.DIFFUSIONS
Téléfilm (1 et 2/2) de Bernard Stora (France, 2006). 2 x 93 mn. Rediffusion. Avec Bernard Farcy : Charles de Gaulle. Danièle Lebrun : Yvonne de Gaulle. Denis Podalydès : Claude Mauriac. Grégori Derangère : Claude Guy. Gérard Lartigau : Paul Reynaud. Grégoire Oestermann : André Malraux. David Ryall : Winston Churchill.
A-t-on jamais vu un réalisateur de fiction télévisuelle dire « je » et endosser le rôle du récitant ? Voilà pourtant le pari audacieux de Bernard Stora, auteur-réalisateur qui nous prend la main dès le début de ce double film consacré à de Gaulle et à sa « traversée du désert », de 1946 à 1958. Sur les premières images, ces fameuses archives de 1969 où l’on voit le Général marcher sur une plage irlandaise, il raconte : « Au référendum de 68 j’ai voté non, et il est parti. » Il confie qu’il a eu l’impression de tuer le père... et dévide le fil de son récit, en cherchant quel était l’homme caché derrière ce « Grand Charles » qui pensait incarner la France, mais s’est retrouvé sur le bas-côté dès 1946.
Alternant archives historiques et scènes de fiction, la chronique des événements s’enchaîne comme à l’envers : débuts de la IVe République et constitution du premier gouvernement (là, on le déplore, Maurice Thorez est caricatural face à de Gaulle), et remontées jusqu’à la grande époque de la geste gaullienne. L’offensive allemande, la débâcle de 1940, les atermoiements de Paul Reynaud et sa démission, l’appel du 18 Juin... La deuxième partie du film tricote selon le même principe l’hiver 54 (le début des Mémoires) et la période londonienne où de Gaulle se bat pour tenir son rang face aux alliés, jusqu’à la crise algérienne et son retour au pouvoir.
Pour assumer le choc des images historiques, il fallait un acteur à forte stature. Bernard Farcy est celui-là : gouailleur et naturellement supérieur. Il est le de Gaulle du quotidien comme le commandeur de la France libre. Il incarne une conviction, sans imiter. Autour de lui, la distribution donne à la fiction son poids de vraisemblance : la gestuel-le intello de Malraux (Grégoire Oestermann), l’allure fine du capitaine Guy (Grégori Derangère), le savoir-faire mondain de Paul Reynaud (Gérard Lartigau), la pétillance fanfaronne de Claude Mauriac (Denis Podalydès). On est captivé.
Emmanuelle Bouchez
Emmanuelle Bouchez
Télérama, Samedi 3 mai 2008