Les entreprises sont un des acteurs essentiels du développement des échanges internationaux, et en participant à ces échanges, elles sont devenues des " firmes transnationales " (on parle aussi parfois d'entreprises multinationales, mais les économistes utilisent plus volontiers le terme de transnationales). C'est ce processus que nous allons d'abord étudier. Nous verrons ensuite comment ces firmes transnationales agissent sur les marchés internationaux, quelles stratégies elles y développent et quelles en sont les conséquences sur les politiques économiques et sociales menées par les Etats nationaux
Les firmes sont progressivement devenues transnationales en produisant simultanément les mêmes biens et services sur plusieurs zones géographiques et en commercialisant leurs productions mondialement. Ceci a aussi engendré une nouvelle organisation de la production mondiale appelée " division ou décomposition internationale des processus productifs ". Ce faisant, ces entreprises transnationales contribuent de facto à développer les flux d'échanges internationaux.
Une firme transnationale est une entreprise qui répartit sa production sur plusieurs pays. Elle ne se contente donc pas simplement de diffuser et vendre ses biens et services à l'international : elle participe largement à une nouvelle allocation des productions mondiales par le biais de ses investissements directs à l'étranger. Une entreprise qui se contente d'exporter des marchandises (même en grande quantité) ne peut être considérée comme une firme transnationale.
Depuis une quinzaine d'années, les IDE ont littéralement explosé, surtout en faveur des pays développés qui en sont les premiers bénéficiaires. Parmi les pays bénéficiaires d'IDE, la France se classe 4ème en recevant plus de 63 millions de dollars d'IDE en 2005. L'Union européenne est, de manière générale, le principal destinataire de l'investissement direct à l'étranger en recevant près de la moitié du flux total. Il faut encore noter que parmi les pays destinataires autres que les pays industrialisés, les flux se concentrent sur quelques pays seulement : essentiellement les pays asiatiques où la croissance économique est rapide (Chine, Hong Kong et Singapour principalement) et certains pays latino-américains dans une moindre mesure (Brésil notamment). Les pays africains sont complètement à l'écart de ces flux d'I.D.E. On voit donc ici que les firmes transnationales génèrent l'internationalisation des économies, en développant notamment une segmentation des productions.
Les firmes transnationales vont avoir une stratégie de localisation de la production en fonction des caractéristiques propres de chaque espace national de manière à maximiser leurs profits. La division du processus de production entre des pays différents exploite les différences de conditions de production entre les pays : dans certains pays, les matières premières sont peu chères, dans d'autres ce sont les impôts ou le coût du travail. Les firmes transnationales vont chercher à profiter de tous ces avantages à la fois pour maximiser leur rentabilité.
Les FTN tentent donc par leur choix de localisation de s'accaparer les bénéfices des avantages comparatifs ou stratégiques internationaux. Ce faisant, elles accélèrent les échanges mondiaux.
Les FTN accroissent les flux d'échanges internationaux, principalement parce qu'elles pratiquent un commerce international intra-firme : elles s'échangent, entre filiales de la même transnationale, des produits en cours de fabrication. Ceci augmente considérablement les flux d'import export entre nation. Pour autant, ce développement du commerce international sort en grande partie de la logique marchande : les prix pratiqués au sein des FTN ne correspondent pas toujours à un arbitrage de marché, mais découlent des stratégies des entreprises pour optimiser la rentabilité du siège ou d'une filiale particulière de manière un peu artificielle.
Conclusion : Les entreprises transnationales participent à la mondialisation des échanges en accentuant la division internationale du travail par la DIPP, dans le but de bénéficier des avantages comparatifs propres aux pays d'implantation. Leur développement s'observe statistiquement par la progression très rapide depuis vingt ans des IDE. Ceci conduit naturellement à accélérer les échanges internationaux, notamment parce que l'on observe un commerce intra-firme de plus en plus développé.
Les firmes transnationales ont une stratégie réfléchie à l'échelle du monde et non plus à l'échelle de la Nation, on l'a dit en les définissant. Qu'est-ce que cela change ? Comment cela se traduit-il dans la réalité ? Répondre à ces questions va nous amener à présenter certains aspects de la mondialisation de l'économie.
Les firmes transnationales sont, comme toutes les entreprises dans une économie de marché, à la recherche du profit maximum. Pour atteindre cet objectif, elles construisent leur stratégie à l'échelle mondiale où elles se retrouvent en concurrence les unes avec les autres.
Elles sont confrontées à deux problèmes que doivent prendre en compte leurs stratégies :
Face à ces deux exigences, il y a deux stratégies possibles. Soit affronter la concurrence par les prix et donc chercher à comprimer les coûts de production, cela amène l'entreprise à investir là où les coûts sont les plus bas, c'est-à -dire souvent à l'étranger. Soit fuir, en quelque sorte, la concurrence par les prix, ce qui amène l'entreprise à rechercher la différenciation des produits fabriqués. Dans les deux cas, la FTN cherche à être compétitive, c'est-à -dire à gagner des parts de marché.
Ces stratégies aboutissent à mettre en concurrence les nations. Autrement dit, elles ont des répercussions macro-économiques, sur l'emploi, la croissance, etc., répercussions qu'il faudra étudier.
Il faut alors se demander quel est ou quel peut être le poids des Etats face aux FTN : dans quelle mesure peuvent-ils conserver une autonomie réelle face à ces entreprises dont le poids et l'influence sont grandissants ?
La compétitivité, c'est la capacité à résister à la concurrence. Cette compétitivité se construit sur deux plans : la compétitivité-prix (les entreprises cherchent alors à agir sur leurs prix de manière à avoir un prix inférieur à celui de leurs concurrents, espérant ainsi que les consommateurs achèteront leur production de préférence à celle de leurs concurrents) et la compétitivité structurelle ou hors-prix (ou même compétitivité produit), les entreprises cherchent alors à agir sur les caractéristiques du produit, caractéristiques capables de le faire vendre malgré un prix relativement plus élevé que celui des concurrents. Ces caractéristiques, cela peut être par exemple l'image de marque, la fiabilité, le réseau de service après-vente, etc. La compétitivité structurelle peut dépendre aussi de la qualité de la main d'œuvre, de la qualité des infrastructures collectives. [Pour plus de détails sur la compétitivité, voir la notion]
Le choix stratégique entre compétitivité-prix et compétitivité hors-prix dépend d'abord de la nature du produit : quand on produit des chaussettes, par exemple, le prix est un argument de vente essentiel ; quand on vend des machines outils pour la production industrielle, la fiabilité est essentielle pour le client ; quand on vend des chaînes hi-fi, on doit choisir entre une stratégie relativement bas de gamme fondée sur des prix compétitifs ou une stratégie haut de gamme fondée sur la qualité et les innovations technologiques. La localisation de la production est une conséquence de cette décision stratégique
Chercher à améliorer sa compétitivité a toujours été un objectif pour une entreprise. Mais aujourd'hui, ce qui distingue les firmes transnationales des autres entreprises, c'est que leur stratégie est mondiale et qu'elles mettent donc en concurrence des espaces nationaux. Et elles le font d'autant plus que les firmes transnationales peuvent se livrer, entre elles, une concurrence féroce. On pourrait penser que cette concurrence va profiter à tous (par la baisse des prix qu'elle occasionne, en particulier) mais, dans la réalité, les choses ne sont pas si simples et ces stratégies, qui sont au cœur de la mondialisation de l'économie, posent des questions aux Etats Nations qui restent le mode d'organisation politique du monde, aujourd'hui. Ce sont donc ces questions que nous allons maintenant aborder.