Joseph Eugene Stiglitz est un économiste américain né le 9 février 1943 qui reçut le « Prix Nobel » d'économie en 2001 (pour un travail commun avec George Akerlof et Michael Spence). Il est un des fondateurs et un des représentants les plus connus du « nouveau keynésianisme ». Il a acquis sa notoriété populaire à la suite de ses violentes critiques envers le FMI et la Banque mondiale, émises peu après son départ de la Banque mondiale en 2000, alors qu'il y était économiste en chef.
Parmi les recherches les plus connues de Stiglitz figure la théorie du screening, qui vise à obtenir de l’information privée de la part d’un agent économique : cette théorie, avec les lemons d’Akerlof et l’effet signal de Spence, est à la base de l’économie de l'information et du nouveau keynésianisme. Il s'intéresse aussi à l'économie du développement.
«Si c’est Stiglitz qui le dit..»
Pascal Combemale
En mars 1997, Joseph Stiglitz se rend en Éthiopie, un pays que son IDH (indice de développement humain) classe au 158e rang mondial. Alors que la situation macroéconomique de ce pays est saine, le FMI vient de suspendre ses prêts pour deux raisons principales :
- il refuse de comptabiliser l’aide internationale reçue comme une ressource budgétaire stable; il préfère que cette aide soit gelée sous forme de réserves plutôt que de servir à construire des écoles;
- il n’apprécie pas le refus de ce pays d’ouvrir et de libéraliser complètement son marché des capitaux; le fait qu’une telle libéralisation ait produit des résultats « catastrophiques » ( sic) au Kenya ne remet pas en cause ce dogme économique, car ce n’est justement… qu’un fait.
Heureusement pour l’Éthiopie, Joseph Stiglitz occupe alors un poste important à la Banque mondiale et l’un de ses anciens amis s’appelle Bill Clinton :
ce capital social lui permet d’intervenir efficacement pour obtenir le rétablissement des prêts.
Une première question vient à l’esprit : le FMI en voudrait-il en particulier à l’Afrique ? Non, soyons rassurés : depuis le début des années quatre-vingt, il applique les mêmes principes néolibéraux partout dans le monde, conformément au « consensus de Washington ». D’abord expérimentés en Amérique latine, ces principes se traduisent par trois règles implacables : l’austérité, la privatisation, la libéralisation. A priori, rien de très original dans le ciel des idées !
L’histoire va une nouvelle fois confirmer que les effets de cette politique, quelles que soient par ailleurs les objections théoriques à lui opposer, dépendent d’abord du contexte (social, culturel, institutionnel) et de ses modalités d’application (rythme, ordonnancement des réformes, etc.).
La privatisation massive et brutale de l’économie induit, elle aussi, des effets « catastrophiques », parce qu’elle détruit des activités productives publiques (ou subventionnées) qui ne sont pas remplacées (Stiglitz donne l’exemple de poussins qui étaient livrés à des villageoises marocaines par une entreprise d’État; le FMI ayant exigé que l’État n’intervienne plus, l’activité a été abandonnée car elle était trop risquée pour une entreprise privée) ou mal remplacées (en Côte-d’Ivoire, le monopole public du téléphone a laissé la place à… un monopole privé). Souvent, les entreprises privatisées sont bradées à des « amis », qui sauront ensuite « renvoyer l’ascenseur » (par exemple, en finançant le parti au pouvoir), et l’absence de réglementation de la concurrence favorise la chasse aux rentes plus que la recherche de l’efficacité. Enfin, en l’absence de tissu industriel, d’une classe d’entrepreneurs, de circuits de financement, etc., les privatisations se traduisent par une forte augmentation du chômage, et donc par un coût social d’autant plus lourd que n’existe aucun système de protection sociale…
De la même façon, l’exposition massive et brutale de l’économie à la concurrence internationale est destructrice (d’activités, d’emplois, d’avantages comparatifs naissants) sans être créatrice, et plus encore lorsque des négociations commerciales asymétriques défavorisent les pays dominés. Stiglitz cite l’exemple de la Bolivie, qui a accepté d’abaisser ses droits de douane au-dessous de ceux des États-Unis et a été « remerciée » de cet effort par la fermeture du marché américain aux produits d’exportation qui devaient remplacer la coca, notamment le sucre. Plus généralement, l’ouverture des marchés du Sud aux exportations de produits industriels du Nord est « récompensée » par le protectionnisme agricole du Nord. La libéralisation du marché des capitaux qui l’accompagne de façon prématurée induit en premier lieu une dépendance déstabilisatrice à l’égard des mouvements de capitaux spéculatifs (dont Stiglitz nous dit qu’ils « ne peuvent servir à construire des usines ou à créer des emplois » – p. 99), incompatible avec la mise en œuvre d’une stratégie de développement (qui requiert un financement stable).
Quant à l’austérité, cette purge infligée au malade, y compris en pleine récession comme au bon vieux temps des années trente, elle casse ou ralentit la croissance dans des pays où le chômage est la première cause de pauvreté.