Dans son introduction, l’oratrice rappelle que les informations reçues au sujet de l’ex-URSS sont partielles, voire partiales !
La démocratie est-elle soluble dans le marché ?
Pendant la présidence de Mikhail Gorbatchev, une confusion s’établit entre « économie de marché » et « démocratie ». L’économie de marché est censée apporter la richesse donc la paix, tant nationale qu’internationale. La loi sur les coopératives donne accès à la propriété privée (nécessité économique) mais un blocage politique provoque l’échec de cette évolution et l’écroulement de l’URSS.
En 1991, sous Boris Eltsine, les propriétés du Parti Communiste sont données aux nouvelles institutions qui lui succèdent. Les propriétés de l’Etat (indépendant du Parti) sont redistribuées à la population sous forme de « bons ». Ne sachant pas toujours quoi en faire, certains les revendent à des oligarques conseillés par des Occidentaux.
Une 2e vague de privatisations amène ce nouveau pouvoir économique à aider le pouvoir politique (financement de campagnes électorales). De ce fait, politique et économie ont besoin l’une de l’autre et toujours dans l’ombre , les conseillers occidentaux sont présents là aussi.
En 1998, suite à l’écroulement du rouble, la Russie ne peut plus rembourser sa dette internationale. Les grandes entreprises font faillite. Apparaît alors une classe de grands entrepreneurs désireux d’un encadrement politique des activités économiques.
Vladimir Poutine arrive au pouvoir après l’humiliation des grands acteurs économiques. Même les grands monopoles (Gasprom par exemple) ont intérêt à se concilier le pouvoir politique. Ainsi se concrétise un « accord » entre le politique (V.Poutine) et l’économique (grandes entreprises et financiers).
En 2000, la communauté internationale (comprendre les Occidentaux) est favorable à Poutine qui reprend les commandes, change le système de taxation, lutte contre les oligarques et s’appuie sur l’armée. Il installe une « démocratie » différente de celles de l’Occident. En effet, les Occidentaux considèrent comme démocrates les pays qui libéralisent leur économie, avec privatisations, accès aux participations étrangères et à l’énergie. Ainsi, l’Azerbaïdjan, république non démocratique, reçoit le soutien de l’Ouest. Le Kazakhstan quant à lui profite d’investissements dans le secteur énergétique car les Occidentaux espèrent pouvoir exporter le pétrole sans passer par la Russie.
En conclusion, le problème dans l’ex-URSS est de trouver une cohérence entre « démocratie » et « économie ». Que reproche-t-on à V.Poutine ? La création d’une « démocratie » ou l’ouverture à « l’économie libérale » ?
Le niveau de vie des citoyens russes a-t-il évolué ?
La vie en Russie est plus facile ; il n’y a plus de file devant les magasins. La classe moyenne s’élargit dans les villes grandes et moyennes. Les « très riches » représentent environ 10% de la population tandis que 15% de Russes, principalement ruraux, vivent sous le seuil de pauvreté. Les grands projets nationaux (enseignement, santé,...) sont subsidiés par les revenus de l’énergie. Les pensions augmentent ... mais pas aussi vite que le coût de la vie.
Quel est le rôle de l’Eglise dans la politique ? Quelle est la puissance de la religion musulmane en Russie ?
Après l’écroulement de l’URSS, la recherche d’une identité nationale se traduit par un retour vers le passé et vers la religion. Même si la constitution prévoit la séparation de l’Eglise et de l’Etat, V.Poutine s’est rapproché de l’Eglise pour montrer son éloignement par rapport à l’ancien pouvoir. La religion musulmane existe depuis longtemps en Russie où la cohabitation entre les religions n’a pas posé de problèmes jusqu’à ces dernières années. Il n’en est plus de même aujourd’hui suite à l’arrivée de religieux musulmans extérieurs au pays, religieux qui n’ont pas cette « culture » de la cohabitation. Il faut noter que la guerre en Tchétchénie est une guerre d’indépendance, une guerre pour le pouvoir, où la religion est instrumentalisée sous l’influence de combattants extérieurs à la région.
Pourquoi la Russie est-elle toujours présente militairement en Abkhazie ?
Lors de l’éclatement de l’URSS, il fut décidé que les bases militaires appartiendraient au pays où elles se situent. Chaque république constitue sa propre armée.En Géorgie, il reste une base russe située en Abkhazie, région sécessionniste . Notons aussi que les forces de maintien de la paix en Ossétie et en Abkhazie sont en fait des soldats russes sous mandat des Nations Unies.
Pourquoi Poutine a-t-il ratifié le Protocole de Kyoto ?
La ratification est un acte purement politique, une concession à l’Union Européenne mais le retour reçu par la Russie est inférieur aux espérances. Comme dans toute économie émergente, le développement économique est primordial. S’en suivent des conséquences environnementales telles que désertification, problèmes d’approvisionnement en eau,multiplication des déchets,... Le développement urbain a de graves conséquences pour les forêts, notammment autour de Moscou. La population,dont le combat écologique des années ’80 était le 1er mouvement d’opposition au pouvoir soviétique, est très concernée par les problèmes d’environnement et de nature.
Quel contrôle le pouvoir politique exerce-t-il sur les médias ?
Les médias écrits sont relativement libres. Les télévisions s’auto-censurent. On peut y voir aussi bien des émissions culturelles de qualité que des shows à l’occidentale. Cela dépend des chaînes.
Comment analyser la réaction de l’OSCE face aux dernières élections ?
L’OSCE est vexée ! Les problèmes étaient connus dès le départ : risque de tricherie, interdiction de certains candidats... Le Conseil de l’Europe insiste sur la nécessité d’élections « vraiment libres ».
Comment les Russes voient-ils les Européens ?
Les Russes voient l’Union Européenne comme un partenaire commercial important.Ils ne comprennent pas la « méfiance » des Européens à leur égard et ne veulent pas changer pour entrer dans l’Union Européenne. L’étiquette ‘réformateur’ ou ‘libéral’ souffre aujourd’hui de cette confusion entre économie de marché et démocratie. Les deux, on l’a vu, ne vont pas nécessairement de pair ne vont pas nécessairement de pair. La vraie question est celle du choix et de la réponse faite par les Occidentaux lorsque le président favorise l’un l’économie de marché au détriment de l’autre : la démocratie.
Compte rendu : Claude Richardeau