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Manuel Domergue
Alternatives Economiques n° 308 - décembre 2011
Habituellement abonnés au prix Pinocchio du développement durable, Bolloré, Areva et EDF sont cette année passés entre les gouttes. Le 17 novembre, les Amis de la Terre et le Crid ont épinglé les compagnies Vinci, Société générale et Tereos pour leur politique jugée particulièrement polluante.
Dans la catégorie " Plus vert que vert ", qui distingue le greenwashing le plus flagrant, le géant de la construction Vinci l'emporte haut la main au vote des 13 000 internautes. Pour compenser la construction très controversée de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, en Loire-Atlantique, sur 1 700 hectares de terres agricoles, Vinci propose de créer une Association pour le maintien de l'agriculture paysanne (Amap) et une ferme de démonstration. Autant dire une goutte d'eau dans un océan de kérosène…
Autre cible privilégiée des écologistes, la Société générale se voit décerner le prix Pinocchio de la catégorie " Mains sales, poches pleines ", pour sa participation au financement de deux projets de centrales nucléaires particulièrement risqués : Angra 3 au Brésil (un projet vieux de trente ans, loin des normes de sécurité actuelles) et Jaïtapur en Inde (deux EPR sur une faille sismique).
Quant au dernier prix, dans la catégorie " Une pour tous, tous pour moi ", il a été attribué à l'entreprise sucrière Tereos. Moins connue du grand public, cette compagnie, qui a racheté la marque Beghin-Say en 2003, a obtenu, par contrat avec le Mozambique, 98 000 hectares de terres pour y cultiver de la canne à sucre, destinée à alimenter nos voitures en agrocarburants, dans des conditions fiscales particulièrement avantageuses. En juillet 2010, un accord entre l'Union européenne, le Brésil et le Mozambique a prévu que 4,8 millions d'hectares soient utilisés pour produire des agrocarburants, au détriment des cultures vivrières et des forêts locales. Tereos, outré par cette distinction, jure ne pas cultiver d'agrocarburants au Mozambique. En réalité, ce sera le cas en 2013. Grâce justement au projet contesté…
dessin de Gérard Mathieu
Entretien avec Pierre Radanne*, directeur de Futur Facteur 4 et ancien président de l'Ademe
Propos recueillis par
Alternatives Economiques n° 308 - décembre 2011
"Même si ça paraît très improbable aujourd'hui, on peut imaginer également que l'aggravation de la crise économique et financière conduise à un sursaut mondial." Entretien avec Pierre Radanne, directeur de Futur Facteur 4 et ancien président de l'Ademe.
Le financement de la limitation des émissions dans les pays du Sud et sa contrepartie, le contrôle de l'utilisation des fonds, seront au coeur des négociations de Durban. A quelles conditions peut-on progresser sur ces dossiers ?
Pierre Radanne : Il faut, tout d'abord, bien comprendre que les versements des pays du Nord au titre de la lutte contre le changement climatique n'ont rien à voir avec de l'aide au développement. Il ne s'agit pas d'un geste de générosité entraînant une rémunération purement morale. En matière de climat, le pays donneur est autant bénéficiaire que le pays receveur, puisque les réductions d'émissions profitent par définition à tous. De plus, ces réductions sont généralement plus importantes, pour un montant donné, quand elles sont réalisées au Sud qu'au Nord.
Pour que ces versements apparaissent légitimes dans les pays donateurs, il faut cependant garantir l'effectivité des actions engagées. Ce qui implique que les pays du Sud acceptent une réelle transparence et une certaine ingérence extérieure dans leurs affaires. Et cela peut aller assez loin : cela ne sert à rien par exemple de financer des plantations d'arbres dans un pays, si quelques kilomètres plus loin on continue à déforester à tour de bras. C'est donc l'évolution de l'ensemble du couvert forestier qu'il faut contrôler.
Les pays émergents ont longtemps été très réticents, refusant les " corps expéditionnaires ", mais les choses évoluent. Et c'est en effet indispensable si on veut pouvoir porter ces financements à des niveaux suffisants. Ceci dit, le meilleur système de contrôle reste, de loin, une démocratie effective dans les pays concernés.
Les engagements de réduction d'émissions pris aujourd'hui restent très insuffisants. Existe-t-il, malgré tout, des raisons d'être optimiste ?
Le plus probable aujourd'hui, c'est évidemment un scénario noir, où les négociations ne se débloquent pas, les événements climatiques se multiplient et les tensions internationales s'accroissent. On peut imaginer aussi, même si ça paraît peu probable pour l'instant, que les Etats-Unis acceptent de revenir dans le jeu de la négociation et que celle-ci se débloque à temps. Que les pays industrialisés, soumis à la pression de leur opinion publique, finissent par comprendre qu'une attitude proactive dans la lutte contre le changement climatique est plus un atout qu'un handicap, comme le montre notamment la trajectoire allemande.
Enfin, même si ça paraît très improbable aujourd'hui, on peut imaginer également que l'aggravation de la crise économique et financière conduise à un sursaut mondial. La communauté internationale finirait par s'engager, par exemple à l'occasion de la Conférence internationale de Rio + 20, l'été prochain, dans une vaste rerégulation de la mondialisation. Auquel cas, la question du climat deviendrait un élément d'un agenda international plus large, donnant ainsi des marges de manoeuvre supplémentaires pour la régler…
Documentaire en 2 parties (2 x 52 min) du réalisateur sardon Gilles
Balbastre (2001).

VIDEOLa France peut-elle sortir du nucléaire?

Depuis la catastrophe de Fukushima,
la question de la sortie du nucléaire est revenue sur le devant de la scène. Comment, à quelles conditions et à quel rythme la France peut-elle effectuer cette transition énergétique? Débat entre
Alain Grandjean, économiste et co-fondateur de la société Carbone 4, et Benjamin Dessus, ingénieur et économiste, président de l'association Global Chance. > Lire la suite.
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