des paiements des deux pays comme IDE (entrant ou sortant selon le pays). Une firme transnationale est dès lors en général constituée d'une maison mère et de filiales dont le capital est détenu, en totalité ou en partie, par la maison mère. Il faut ajouter à ces entreprises reliées financièrement un ensemble d'entreprises sous-traitantes, juridiquement indépendantes mais économiquement dépendantes.
Depuis une quinzaine d'années, les IDE ont littéralement explosé, surtout en faveur des pays développés qui en sont les premiers bénéficiaires. Parmi les pays bénéficiaires d'IDE, la France se classe 4ème en recevant plus de 63 millions de dollars d'IDE en 2005. L'Union européenne est, de manière générale, le principal destinataire de l'investissement direct à l'étranger en recevant près de la moitié du flux total. Il faut encore noter que parmi les pays destinataires autres que les pays industrialisés, les flux se concentrent sur quelques pays seulement : essentiellement les pays asiatiques où la croissance économique est rapide (Chine, Hong Kong et Singapour principalement) et certains pays latino-américains dans une moindre mesure (Brésil notamment). Les pays africains sont complètement à l'écart de ces flux d'I.D.E. On voit donc ici que les firmes transnationales génèrent l'internationalisation des économies, en développant notamment une segmentation des productions.
Les firmes transnationales vont avoir une stratégie de localisation de la production en fonction des caractéristiques propres de chaque espace national de manière à maximiser leurs profits. La division du processus de production entre des pays différents exploite les différences de conditions de production entre les pays : dans certains pays, les matières premières sont peu chères, dans d'autres ce sont les impôts ou le coût du travail. Les firmes transnationales vont chercher à profiter de tous ces avantages à la fois pour maximiser leur rentabilité.
- Le processus de production est divisé, réparti, entre les pays en fonction des avantages propres à chaque espace national de manière à ce que, au total, l'entreprise fabrique son produit de manière avantageuse, en gardant la maîtrise de l'ensemble du processus. C'est ce que l'on appelle la DIPP (décomposition internationale du processus productif). Cette DIPP peut s'apparenter à une segmentation très fine des étapes de production dans certains cas ce qui peut donner lieu à une exportation préalable de composants intermédiaires réimportés sous forme de produits finals. Cette segmentation repose principalement sur le cycle de vie du produit intermédiaire et son degré de technologie incorporé. Ainsi, les souris d'ordinateurs ne comportant pas d'innovation particulière sont fabriquées en Asie du Sud Est, ce qui n'est pas le cas du processeur, qui nécessite une compétence importante. Plus le produit est complexe et plus il comporte de composants et de sous-ensembles qui peuvent être fabriqués de façon autonome les uns des autres. Une voiture automobile, par exemple, comporte plus de 5000 pièces. Ces composants sont progressivement réunis en sous-ensembles qui sont associés lors de l'assemblage final. Ainsi, dans le secteur automobile, il est courant de décomposer sur plusieurs territoires la conception et le design, la réalisation du moteur, du châssis, la tôlerie et finalement l'assemblage final. On considère généralement que plus de 10 pays sont nécessaires pour produire une automobile.
- Traditionnellement, la DIPP est supposée refléter une logique d'extension de la division internationale du travail (DIT) à l'ensemble des pays selon la hiérarchisation mondiale des avantages comparatifs. La D.I.T. attribue aux pays développés la fabrication des biens manufacturés et des services; et aux pays pauvres la fourniture des produits primaires en général (produits agricoles, matières premières). Ceci s'explique en particulier par les différentiels de coût du travail et de productivité. Au fur et à mesure du développement des techniques mais aussi des pays, la division internationale du travail se transforme. Ainsi certains pays du sud se sont mis à fabriquer les produits manufacturés courants. Les nouveaux pays industrialisés, asiatiques surtout, produisent aujourd'hui des produits manufacturés à plus forte valeur ajoutée, y compris des produits haut de gamme. Les pays développés fabriquent surtout désormais les produits technologiques et les services dont la production nécessite de hautes qualifications. Les FTN participent pleinement de cette D.I.T, puisqu'elles arbitrent entre les lieux possibles de leurs productions. Toutefois, les firmes transnationales opèrent de manière sélective en observant, outre les possibilités d'implantation du fait de la baisse des coûts de transport, de la diffusion des technologies de l'information et des avantages en termes de coûts salariaux et/ou de maîtrise technologique, une position géographique favorable (par rapport aux grands courants d'échange), des infrastructures de communication de qualité et un potentiel de marché important.
Les FTN tentent donc par leur choix de localisation de s'accaparer les bénéfices des avantages comparatifs ou stratégiques internationaux. Ce faisant, elles accélèrent les échanges mondiaux.