a lutte contre la pauvreté passe par la lutte contre la corruption", affirme Fernando Lugo, investi, le 15 août, président du Paraguay. "Nous avons hérité d'un pays dévasté où tout le tissu institutionnel est corrompu. Mon principal objectif est de baisser progressivement l'indice de corruption pour garantir l'institutionnalité de la République, pour que le Paraguay soit à nouveau crédible dans le monde et attire les investisseurs", ajoute le chef de l'Etat dans un entretien au Monde.Pour lui, la lutte contre la corruption "est une tâche difficile, mais pas impossible". "Les citoyens qui m'ont élu le 20 avril, poursuit-il, se sont prononcés pour le changement. Ils sont las de l'hypocrisie et des mensonges. Je veux les tenir informés et m'appuyer sur ce soutien populaire."
M. Lugo donne en exemple la récente publication d'une liste de centaines de personnes ayant acquis 8 millions d'hectares de terres de façon irrégulière pendant la dictature du général Alfredo Stroessner (1954-1989) et depuis le retour de la démocratie. Il cite les scandales de contrebande, portant sur plusieurs millions de dollars, révélés au sein de la douane et de l'administration des ports, qui ont abouti à l'arrestation de plusieurs fonctionnaires et provoqué un choc au sein de la population.
A Asuncion, beaucoup se demandent si le "modèle" du président paraguayen est le polémique Hugo Chavez, le chef de l'Etat vénézuélien, ou le modéré Luiz Inacio Lula da Silva, son homologue brésilien. L'influent quotidien ABC, qui a fait campagne en faveur de Fernando Lugo, l'accuse aujourd'hui d'avoir des relations trop étroites avec Caracas, et dénonce "un plan d'infiltration de Chavez au Paraguay". L'ancien évêque prend ses distances : "Nous venons de signer douze accords avec Caracas en matière d'énergie, d'éducation et de santé, qui ratifient des accords signés en 2004", explique-t-il. Il se dit "différent de Chavez", qu'il qualifie de "personnalité intéressante et très médiatique". "Il parle beaucoup, et n'a pas la prudence des hommes de religion", ajoute en riant l'ancien évêque. Il note qu'"indépendamment de Chavez, le Venezuela est un pays important pour l'équilibre de la région et pour ses richesses énergétiques".
M. Lugo souligne que le principal partenaire du Paraguay reste le Brésil, où il effectuera sa première visite officielle à l'étranger, le 17 septembre. Les relations entre Brasilia et Asuncion sont toutefois mises à l'épreuve sur le dossier énergétique. La revendication de la "souveraineté énergétique du Paraguay" a été l'un des principaux thèmes de sa campagne électorale. M. Lugo réclame une révision du traité qui régit la centrale hydroélectrique d'Itaipu, que le Paraguay partage avec le Brésil. Les Paraguayens consomment à peine 12 % de l'énergie produite, mais sont dans l'obligation de vendre leur excédent aux Brésiliens à un prix bien inférieur à celui du marché.
"L'énergie d'Itaipu a favorisé le développement de l'industrie brésilienne, particulièrement celle de Sao Paulo. Il est temps pour les Paraguayens de réclamer un prix juste pour leur énergie, c'est-à-dire le prix du marché", soutient Fernando Lugo. Le président Lula a affirmé qu'il n'y aurait pas de renégociation du traité signé en 1973. M. Lugo avance que "des discussions ont déjà eu lieu entre Asuncion et Brasilia et que le gouvernement de Lula est ouvert au dialogue". "Il n'est pas question de nous contenter de compensations financières. Nous ne voulons pas de cadeaux, mais un prix juste pour notre énergie", répète-t-il. "Nous allons épuiser toutes les instances de dialogue. Un recours à des tribunaux internationaux est seulement une hypothèse", précise M. Lugo. Il rappelle qu'Asuncion formule les mêmes exigences vis-à-vis de Buenos Aires à propos de la centrale de Yacyreta, que le Paraguay partage avec l'Argentine.
M. Lugo a aussi promis une réforme agraire "intégrale". "Le Paraguay doit renouer avec la légalité, dit-il : les terres qui ont été acquises illégalement doivent être récupérées et redistribuées." Il explique que "cette réforme se fera moyennant un dialogue entre les différents secteurs concernés : les paysans sans terre, les organismes publics, les techniciens et les grands propriétaires terriens". Quand on lui objecte la probable réticence des oligarques et des multinationales qui détiennent la majorité des terres cultivables, M. Lugo rétorque que "personne ne peut s'opposer à des arguments rationnels". "Nous avons promis une démocratie participative avec l'aide de tous les citoyens. Nous connaissons l'expérience d'autres pays en matière de réforme agraire, et nous savons que c'est un processus long et difficile. Il n'y a pas de recette miraculeuse pour faire des changements structurels. Les changements seront progressifs", conclut-il.