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La faiblesse du dollar rend les Etats-Unis plus attractifs pour les tournages de films


 

Daniel Day-Lewis et Paul Thomas Anderson (réalisateur) sur le tournage du film "There will be blood". | © Walt Disney Studios Motion Pictures France

© Walt Disney Studios Motion Pictures France
Daniel Day-Lewis et Paul Thomas Anderson (réalisateur) sur le tournage du film "There will be blood".



La baisse du dollar pourrait avoir des conséquences non négligeables sur la nouvelle géographie mondiale des tournages cinématographiques, en localisant davantage les films aux Etats-Unis. Pariant sur la faiblesse du billet vert et sur la compétition que se livrent désormais les différents Etats américains, la productrice américaine Debbie Elbin, qui a longtemps travaillé pour Warner et pour Sony en Allemagne, a créé voici neuf mois une nouvelle structure, PS : USA Inc., destinée à aider les producteurs du monde entier à venir tourner aux Etats-Unis.

"Pendant longtemps, les tournages s'effectuaient uniquement en Californie et à New York. Aujourd'hui, 40 Etats américains proposent des aides fiscales variées, des rabais très avantageux pour les producteurs", explique-t-elle. La Caroline du Nord, la Floride deviennent très prisées par les équipes de films. Comme l'Utah, le seul Etat dans lequel il n'est pas obligatoire d'embaucher du personnel syndiqué, et où plusieurs réalisateurs japonais et allemands viennent de travailler.

"La plus grande difficulté est de savoir exactement naviguer dans les arcanes de cette législation qui évolue tout le temps", explique Mme Elbin. Les aides concernent parfois les dépenses totales engagées pour le film (sauf les salaires des acteurs), parfois strictement les aspects techniques. Il peut être judicieux de combiner les aides d'un Etat et d'une ville (comme à New York, ce qui permet d'obtenir un rabais de 35 % à Manhattan). "Le simple fait, pour un producteur européen, de tourner aux Etats-Unis lui fait réaliser, avec le change, une économie de 50 %. A cela s'ajoutent les différentes aides", souligne-t-elle.

Les tournages génèrent des recettes non négligeables pour une économie au travers des différentes activités concernées (studios, techniciens, post-production, laboratoires...), auxquelles s'ajoute une manne indirecte (hôtellerie, restauration) avec parfois des retombées touristiques. Les tournages les plus lucratifs sont, bien sûr, les gros films produits par les studios américains, dont le budget moyen oscille autour de 100 millions d'euros (ce qui inclut les frais de marketing), précise Dan Glickman, président de la Motion Picture of America (MPA), l'association qui représente les studios hollywoodiens. Chaque année, Universal, Fox, Warner, Sony, Paramount ou MGM mettent en chantier près de 200 films, auxquels s'ajoutent près de 500 productions indépendantes.

En France, l'année la plus faste pour les tournages de blockbusters hollywoodiens a été 2005. Les 40 semaines cumulées de tournages du Da Vinci Code de Ron Howard, de Marie-Antoinette de Sofia Coppola, de A Good Year de Ridley Scott et de Munich de Steven Spielberg avaient rapporté 50 millions d'euros de recettes.

CRÉDIT D'IMPÔT INTERNATIONAL

Depuis longtemps, la Grande-Bretagne, l'Allemagne et, récemment, l'Espagne ont mis au point des systèmes d'aides fiscales destinées à faire venir les réalisateurs hollywoodiens dans leurs studios. Christine Albanel, la ministre de la culture, compte également créer en France un système de crédit d'impôt international, afin que les studios et les industries techniques hexagonales soient compétitifs par rapport à leurs voisins européens (Le Monde du 15 mai). Mais, sauf à avoir un besoin impérieux de placer un monument ou un paysage typiquement français à l'écran, les producteurs américains ont de bonnes raisons financières de rester aux Etats-Unis. Ou d'envisager de venir, comme ils le font déjà, dans les pays de l'Est, en République tchèque, en Roumanie et en Bulgarie, où les tarifs cassés aiguillonnent la concurrence.

A Cannes en tout cas, la baisse du dollar s'est traduite par une grogne sévère des Américains contre les prix toujours plus élevés des hôtels et des restaurants. Le directeur délégué du marché du film, Jérôme Paillard, n'a toutefois pas noté de baisse dans la fréquentation des vendeurs venus d'outre-Atlantique. Quant aux achats, "les Américains n'achètent quasiment jamais de films européens", rappelle M. Paillard. Ce n'est pas le cours du dollar qui y changera quelque chose.

Nicole Vulser
le monde: Article paru dans l'édition du 22.05.08.
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